‹ La Suisse illustreeChapitre 168 sur 296 · VITZNAU ET LES BORDS DU LAC · texte numérisé non relu

VITZNAU ET LES BORDS DU LAC

qui attirent, et d abord les deux puissantes sentinelles qui semblent garder I entrée du lac des Quatre-Cantons : le Pilate et le Rigi.

Le Pilate et le Rigi. — Des deux sommets, c'est incontestablement le Rigi le plus célèbre: et pourtant, dès qu on est à Lucerne ou qu on vogue sur le lac, c'est le Pilate qui attire les regards. Car le Pilate est sans doute la plus belle montagne de la région. Il faut voir surtout, lorsqu'on fait la traversée de \\ eggis à Kehrsiten et à Stansstadt, sa silhouette hardie se découper sur l'horizon, avec sa triple crête anguleuse, vaguement roussie au soleil couchant. Pourquoi faut-il que cet effet de lumière si délicat soit exagéré et gâté dans les bariolages sanguinolents des cartes postales illustrées et des affiches?

Le Rigi. au contraire, déçoit un peu à première vue. Par sa masse quadrangulaire, lourde, basse, trapue, il ressemble à un socle vide, à un soubassement décapité de sa crête. La montagne, presque tout entière composée de poudingues et de grès friables, ne se prêtait point, par sa contexture. à la formation d'arêtes audacieuses et de pointes aiguës. Toute rubannée sur plans obliques, elle déroule sur ses quatre faces ses strates rectilignes en pentes assez abruptes, où forêts et prairies alternent avec le rocher. Mais le Rigi ne doit pas sa réputation à son aspect extérieur. Peu importe que sa silhouette soit lourde et monotone. Par sa situation entre les lacs de Zug et des Quatre-Cantons et au seuil des .Alpes, il offre de toute part — sur les eaux, sur la plaine, sur les montagnes — un coup d oeil remarquable qui n'est pas inférieur à sa réputation. Le Rigi reste l'ascension classique des Quatre-Cantons.

L'ne autre cause a contribué à faire la célébrité du Rigi : c'est qu'il fut la première montagne sur laquelle grimpa la locomotive. N'était-ce pas une tentative audacieuse — beaucoup disaient même insensée — de vouloir, voici près d un demi-siècle, amener la voie ferrée sur un sommet de dix-huit cents mètres? Le succès couronna cependant ces efforts, grâce à l'emploi de la voie à crémaillère, et la ligne de X'itznau au Rigi fut ouverte en 1871, et connut aussitôt une vogue considérable : elle a transporté jusqu à cent cinquante mille voyageurs par an. L'affluence des touristes provoqua la construction de deux autres lignes : celle d'.Arth-Goldau au Rigi qui a son point de départ sur l'autre versant, non plus sur le lac, mais sur la ligne du

LES QUATRE-CANTONS

Page 1