VALLÉE ET LAC DE SARNEN, VUS DU STANSERHORN (1901 M
Après Alpnach, dont le clocher en aiguille semble défier le ciel, la rivière traverse une plaine marécageuse, et l'on arrive, à la localité voisme d Alpnachstadt, au célèbre lac des Quatre-Cantons qui. vu de là, semble un tout petit lac, joli et coquet, borné au fond par la double bosse de Burgenstock et du Biirgenberg, à droite par la masse trapue du Stanserhorn un peu en retrait, à gauche par les majestueuses pentes du Pilate. Mais qu on prenne le bateau : dès qu on a passé le pont tournant de Stans. le spectacle change, et au sortir de l'étranglement des montagnes la <( croix du lac » s ouvre large comme une mer. Ce n était que l'antichambre du lac le plus beau, le plus varié et le plus pittoresque de toute la Suisse.
Le lac des Quatre-Cantons. — Le lac des Quatre-Cantons, traversé par la Reuss qui débouche près de Fluëlen pour ressortir à Lucerne, a la forme la plus capricieuse qui se puisse imaginer. Tordu, disloqué entre les montagnes qui l'étranglent par endroits, il projette au hasard, profondément dans les terres, les tentacules de ses golfes, semble s'arrêter devant une muraille de rochers, pour tourner brusquement derrière un cap et s élargir en un nouveau bassin imprévu.
La traversée est surtout belle quand on remonte le lac au départ de Lucerne. Ce sont d abord les vastes horizons des collines onduleuses, puis les premières montagnes espacées, — Pilate, Burgenstock, Rigi — entre lesquelles se déploient les quatre bras du lac inférieur, placés comme une croix. Puis un étroit passage entre deux promontoires boisés qui de loin semblent réunis, et qui soudain se dédoublent en plantant face à face leurs deux nez : c est alors le bassin central, où les eaux atteignent le maximum de profondeur: ensuite un tournant brusque à Brunnen, après un étranglement, et le golfe d'Uri. orienté du sud au nord, offre, avec un colons tout différent, les beautés d'une nature alpestre plus tourmentée et plus farouche. De la plaine on est arrivé peu à peu au cœur de la grande montagne.
Le lac des Quatre-Cantons, situé à cent trente mètres plus bas que le lac de Brienz, a un climat plus doux et moins Irais que l'Ober-
land bernois. Aussi, nombreux sont les (( séjours )i de printemps et d automne à l'abri des montagnes ou orientés au midi, tandis que par les étés chauds on trouve la fraîcheur sur les hauteurs et les expositions au nord. Le voisinage du lac maintient une température modérée, et la sécheresse n'est jamais à craindre dans cette région fort bien arrosée, et même assez pluvieuse par les années humides. Les quatre cantons qui ont donné leur nom au lac, et qui se groupent autour de ses rives, sont ceux de Lucerne, Unterwald, Schwyz et Uri. Ils forment la Suisse primitive, et c'est même l'un deux, Schwyz, qui a donné son nom à la nation entière (I). C'est au bord de ces rives que s est constituée, à la fin du XIll' siècle, 1 indépendance helvétique, et les Suisses ne peuvent voir sans émotion tous ces lieux glorieux, consacrés par la tradition ou I histoire, qui rappellent les faits les plus émouvants de leurs origines : la place d Altdorf où Guillaume Tell aurait couché en
(1) <c Suisse » se dit Schweiz en allemand actuel, mot qui était Schwiz (ou Schwyz) en moyen haut allemand, et plus anciennement jwîz (z se prononce ts). d'où le français a tiré 5u/5se, l'italien Svizzera.