LE LAC DE ZUG VU DU SOMMET DU RICI
Gothard, et celle de Rigi-Scheidegg, très pittoresque, qui longe la crête de la montagne; celle-ci est formée d'une série de bosses, qui offrent des aspects assez variés sur les lacs et sur les cimes environnantes.
La ligne de Vitznau reste la plus belle par les perpectives qu'elle ouvre sur le lac à la montée, et cette doyenne des lignes de montagne demeure toujours une des plus intéressantes de la Suisse. L'horizon du lac se déploie à travers les forêts de hêtres, tandis que la chaîne du Burgenstock s'allonge entre les eaux, comme un fabuleux et gigantesque animal à trois bosses, accroupi sous son épaisse fourrure de futaies, et dressant sa tête au-dessus du lac. Voici le petit tunnel de Schwanden percé dans les grès rouges, le viaduc de Schnurtobel lancé sur une gorge boisée. Peu à peu l'air fraîchit, les rochers apparaissent, la forêt s éclaircit, et bientôt seuls des sapins isolés s'égaillent sur les pelouses accidentées des alpages. Du Kaltbad au sommet, c'est une succession presque ininterrompue d hôtels, de magasins, de baraques, dont la multiplication un peu exagérée enlève à la cime son cachet agreste et sauvage. Au sommet, — le Kulm (les Suisses ont ainsi germanisé le mot latin culmen) — c'est, par les beaux jours d'été, une véritable fête foraine de banlieue à dixhuit cents mètres d altitude. Entre les hôtels, la poste, les éventaires et les parasols des marchands en plein air — cartes illustrées aux couleurs voyantes, bibelots et autres souvenirs — les déjeuners sur 1 herbe s organisent, sur une herbe calcinée et foulée par les promeneurs. Des garde-fous courent tout le long du précipice, et ils ne sont pas inutiles, car il vient au Rigi beaucoup de gens qui n ont guère l'habitude des montagnes.
La paroi tombe à pic sur l'immense plaine fertile et verte, qui, coupée de lacs et de rivières, parsemée de villages et de forêts, fuit, par les jours clairs, jusqu'aux lointains ardoisés du Jura et des Vosges, ou se perd, par les ciels nébuleux, dans la ouate bleutée de l'horizon. Par un temps un peu nuageux, quand une légère brume flotte dans l'air, les horizons s'effacent.
et seules les k jambes » du soleil, d'une touche vive, font apparaître de temps à autre les lacs de la plaine qui scintillent avec éclat, pour disparaître ensuite dans la pénombre. D'un vert vigoureux, le lac de Zug déroule au pied de la montagne la nappe claire de ses eaux, et à l'opposé le lac des Quatre-Cantons découpe ses miroirs clairs dans l'échancrure des cimes. Tout au fond, sur un immense espace, se déploie le somptueux hémicycle des Alpes, de Glaris à Unterwald, d'où ressortent, splendides et immaculées, les crêtes neigeuses du Toedi et du Titlis.
Pour les amateurs de sensations fortes, les effets d'orages sont particulièrement beaux sur le Rigi, soit quand le tonnerre et l'averse font rage sur la montagne zébrée de feu, soit lorsque du sommet ensoleillé on contemple au-dessous de soi les nuages lourds de pluie et sillonnés d'éclairs qui se déversent sur la plaine et les lacs en grondant. En automne un spectacle magnifique est celui de la mer de brouillards qui, surtout le matin, dérobe pendant de longues heures les vallées et le pied des monts : seules les