LUCERNE : QUAI NATIONAL ET PORT
joue son fils, la plate-forme de rochers où il aurait abordé pour échapper à Gessler, le chemin creux de Kiissnacht où il aurait tué le cruel bailli, la prairie du Riitli où fut jurée l'indépendance, les champs de batailles de Sempach et de Morgarten qui virent les défaites des Autrichiens.
Autour de ce noyau primitif s'aggloméra peu à peu la Suisse actuelle. Mais les Quatre-Cantons ont conservé toujours une homogénéité réelle, malgré leur division en plusieurs petites républiques. Ce sont eux qui fournirent de fidèles mercenaires aux rois de France, depuis François 1 ' jusqu à la Révolution. Lors de la Réforme, les Quatre-Cantons restèrent fidèles au catholicisme et prirent la tête du parti catholique jusqu'à l'époque toute récente où Fribourg joua ce rôle. Ils conser\èrent certains privilèges auprès du Vatican. Les prêtres sont dispensés de la tonsure et sortent en costume laïque comme dans les cantons protestants.
La navigation est très active sur le lac, surtout du fait du tourisme, car le commerce de la région se fait principalement par les voies fer-
rées. Les vapeurs, au nombre d'une vmgta me.
sont parmi les plus confortables de Suisse : 1 été, 1 affluence est très grande : ils transportaient deux millions de voyageurs par an avant la guerre. On voi t aussi de nombreuses barques et des canots automobiles particuliers.
Le lac a eu parfois des tempêtes, surtout autrefois, comme le témoigne l'histoire de Guillaume Tell. Il n'a jamais gelé sur toute son étendue, même par les froids les plus rigoureux. Il est très poissonneux, car la pêche est soumise à une règle- mentation sévère ( 1 ).
. Wctirli.
Lucerne. — Une
des villes suisses lesplus connues à 1 étranger, Lucerne est située dans une position admirable, au débouché d'un grand lac comme Genève et Zurich, mais plus près des Alpesqui prêtent un fond de tableau merseilleux au décor du paysage. Elle réunit le pittoresque d une cité moyenâgeuse à 1 élégance et à la coquetterie d une ville moderne d étrangers : le présent n a pas gâté le passé, qui a été intelligemment respecté, sans nuire à 1 essor de la vie contemporaine. Ce fut jadis une des métropoles importantes de la Suisse, comme 1 attestent encore son puissant Rathaus. ses ponts fortifiés, sa vaste cathédrale, son long ruban de tours et de courtines qui escalade les coteaux de la Reuss. Mais le commerce des Quatre-Cantons ne fut jamais considérable.
L'essor de la ville fut au contraire rapide dans la seconde moitié du \1X' siècle, depuis que le lac et les montagnes attirent dans la région d innombrables étrangers : on évalue à trois cent mille le total des touristes qui passent chaque année à Lucerne. Aussi la ville, qui ne comptait que onze mille habitants sédentaires en 1860 en a-t-elle aujourd hui quarante mille. Si le tourisme a été le principal facteur de ce développement, ce ne fut pas toutefois le seul. Le percement du Gothard, en mettant Lucerne en relations directes avec Milan, et en la plaçant sur une grande voie de trafic international . a singulièrement favorisé les progrès de 1 industrie et du commerce. Aujourd'hui lustrée, pimpante, gracieuse, la ville allonge ses quais blancs autour de l'estuaire, et multiplie ses quartiers neufs qui montent à l'assaut des collines ondoyantes, déjà clairsemées de villas blanches et roses.
Lucerne doit son origine au monastère de Saint-Leodegar (saint Léger), fondé vers 735.
Cédé en 768 par Pépin le Bref aux abbés de Murbach, ceuxci le vendirent au .XIIl' siècle