LE CHATEAU DE MEC CES
est adossé à la vieille tour des Habsbourg, dernier reste du castel féodal où séjournait Rodolphe, le fondateur de la dynastie, avant de ceindre la couronne impériale. Au fond du golfe qui devient très étroit, le bourg de Kiissnacht évoque les souvenirs de 1 insurrection qui donna à la Suisse son indépendance. C'est là que se dressait le château des baillis autrichiens, dont le dernier, d'après la tradihon, fut le cruel Gessler; la lorteresse fut détruite en I 308 :
il n en reste plus qu'une tour en ruine sur la hauteur. Entre la localité et le lac voisin de Zug se trouve le fameux <( chemin creux " — Hohlegasse — auprès duquel Guillaume Tell s embusqua, suivant la légende, pour tuer Gessler d un coup d'arbalète en plein cœur : une chapelle a été élevée à cet endroit. Sur une place s élève une fontaine avec la statue de Guillaume Tell. On montre aussi dans une vieille auberge la chambre de Goethe, qu'habita le grand poète pendant un de ses voyages en Suisse. La rive orientale du golfe de Kiissnacht longe le flanc du Rigi, au pied duquel Greppen tapit ses maisons entre d opulentes châtaigneraies. Encore un promontoire, un brusque changement de direction, et voici le bras oriental de la croix, le plus large, qui sépare le Rigi du Biirgenstock. Près du cap, quelques hôtels se dérobent dans un fouillis de verdure, à Hertenstein, où ont lieu des représentations en plein air très suivies.
La localité voisine de Weggis est un des lieux de séjour les plus agréables du lac. Son exposition au midi lui assure un climat très doux au printemps et en automne, tandis que 1 été la chaleur est tempérée par les ombrages frais et touffus de ses jardins étages, de ses quais et de ses belles avenues. A partir de Weggis, la route suit toute la rive orientale jusqu'au fond du golfe d Uri, tantôt côtoyant le littoral à fleur d'eau, tantôt s'élevant en corniche pour doubler les caps et les éperons rocheux.
Sous les parois abruptes du Rigi, au fond d'une courbe élégante du rivage, \ itznau serre sur un étroit espace de terrain son petit groupe de maisons et d'hôtels, autour d'un clocher assez élégant. Le chemin de fer du Rigi a fait de V'itznau un lieu de passage très animé. Pendant toute la belle saison, c est le va-etvient perpétuel d une foule cosmopolite entre le débarcadère et la
station voisine de la voie ferrée, près des éventaires où les marchandes en plein air disposent avec art les fleurs et les fruits de la saison. A côté des touristes toujours pressés qui doublent les étapes, des familles plus paisibles viennent jouir tranquillement des beautés du lac et faire de véritables cures de suralimentation avec quatre repas quotidiens :
car le petit déjeuner du matin peut compter en Suisse pour un repas véritable, et, l'après-midi, les goûters que l'on prend en maint endroit avec les tasses de thé ne sont pas moins copieux. Le soir, on va voir aborder les derniers vapeurs sur une petite terrasse plantée
LES QUATRE-CANTONS
d'arbres, où des rangées de bancs sont alignées parallèlement devant le lac.
Les maisons des paysans sont particulièrement propres et bien tenues, avec de beaux meubles : dans un village de quelques centaines d'habitants, elles ont pour la plupart le tout à l'égout. Les hommes portent encore en grand nombre le costume national : la blouse noire très courte, avec les parements, les poignets et les épaulettes brodés d'edelweiss verts et de cyclamens rouges. Le costume des femmes ressemble assez à celui des Bernoises, mais la coiffure est toute différente ; dans le canton d'Unterwald elle est caractérisée par deux curieuses plaques métalliques qui se donnent la réplique de chaque côté du chignon et que maintient une barrette autour de laquelle s'enroulent les cheveux.
La fête fédérale au bord du lac. — La fêle fédérale — la fête nationale des Suisses — qui est célébrée tous les ans avec un grand patriotisme jusque dans les villages les plus reculés, est particulièrement intéressante au bord du lac des Quatre-Cantons. Elle a pour but de commémorer l'anniversaire de 1 indépendance qui fut proclamée le 1°' août 1291 : c est à cette date que les trois cantons forestiers riverains, — Schwyz, Uri, Unterwald — conclurent pour la première fois une ligue perpétuelle, afin de faire respecter leurs libertés et leurs franchises séculaires par le pouvoir impérial et par ses délégués. Cette ligue devait être l'embryon de la future Confédération helvétique.
Dans les petites villes et les villages, la fête ne commence pas avant la nuit. Dans la journée, chacun vaque à ses affaires : magasins et établissements publics restent ouverts; seules des oriflammes discrètes, aux couleurs de la Confédération et du canton, sont hissées sur les toits. Beaucoup de Suisses arborent la fleur de dahlia symbolique, rouge et blanche, dont il se fait, ce jour-là, une grande consommation. A huit heures et demie du soir, les cloches sonnent à toute volée : aussitôt les lanternes vénitiennes apparaissent à toutes les fenêtres, enguirlandant les façades de leurs girandoles multicolores.
Tout le village se masse peu à peu sur la petite place de l'église, qui prend un aspect très pittoresque : à V'itznau, la foule s'étage le long des nombreuses marches du perron, où se groupent les chœurs de jeunes gens et jeunes filles du pays avec la musique villageoise, et où des gymnasiarques amateurs en costume coudoient les blouses noires brodéesdes vieux paysans.
Nu-tête, en redingote et en pantalon noir, le curé s'avance sur le perron, et d'une voix forte, bien timbrée, fait un sermon en plein air vraiment impressionnant. 11 parle au peuple simplement, sans apprêt, de tout son cœur de chrétien, de patriote et de républicain : ces sentiments, qui peuvent être séparés ailleurs, sont ici étroitement unis. Le prêtre glorifie la liberté et I indépendance conquises par les aïeux, — avec l'aide de Dieu, proclame-