‹ La Suisse illustreeChapitre 143 sur 296 · FRUTICEN ET LE NIE. S EN · texte numérisé non relu

FRUTICEN ET LE NIE. S EN

altitude, arrondit sa vasque sous une murai sellent les torrents et les cascades.

La Kander prend sa source au sud-est, au pied des vastes glaciers qui descendent du Tschingelhorn en arrière de la Bliimlisalp. Cette partie supérieure, connue sous le nom de vallée deGastern, est spécialement sauvage par la succession de gorges, de chutes et d échappées sur les horizons neigeux. Sous la vallée de Gastern passe le grand tunnel du Lœtschberg qui s'ouvre un peu en amont de Kandersteg.

Interlaken. — Au centre géographique de l'Oberland bernois, entre les deux lacs de Thoune et de Brienz, à égale distance des vallées de la Simme et de la Kander, des grands passages du Briinig et du Grimsel, au débouché de la Liitschine qui donne accès aux plus sublimes beautés de la nature alpestre, Interlaken était prédestiné par sa situation à devenir ce qu il est aujourd hui, la métropole touristique de l'Oberland, le foyer autour duquel rayonne pendant 1 été la prodigieuse afffuence des étrangers de toutes les nations.

Les débuts de la ville actuelle furent modestes. L'agglomération primitive se forma à Unterseen — nom allemand qui signifie (( entre les lacs » — petit bourg villageois situé sur la rive droite du fleuve, et dont la physionomie s'est relativement peu modifiée. Le transport des marchandises entre les deux lacs, qui s'effectuait par voie de terre, à cause du cours torrentueux et capricieux de l'Aar, avait donné une certaine importance à cette bourgade.

Un nouvel élément de prospérité fut apporté, en 1 133, par la fondation, sur la rive opposée, d'une abbaye d hommes qui prit le nom d Interlaken — nom latin, à terminaison germanisée, qui traduisait la même idée que L'nterseen {Inter lacus). Le monastère disparut avec la Réforme : mais déjà une agglomération importante s était formée autour de lui.

La beauté du site attira, dès la finduXVIll' siècle, des étrangers, et surtout des Anglais, dans ces parages. Interlaken fut une des premières villégiatures des Alpes, qui possédait déjà une clientèle alors que Cha-

OBERLAND BERNOIS

KANDERSTEG ET LE CHEMIN DE LA CE M Ml.

monix était encore un village ignoré. En 1840, Tôpffer nous décrit Inlerlaken comme un lieu de plaisir très élégant, doté d un casino (depuis 1832), avec des services réguliers de navigation sur les lacs. Mais c'est surtout depuis une trentaine d'années que la ville a pris un essor considérable à la suite de la construction de nombreux réseaux de montagne et d une publicité remarquablement organisée.

La localité ne vit plus aujourd hui que par et pour les étrangers. Certains se plaignent même que la rapidité et la facilité du gain aient altéré le caractère et les mœurs de la population : ouvriers comme hôteliers font aujourd'hui leur année en quatre ou cinq mois, et, après le travail très actif et surmené de la saison, ils passeraient le reste du temps à flâner, à jouer et à boire. Il y a là une exagération manifeste, si l'on songe que les ouvriers sont occupés aux nombreuses réparations durant la morte saison, et que, pendant l'hiver, les employés d hôtels et surtout les cochers vont pour la plupart travailler sur la Côte d'Azur.

Tout contribue à attirer l'étranger à Interlaken : la majesté du paysage, la fraîcheur de l'atmosphère, la multiplicité et la variété des excursions, aussi bien que la gaieté et la propreté de la ville.

les facilités et les agréments du séjour, et la très grande liberté dont chacun jouit suivant son tempérament et ses goûts.

Nulle part la montagne et la verdure ne pénètrent plus intimement la vie urbaine. Au cœur de la ville se déploie la splendide avenue du Hœheweg, bordée de noyers luxuriants et séculaires, qui datent pour la plupart des anciens moines : d'un côté, c est une rangée d hôtels et de magasins luxueux, le Kursaal, le kiosque à musique; de l'autre une immense prairie, vigoureuse et vierge comme en pleines Alpes, que d'intelligentes municipalités ont refusé d aliéner, pour conserver une des plus belles perspectives qui soient. Car en face se déploie le panorama classique, la jungfrau immaculée dressant ses blanches épaules entre les pans sombres et feutrés des montagnes crénelées qui gardent les passes de la Liitschine : la Schynige Flatte et l'Abendberg. Et ce dôme de neige qui jaillit, cristallin, dans le lapis des beaux ciels d'été, au-dessus d une houle de verts de tous les tons, depuis la clarté des prairies fraîches jusqu'à la sombreur des forêts lointaines, donne une impression inoubliable et reposante de majesté, de fraîcheur et de paix.

Près du Hœheweg, blottis entre les vergers, on peut voir encore

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KANDERSTEG : LA BLÛiVlLISALP (3671 M.) ET LE LAC DŒSCHINEN (1392 M.).

les restes de 1 antique abbaye, occupés aujourd'hui par Ihôpltal et la prison. On remarque un intéressant cloître gothique. L ancienne église, au clocher en tourelle coiffé d un toit aigu, est partagée entre les cultes catholique et protestant, suivant cette simplicité et cette tolérance chères aux Suisses.

Entre les deux gares — celle de Berne et celle de l'Oberland — c'est un va-et-vient perpétuel de voitures, d'omnibus, de pas-

le sens pratique — comme dans toute la Suisse — ont bien simplifiée : l'embarcadère est situé à côté de la station du chemin de fer; le bateau sous pression attend le train et vice versa: et comme on ne demande les billets ni à l'entrée ni à la sortie des gares, aucune formalité inutile ne vient retarder ni compliquer les transbordements, qui sont ainsi singulièrement facilités. La voie ferrée d Interlaken à Brisnz, qui relie désormais le réseau de l'Oberland

VUE GENERALE D INTERLilKE-

sants qui flânent, de voyageurs qui se hâtent, de sportsmen allant au tennis ou au golf, d'alpinistes descendant de la montagne. Foule bigarrée où se mêlent, dans un fraternel désordre, les guides hâlés. les ascensionnistes crottés et les femmes du monde élégantes, les smokings et les toilettes à la dernière mode de Paris, avec les complets tyroliens des .Allemands et les robes, retroussées en paquets, de leurs épouses, coiffées sur leurs têtes fortes de petits feutres drôlement empanachés.

L animation est surtout grande dans la rue principale où les cartes postales illustrées, aux couleurs souvent violentes, attirent les regards, entre les vitrines des joailliers, les éventaires de cristaux bruts et taillés, les magasins de bois sculpté. Presque toutes les maisons sont modernes, mais elles s'harmonisent dans un même style, point criard, qui allie un souci louable de couleur locale à une certaine variété, et dont la gaieté est le caractère dominant, avec les teintes claires des façades, les couleurs vives des volets et des stores, les pignons des toits brochés de dentelures, les nervures de bois qui soulignent les étages et les fenêtres.

Sur la rive droite de 1 Aar, 1 ancien bourg d'Unterseen. qui n'est plus séparé d Interlaken que par les ponts, offre quelques coins curieux et de vieilles demeures. Il se développe peu, tandis que les maisons de plaisance se multiplient dans les prairies et les bosquets au sud du Hœheweg.

Derrière un petit jardin public coule l'Aar aux eaux vertes qui rejoint les deux lacs, rendue plus sombre encore par la réflexion des arbres et des montagnes qui bordent ses eaux. Les bateaux du lac de Brienz viennent s'embosser dans la rivière à côté de la gare de 1 Oberland, tandis que ceux du lac de Thoune remontent le chenal de 1 Aar jusqu'à la gare de Berne : les deux stations sont réunies par une ligne dejonction qui contourne la ville et enjambe deux fois la rivière. L'impossibilité de rendre l'Aar navigable entre les deux lacs a nécessité cette organisation, qui ne manque point de pittoresque et que d'ailleurs l'esprit de bonne entente et

à Lucerne par le BriJnig, et le tram électrique d'interlaken à Thoune et Steffisburg par la rive droite du lac, devaient encore, avec le Lcetschberg, multiplier les facilités de communication et augmenter le mouvement touristique de la région, déjà si intense.

Le tourisme et l'industrie hôtelière (1). — Les Suisses ont érigé à la hauteur d une science I'h industrie des étrangers », et ils pratiquent à meneille lart d'attirer, de retenir et de faire revenir les touristes, par une publicité intelligemment organisée, par des agréments de séjour multiples, et enfin par des prix raisonnables proportionnés au confort ou au luxe. Sur ce chapitre, on ne saurait que s'instruire à leur école en prenant modèle sur eux. L'Oberland bernois, en particulier, peut être pris comme type pour une étude de ce genre.

Comme la Suisse est sans doute le pays le plus pittoresque de l'Europe, réunissant sur une superficie restreinte toutes les beautés de la nature alpestre, depuis la farouche grandeur des glaciers jusqu au charme souriant des lacs tessinois au climat méridional, on ne doit pas s étonner si le mouvement des étrangers y prenait de plus en plus d'importance avant guerre. .Mais la différence restait sensible selon les régions, non seulement en raison de I intérêt plus ou moins grand des sites — ce qui est logique — , mais surtout suivant l'esprit d initiative dont ont fait preuve les divers cantons. Et c'est là une leçon fort instructive qui peut être méditée utilement. Tandis que les Bernois, les Zurichois, les riverains du lac Léman et du lac des Quatre-Cantons, qui ont fait depuis longtemps une propagande active et méthodique, voient affluer chaque année un nombre élevé d étrangers, le développement du \ alais est beaucoup plus récent et celui du Jura est encore fort incomplet.

.Mais, dans lensemble, I organisation touristique actuelle de la

(I) Pour plus de détails à ce sujet, je me permets de renvojf mon ouvrage ta Suisse moderne (Fasquelle), pp. 277-354.

le lecteur à

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