VITZNAU ET LE LAC DES QUATRE-CANTONS
VUE DE BECKENRIED.
Le bassin central du lac. Brunnen. — C'est un nouveau lac, nettement délimité et d un aspect différent, qui s'étend entre le détroit resserré des deux (( nez » — caps jumeaux qui se font visà-vis à courte distance — et le promontoire de Seelisberg qui ferme à I est 1 horizon. Ici le paysage est encadré de montagnes larges et massives, aux puissantes parois rubannées barrant assez étroitement l'horizon. — au nord le Rigi, au sud les longues traînées du Stulzberg et les croupes plus élevées du Buochserhorn. L'ne seule trouée à l'ouest, celle de I Aa, à I embouchure de laquelle se groupent les maisons de Buochs dans des vergers, au voisinage de prairies marécageuses qui attirent les moustiques et les guêpes. Malgré sa belle terrasse au bord du lac, ce village a été peu touché par le tourisme. C'est un entrepôt important des fromages de la montagne.
La rive méridionale se continue par Beckenried, dans un site verdoyant, et que son exposition au nord, au pied des montagnes, rend très agréable comme station d été. Au bord du lac un immense noyer, vieux de plusieurs siècles, éploie son énorme ramure toujours vigoureuse. Le village possède un certain nombre d anciennes maisons, aux façades couvertes de lamelles de bois imbriquées pour les protéger de la pluie, — système de plus en plus en faveur à mesure qu on s avance vers lest. Les constructions indigènes commencent à présenter les caractères de la Suisse orientale. Les premiers spécimens des clochers à bulbe, si fréquents dans les Grisons et le Tyrol, s observent à Beckenried et à Gersau : sur la tour quadrangulaire de l'église, terminée généralement par quatre pignons ouvragés, est posé un bulbe à côtes, recouvert d une carapace métallique le plus souvent cuivreuse, et s effilant jusqu à l'aiguille terminale.
Plus loin, dominant le lac dans une belle position, s'élève le sanatorium de Schoenegg. La rive devient de plus en plus escarpée. Le bateau aborde près de lantique auberge de Treib, construite en bois et en partie sur pilotis, et qui est un des spécimens les plus intéressants de la vieille maison suisse, avec son grand pignon.
ses auvents, ses rangées de fenêtres accolées, et les rosaces de bois, en mosaïque pittoresque, ménagées dans la construction. Les barques viennent sommeiller sous les piliers qui supportent le rez-de-chaussée.
De Treib un funiculaire et une route aux nombreux lacets ensoleillés, coupant quelques forêts et de vastes prairies, conduisent à Seelisberg qui, au sommet d un promontoire, commande les deux bras du lac : de la route, et mieux encore dune splendide terrasse d'hôtel aménagée sur un escarpement à pic, on jouit d'une vue merveilleuse sur les profondeurs vertes du golfe d'Uri et les montagnes qui font face. En continuant la route, on pénètre brusquement dans une contrée sauvage, en pleines Alpes : un petit lac vert sombre, sous une montagne aiguë, se blottit au creux d une dépression entre de maigres sapinières vallonnées, des alpages et de vieux chalets — toute la paix et le charme de la nature agreste. De Seelisberg, à travers les hêtraies fraîches, un bon chemin en lacets descend au Riitli.
Sur la rive septentrionale, voici Gersau, sous le Rigi, dans une position abritée, puis la chapelle de Kindlimord. qui rappelle, selon la tradition, le meurtre d une fillette par son père. Au fond du lac apparaît Brunnen, dominé par les cimes hardies et rocheuses, complètement dénudées, des deux Mythen : de loin le grand Mythen, très aigu, évoque quelque peu la silhouette du Cervin. C'est un des plus beaux points de vue de ce lac. si fertile en paysages accidentés. A mesure qu on approche, grandit sur le quai la façade blanche des hôtels, dont les fenêtres, aux jours ensoleillés, s'ornent de stores gais aux vives couleurs. Voitures et barques attendent ou amènent les voyageurs au débarcadère. Brunnen est, après Lucerne, la localité la plus animée et la plus mondaine du lac. C est là que la ligne du Gothard, après avoir contourné le Rigi, rejoint la rive qu elle longe désormais jusqu à Flijelen.
De Brunnen on monte à Morschach, jadis rendez-vous de