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PARTIE SUPÉRIEURE DU GLACIER DU RHoNE

vallée, tandis quun autre wagon identique, faisant contrepoids, redescend le long d'un câble parallèle. La sensation est très particulière.

Grindeiwald est, avec Zermatt, le premier centre d'alpinisme de la Suisse. C'est au départ de Grindeiwald que se font la plupart des grandes ascensions dans le massif des Alpes bernoises : toutefois les alpinistes prennent souvent le chemin de fer jusqu à Eismeer lorsqu'ils vont sur la Jungfrau. Le Wetterhorn est particulièrement e.scarpé et exige une grande endurance, ainsi que le Schreckhorn. très rocheux et très fatigant. L'Eiger offre moins de dangers. Le Finsteraarhorn, point culminant du massif (4 275 mètres), nécessite de longues et pénibles traversées de glaciers : on l'aborde généralement par le glacier inférieur de Grindeiwald. La cabane du Bergli, en face d'Eismeer. est la première étape pour l'ascension des Fischerhœrner, du Mœnch et de la Jungfrau. Cette dernière est peut-être la plus périlleuse de la région, à cause

d'une arête, placée près du sommet, qu'on a beaucoup de mal à trouver quand elle est couverte de neige : si l'on s'engage à gauche ou à droite, la première chute provoque une catastrophe. Mais 1 ascension de la Jungfrau est surtout dangereuse lorsqu elle est tentée de la vallée de Lauterbrunnen par le versant occidental, particulièrement abrupt, bien que des cordes et des crampons soient placés — et vérifiés tous les ans — aux passages les plus dangereux du Rottalsattel. La cabane Concordia a été érigée par le Club alpin au centre des Alpes bernoises : elle a sauvé plus d une caravane menacée par la tourmente dans ces solitudes glaciaires ( I ) : elle permet de prendre un repos nécessaire aux alpinistes qui tentent la traversée splendide, mais très longue et fatigante, des Alpes bernoises, de Grindeiwald dans le X'alais.

Chaque glacier a un régime comparable à celui d'un fleuve, avec, naturellement, des différences très notables. Son bassin est nettement délimité par la ligne de partage des eaux, constituée en général par des arêtes rocheuses. Les neiges qui tombent sur les hauts sommets, se concentrent dans les cirques, s'amoncellent en névés qui, en se tassant, se transforment peu à peu en glace. La glace, sous la pression des masses supérieures, glisse lentement dans les couloirs qu'elle s est taillés et qu'elle corrode. Comme le frottement est considérable sur les bords et au fond, la vitesse est plus rapide au milieu et à la surface : d où des dislocations entraînant des crevasses, et des séracs sur les pentes rapides. Les chutes latérales de pierres et de terre produisent les boues et les moraines. Ces dernières sont loin d avoir la régularité qu on leur donne dans les traités de géologie : les moraines médianes s'accusent seulement en général par des traînées de boue ; les moraines frontales, au contraire, sont considérables : tous les blocs et le sable charriés par les glaciers s accumulent sur leur partie antérieure, où ils forment souvent de gigantesques remblais, comme celui de Miage, au sud du mont Blanc (2). Comme les fleu- ^^^^ ves, les glaciers ont leur lit, leurs allu- "^ U^^H vions, leurs affluents : mais contraire-

^\,^ ' ^V^H ment aux rivières, leur débit va en se ^((^ jB restreignant avec leur largeur à mesure (]U on s'éloigne de 1 endroit où ils se forment. A son extrémité, chacun d eux donne naissance à un torrent, souvent volumineux, qui fait irruption au-dessous des masses de glace, et rebondit dans une gorge ou bourdonne à travers un lit de cailloux.

L'expérience classique pour montrer la marche des glaciers consiste à planter sur l'un d'eux des poteaux en ligne droite, en face d'un rocher soi-

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( 1 ) Des impressions saisissantes ont été données par M. Georges Casella dans le Vertige des cimes.

(2) Cf. A. DauzaT. Mers et montagnes d'Italie. l'Alpe italienne. (Fasquelle, 1911).

OBERLAND BERNOIS

gneusement repéré : quelques jours après, on observe que les poteaux se sont déplacés, et d'autant plus qu'ils étaient plus éloignés de la terre ferme. Une échelle, abandonnée par Saussure en 1788 dans sa descente du mont Blanc sur un glacier, fut retrouvée en contre-bas quarante-quatre ans plus tard : ce fait permit de calculer la vitesse du glacier, qui est. à cet endroit, de 99 mètres par an, soit 27 centimètres par jour. C'est là une des plus grandes vitesses qu'on rencontre dans les Alpes. Les glaciers de 1 Aar, par exemple, à l'est du Finsteraarhorn, qui peuvent être pris comme moyenne dans les Alpes bernoises, se déplacent de 75 et 71 mètres par an dans les parties supérieures et moyennes, et de 39 mètres seulement en contre-bas. La vitesse est proportionnelle à la pente, à la largeur du couloir, à la pression des masses supérieures, et dépend en outre de beaucoup d autres éléments. Des cadavres d'alpinistes tombés dans des crevasses sont ainsi ressortis parfois au bout de trente ou quarante ans.

Le débit varie suivant la saison. L'été, la fonte des neiges diminue les glaciers des Alpes, vers leur sommet, d'une épaisseur de huit à dix mètres, et se traduit également par un recul du front, souvent très sensible à 1 automne. L'hiver, au contraire, il ne se produit pour ainsi dire pas de fusion, même à la partie inférieure, et quand la saison est froide, le torrent, qui a son plus grand volume d'eau en juillet et août, arrive à tarir complètement. Au printemps, la poussée des neiges hivernales enfle à nouveau le glacier et produit une légère progression frontale.

Dans 1 ensemble, la moyenne de ces mouvements se traduit par un recul progressif. Les glaciers, les superbes glaciers des Alpes, diminuent peu à peu ; ils se retirent, remontent vers les sommets, et Ion peut prévoir le jour, encore fort lointain heureusement, de leur disparition. C'est un m.ouvement fatal et régulier qui se produit depuis de longs siècles. A l'époque préhis-

torique, le glacier de la Reuss dépassa Lucerne.et celui du Rhône, plus gigantesque encore, arriva à Lyon. La formation de ces énormes glaciers était due au climat extrêmement humide qui marqua le début de la période quaternaire : un brusque abaissement de température, succédant au climat très chaud qui avait entretenu dans nos pays une flore et une faune équatoriales, avait amené des précipitations aqueuses considérables et d énormes chutes de neiges sur les montagnes.

Le recul des glaciers comporte toutefois des oscillations. Il fut interrompu par une véritable crue qui se manifesta dans toutes les Alpes aux environs de 1820. Les glaciers restèrent ensuite slationnaires jusque vers 1856: une nouvelle décrue eut lieu pendant quinze ans, puis un arrêt d une vingtaine d années. Une légère crue se manifesta vers 1891, mais elle ne se fît pas sentir partout. Depuis quinze ou vingt ans la décrue est très rapide, et — phénomène curieux — elle n a pas été enrayée par les saisons humides qui marquèrent les années 1908 à 1910 : mais une nouvelle crue s est manifestée vers la fin de la guerre, notamment aux alentours du mont Blanc (Bossons, etc.). A Grindelwald, le recul du

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