ALPINISTES AU SOMMET DE LA JUNGFRAU
;l«ald en HivEa et le wetterhorn (3703
Grindeiwald. — Une des plus grandioses et des plus charmantes stations d'altitude de Suisse, ce village d'hier, petite ville aujourd'hui, qui concentre si bien les caractères en apparence opposés, et cependant réunis, de l'Oberland bernois : la majesté et la grâce. Au lieu d'être embossé dans un fond de vallée ou dans un entonnoir, comme tant de localités de haute montagne, Grindeiwald égrène ses maisons un peu au-dessus de la rivière, à flanc de montagne, à travers les prés et les vergers riants, lace aux trois colosses sévères qui gardent les passes des glaciers : le Wetterhorn drapé de longs plis blancs, le Mettenberg sombre et rugueux, l'Eiger à la tête altière lamellée d'argent, ici sur les pentes exposées au midi, c'est une végétation exubérante et inattendue à cette altitude de mille mètres : arbres fruitiers les plus divers, même les noyers, poussent au milieu de prés luxuriants, gorgés de sève, qui, avant la première coupe, prennent à distance des teintes jaunâtres d'une crudité paradoxale entre la sombreur des forêts voisines; roses, œillets, géraniums, fleurissent les jardins et enguirlandent les maisons. En face, c'est toute la grandeur farouche des crêtes rocheuses et des neiges éternelles qui s'écaillent au front des trois géants, drapent d'un manteau d'hermine 1 hémicycle lointain et bosselé des Fischerhœrner, et s'écoulent entre les gorges sombres par les glauques fleuves de glace.
Les hôtels, aujourd hui, sont presque aussi nombreux à Grindeiwald que les maisons indigènes, le long de la route qui forme une superbe corniche naturelle en face des montagnes, et où de larges échappées ont été ménagées pour les promeneurs. A la terrasse d'une bierhalle on peut jouir tout à loisir du panorama des montagnes, en voyant aller et venir les passants, et les groupes pittoresques d'al pinistes, pleins d entrain au di' part, rouges, suants, boueux ou poussiéreux au retour La fantaisie et le sans-gêne se donnent ici libre cours dans 1 habillement : nul ne songe à s en étonner et à critiquer le voisin.
La montagne, surtout la montagne suisse, n'est-elle pas la terre classique de la liberté? Par- guides a la por
fois une averse tombe comme un rideau devant la perspective des cimes et rabat à I hôtel les promeneurs surpris, tandis qu'elle fait à peine hâter le pas aux vieux routiers des Alpes.
Dans celte foule cosmopolite, on ne voit pas, de prime abord, l'indigène. Le montagnard de l'Oberland ne tient, en effet, guère de place, tant il est effacé et peu bruyant. Population modeste , travailleuse , sobre , honnête, intelligente, avec un grand fonds de vertus morales et civiques, et que I étranger ne semble pas avoir gâtée. Voyez ces bons guides bronzés (1), aux figures franches et barbues, qui offrent leurs services, sans insister, groupés autour du tronc d'un arbre vénérable, ou en face du glacier supérieur, près du rocher commémoratif qui rappelle la mort courageuse de deux des leurs. Ils vont au danger naturellement, sans forfanterie, et si on les admire ou on les plaint, ils répondent le plus simplement du monde : « NIourir en haut ou mourir en bas, c'est toujours la même chose. » Regardez les chalets si bien tenus, où tout est admirablement ordonné, jusqu'aux provisions de bois, taillées et empilées avec une régularité géométrique sous l'auvent du toit; les accortes paysannes qui tiennent leurs demeures avec tant de propreté et d'économie, vaquent aux travaux champêtres et domestiques, et élèvent une nombreuse famille dans une atmosphère d aisance ; les fillettes blondes aux yeux bleus, aux regards naïfs, qui veillent à la marmaille et apprennent très jeunes leur futur rôle de mères de famille; les garçons tenus sévèrement, qui ne vagabondent jamais dans les rues ou les chemins, qui, même entre les heures de l'école, trouvent le moyen de se rendre utiles à la famille. Et de telles remarques peuvent se faire dans presque toute la Suisse.
L'ascension classique, à Grindeiwald, est celle du Faulhorn, très facile pour tous les bons marcheurs. De cette montagne qui s'élève en face des Alpes bernoises, entre la vallée de Grindeiwald et le lac de Brienz, on jouit d un vaste panorama sur le plus grand amas glaciaire de l'Europe, qui s ouvre à perte de vue et d'où ressortent les géants casqués de rochers, aux noms fantastiques ou redoutables, à mesure que l'on gravit les pentes de la forêt et des alpages. Au sommet, par les déchirures de la crête, l'œil plonge sur le lac de Brienz, dont quelques pans verts se découpent entre les effondrements des rocs.
La vallée communique avec Meiringen par la Grande Scheidegg qui, en dépit de son nom, est moins élevée que la Petite.
Sur l'autre versant, la descente vers les bains de Rosenlaui est particulièrement pittoresque, près des glaciers majestueux du \\ etterhorn. parmi des prairies accidentées, clairsemées de sapins et de rochers moussus, à travers lesquelles clapotent les torrents. Les gorges <le Rosenlaui, aménagées seulement en 1902, sont fort belles.
Grindeiwald possède aussi des gorges sauvages, celles de
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(!) Le nombre des guides sest accru dans de grandes proportions au détriment de celui des artisans locaux qui diminue peu à peu • phénomètie assez fâcheux à certains points de vue pour la population indigène.
OBERLAND BERNOIS
la Liitschine. On pénètre brusquement dans une énorme faille rocheuse qui. après s'être élargie un instant, s étrangle peu à peu, jusqu en face d'une haute et mmce cascade scintillante derrière laquelle transparait le glacier. Des escaliers en bois ont été construits pour permettre de voir la gorge sous toutes ses faces, et la galerie inférieure doit être prolongée peu à peu, partie à découvert, partie en tunnel, jusqu'auprès du glacier.
L'exposition, au midi, de Grindelwald, qui favorise une insolation prolongée, ainsi que la déclivité moyenne des pentes, ont fait de cette localité une des premières stations hivernales de lOberland. En janvier et février, I affluence des touristes est presque aussi grande qu'au coeur de l'été : seule la proportion des nationalités difïère, les Anglais et les Américains formant la grande majorité de la clientèle.
La patinoire de Grindelwald, près de la gare, est célèbre ; le ski et la luge y sont aussi très en faveur.
Les glaciers. — Mais le principal attrait de Grindelwald, ce sont encore ses glaciers.
Le glacier inférieur, qui réunit les apports d un immense cirque neigeux, depuis le Mcench jusqu'au Finsteraarhorn , s engoufïre entre l'Eiger et le .Mettenberg dans la profondeur d une gorge étroite et sombre, d'où il s écroule en une cascade de marbre, pressée entre 1 étau des montagnes et suspendue sur la gorge, — disloquée en tranches aux reflets verts et nacrés qui
GORGES DE FOSENLAUI.
semblent taillées à vif par la hache d'un bijcheron fabuleux. A l'entrée, on creuse chaque année une grotte de glace où I on jouit de curieux effets de lumière : à la lueur jaune et falote des bougies qui tremblotent au fond, toute la galerie translucide s'éclaire d'un bleu merveilleux, dont l'intensité ne peut être soupçonnée de l'extérieur.
Après avoir vu 1 embouchure, il faut remonter le cours du fleuve par le sentier de la Baeregg, qui s'élève le long de la paroi rocheuse de Mettenberg et domine le glacier zébré de crevasses transversales , frotté de boue grise au-dessous du confluent gigantesque qui réunit tous les névés et les moraines de 1 éblouissant « front de Grindelwald ».
Tandis que le glacier inférieur se dérobe au fond d une gorge, le glacier supérieur s'étale à tous les regards et s'épanouit en un splendide éventail de séracs qui fait étinceler au soleil son éclatante blancheur, et que les indigènes ont surnommé le « ruisseau de lait ».
Le coup d'oeil est surtout magnifique du chalet Milchbach, d'où, par un sentier dans le roc et à I aide d'échelles et de cheminées à crampons, on accède à la mer de glace supérieure, dont la traversée est facile avec un guide. On peut se rendre directement à l'autre rive par l'ascenseur du Wetterhorn : c est un système extrêmement hardi et d une sécurité parfaite, qui permet à un wagonnet d accéder à un pan rocheux du Wetterhorn, en remontant le long d'un câble incliné tendu directement de la montagne à la