LA TELLSPLATTE ET L URIROTSTOCK
L AXENSTRASSE ET LE BRISTENSTOCK.
LES QUATRE-CANTONS
FLÎJELEN. LE LAC ET LE BRISTENSTOCK (3 074 M
Altdorf. Guillaume Tell. — Altdorf — le « vieux village i> — est surtout connu comme patrie de Guillaume Tell. C'est ici qu il convient de résumer {histoire — ou plutôt la légende — du héros suisse, dont nous avons eu l'occasion de rappeler déjà plusieurs épisodes.
On connaît cette épopée populaire, simple et émouvante. Le dur bailli autrichien Gessler fait peser sur le peuple une tyrannie cruelle. Pour rendre plus sensible son despotisme, il fait planter un chapeau en haut d un poteau et exige que tout le monde salue cet emblème, sous peine de mort. Guillaume Tell, qui refuse de se découvrir, est arrêté ; le bailli lui fera grâce si le coupable, qui passe pour un archer très adroit, abat d un coup de flèche, à une assez grande distance, une pomme placée sur la tête de son fils. Le père consent à se soumettre à cette terrible épreuve, et il réussit; mais Gessler, apercevant une seconde flèche cachée sous ses habits, s inquiète et [interroge :
— Cette flèche t'était destinée, répond Tell avec une rude franchise, si j avais blessé mon fils.
Il est aussitôt chargé de chaînes, malgré les protestations du peuple, et le bailli 1 emmène sur sa barque pour l'emprisonner dans le château fort de Kussnacht. Mais une tempête terrible se déclare : la barque est en danger; les bateliers demandent qu on détache Tell, aussi bon rameur qu'excellent tireur, pour qu il les arrache au péril. Effectivement, Tell sauve l'embarcation; mais il s'approche de la rive et saute sur une plateforme rocheuse, en repoussant violemment la barque du pied. H va guetter Gessler dans le chemin creux de Kussnacht, où il le tue d un coup d'arbalète. Cette mort est le signal de 1 insurrection et de la délivrance de la Suisse.
Telles sont les aventures de Guillaume Tell, d après la tradition populaire. Beaucoup d historiens, même en Suisse, ont douté depuis longtemps de la véracité de ce récit, et un grand nombre ont même nié l'existence de Guillaume Tell. C'est surtout l'anecdote de la pomme qui a rendu l'aventure suspecte à leurs yeux, car on la retrouve identique dans toutes les vieilles légendes germaniques. H est vrai que cet épisode pourrait avoir été ajouté postérieurement, par limagination populaire, à des événements authentiques. .Mais on a remarqué aussi qu aucun écrivain, aucune chronique ne mentionne Ihistoire de Guillaume Tell avant la fin du XV' siècle, c'est-à-dire près de deux siècles après les événements, qui se placeraient vers 1308. Le plus ancien auteur qui ait relaté ces
aventures. Melchior Russ, dit expressément qu il les a puisées dans les chants et les traditions populaires du pays d'Uri, et dès la fin du XVI'" siècle, l'historien François Guillimann, tout en ayant rapporté ce récit dans ses ouvrages, ne croyait pas à sa véracité : il alléguait que les habitants d Uri n'étaient pas d'accord sur I endroit où avait demeuré leur héros, et qu'ils ne pouvaient donner aucun renseignement sur sa famille, ni sur sa postérité, tandis que la plupart des autres familles de ce temps-là existaient encore. — A 1 heure actuelle il est généralement admis qu il s'agit d'une légende.
Quoi qu il en soit, Guillaume Tell reste un très beau et très noble symbole patriotique, dont le culte honore les Suisses. Et c est une fort belle œuvre d art, une des plus belles statues de la Suisse, quel imposant groupe en bronze de Richard Kissling, érigé en 1895, sur la vieille place d Altdorf, sous le beffroi, et qui représente le héros, dans une fière posture, l'arbalète sur l'épaule, et accompagné de son jeune fils. Aux deux extrémités de la même place, deux fontaines désignent les endroits respectifs où, d'après la tradition, se trouvaient Tell et son fils lorsque le père visa la pomme.
Altdorf a conservé son cachet d'antique petite ville, avec de vieilles maisons à pignon sur rue. L hôtel de ville renferme
ALTDORF : LL BLFlWûl LT LE MONUMENT DE GUILLAUME TELL.
VUE GÉNÉRALE DE SCHVSIi A\LC LES MVTHEN (1902 M.).
divers trophées conquis au cours des guerres de I indépendance. Un peu plus haut, sur les premières pentes du Grùnberg, s'élève un couvent sur l'emplacement d'une ancienne forteresse. Appuyée à la montagne sur le côté de la longue plaine verdoyante qu'est ici la vallée de la Reuss, la cité fait face à la cime brune et hardie de l'Urirotstock. — le « rouge bâton d'Uri ».
Une des principales curiosités d'Altdorf, c est son théâtre populaire. En dehors de la petite ville, dans une prairie, au milieu d'un cadre de montagnes, il est très simple et construit tout entier en planches de sapm. Tous les dimanches d été, en général, à partir de la fin de juillet, ont lieu des représentations de Guillaume Tell, — le célèbre drame de Schiller, qui a reproduit la tradition populaire avec de légères variantes, — au milieu d'un public attentif et enthousiaste, composé en majorité de Suisses. Le spectacle est organisé par un comité local. Tous les acteurs sont des gens du pays qui s'exercent pour la circonstance, et qui jouent leur rôle toujours avec conscience et souvent avec art.
A Altdorf se détache la route du Klausen, qui va, par le col du même nom, dans le canton de Claris. Elle traverse d abord Burglen, hameau très voisin d Altdorf, avec une très ancienne tour. C'est là que serait né Cuillaume Tell; sa maison se serait élevée sur l'emplacement occupé aujourd'hui par une chapelle.
l"urirotstock (2 932 m.).
Schwyz. Les lacs de Lowerz et d'/Egeri. La catastrophe du Rossberg. — Altdorf est le chef-lieu du canton d'Uri, qui s enfonce, très loin du lac, dans la région du Cothard. Le quatrième et le plus oriental des cantons riverains, celui de Schwyz, ne touche au littoral que sur un espace assez court, — de Cersau à Brunnen. Sa capitale, la petite ville de Schwyz, qui a eu l'honneur de donner son nom à la Suisse, compte à peine sept mille habitants, et a conservé en partie son cachet ancien. Située tout au pied des deux Mythen, à proximité de la ligne du Cothard, elle possède un hôtel de ville intéressant, avec des peintures curieuses. C est là que fut jurée la première alliance éternelle des confédérés, le 1'' août 1291, — date qui est devenue celle de la fête fédérale. Les armoiries de Schwyz, comme son nom, sont, à très peu près, celles de la Suisse.
Le canton de Schwyz eut longtemps une existence agitée. Au début du XIX" siècle, il fut troublé encore par une guerre civile agraire entre les cornus et les onglus : ces noms pittoresques désignaient respectivement les gros propriétaires, possesseurs de bêtes à cornes, et les petits agriculteurs qui n avaient qu un maigre bétail « onglu », brebis, porcs et chèvres. — Ce petit État a conservé des traditions archaïques; les magistrats cantonaux portent des costumes très curieux.
Le canton de Schwyz est un de ceux que baignent le plus de lacs : il touche à la fois à ceux des Quatre-Cantons, de Zug et de Zurich. On compte aussi, au nord de Schwyz, deux autres lacs de moindre importance, tributaires des deux premiers : celui d'/Egeri, à une assez grande hauteur, étroitement serré entre des montagnes, et celui de Lowerz, qui, avec ses voisins de Zug et des Quatre-Cantons. complète la ceinture d'eau, azurée ou verdâtre, du Rigi. Sur le lac de Lowerz, aux ondes sombres, lile de Schwanau renferme les ruines d'un château ; sur la rive, les bains de Seewen. Le niveau de I eau diminue assez sensiblement : une partie du lac a d'ailleurs été comblée, il y a plus d'un siècle, par une terrible catastrophe.
En 1806, à la suite d un été particulièrement pluvieux, un éboulement formidable fît dégringoler le sommet de la montagne du Rossberg, qui reposait sur un lit d argile dilué par les eaux. Dans la matinée du 2 septembre, on entendit un craquement
LES QUATRK-CANTONS
tlNSlEDELN
sinistre : la cime du Rossberg s'inclinait, puis soudain elle s'effondra dans un fracas formidable, s écroulant dans la vallée, en engloutissant sous ses débris cinq villages de la « plaine d'or " (Goldau); plus de quatre cents personnes furent tuées. La partie de la montagne qui s était détachée recouvrait quatre kilomètres de longueur sur quatre cents mètres de haut; les amas de rochers et de débris, qu'on peut voir encore en partie sur la ligne d'Arth-Goldau à Biberbriicke, furent évalués à quarante millions de mètres cubes. — Goldau, qui s'est relevé de ses ruines, a prospéré grâce à sa gare importante, où convergent plusieurs voies ferrées.
L'abbaye d'Einsiedeln et les pèlerinages. — Einsiedeln est un des principaux lieux de pèlerinage d Europe. C'est une contrée déserte et triste que ce vaste plateau dénudé, choisi, suivant la tradition, par Termite Meinrad pour garder une image noire de la Vierge. Qu'on vienne des bords riants du lac de Zurich ou des rives pittoresques du lac des Quatre-Cantons, le contraste est saisissant lorsque la locomotive paresseuse du petit train local vous a hissé sur cet aride cirque, balayé par les vents, — pâturages pelés, sans culture et sans arbres, qui s'arrêtent net à l'horizon borné et sans montagnes, et que relèvent seulement les deux dents aigiies et lointaines du Mythen.
La petite ville est riante et gaie, avec les façades fleuries et peintes — roses, vertes, jaunes — de ses maisons à pignons largement ouverts sur la rue, dans le style de la Suisse orientale. La voie principale, pittoresque et animée, monte en serpentant entre les boutiques d objets de piété, devant lesquelles flânent les pèlerins. A côté des cartes illustrées et des médailles, chapelets et images pieuses, on voit aux devantures de nombreux petits ex-voto en cire rouge, représentant les diverses parties du corps ou un corps entier, et qu on suspend dans le sanctuaire, à la grille d'une chapelle, après les avoir trempés dans un baquet d'eau bénite, pour obtenir la guérison d une maladie ou d un membre cassé. Divers cycloramas et dioramas représentant des scènes de la Passion, des pèlerinages, des vues de Rome ou de Jérusalem.
La célèbre abbaye de bénédictins, qui fut fondée au X' siècle et reconstruite au XVIIl , s'élève au sommet de la ville. Avec ses deux tours mitrées de hautes coupoles, et dominant la vaste place, quadrillée de petits pavés, qu il embrasse de ses deux bas-côtés détachés en hémicycle, l'édifice, au débouché de la rue grouillante et multicolore, a vraiment grand air avec sa façade sévère haussée sur un large perron. Sur l'esplanade s élève une fontaine en marbre noir avec quatorze jets, auxquels boivent successivement les pèlerins. Sous les arcades des bas-côtés sont installées
des boutiques d'objets de piété. On remarque sur la façade deux statues des empereurs Othon 1" et Henri I", et une Vierge colossale au sommet de l'édifice.
L intérieur de I église est luxueux, quoique un peu criard, avec beaucoup de dorures, de fresques et d'ouvrages de stuc. Dans la nef centrale, une chapelle de marbre noir renferme la statue vénérée de la Vierge, couverte d'or et de bijoux, On remarque le maître autel en marbre, un relief en bronze représentant la Cène, et dans le choeur une Assomption de Kraus.
Le couvent, dans lequel est encastrée l'église, entretient un collège de prêtres, qui compte des érudits et des savants de grande valeur. La bibliothèque est très importante et renferme surtout une collection réputée de manuscrits et d'incunables. On visite les appartements de I abbé et la salle de musique, où se trouvent les portraits des monarques ayant fait des dons à l'abbaye. L'exploitation agricole du monastère est aussi très importante.
Einsiedein possède la plus grande imprimerie catholique du monde entier. La fête religieuse qui attire le plus de visiteurs a lieu le 14 septembre. On évalue à près de deux cent mille le nombre annuel des pèlerins — presque tous de langue allemande — qui viennent au sanctuaire. Beaucoup d Alsaciens arrivent en trains spéciaux pour les grandes fêtes. Et c'est un spectacle impressionnant, sur le plateau pelé et venteux, que ces processions dans lesquelles émergent les larges coques noires de Strasbourg et de Mulhouse,
LE RATHAU;
Zug et son lac. — Le canton de Zug, le plus petit de Suisse. — • sa superficie natteint que 239 kilomètres carrés, — se rattache étroitement aux quatre cantons primitifs, tant par sa situation géographique que par son histoire. Il s'unit, en effet à ses voisins dès 1352, et conserva comme eux la religion catholique lors de la Réforme. Le lac dVEgeri et les montagnes avoisinantes appartiennent à ce canton, qui embrasse la plus grande partie du lac de Zug.
Le lac de Zug, desservi par des bateaux à vapeur, n est pas découpé comme le lac des Quatre- Cantons, mais il est fort gracieux au fond de son immense vasque de montagnes aux lignes sobres, où scintillent ses eaux tour à tour vertes et bleues. Il se déverse dans la Reuss par une petite rivière, la Loretz. Sa superficie est d'environ 38 kilomètres carrés. Ltranglé dans sa partie centrale par un promontoire, il s'arrondit largement au nord vers Zug.
Au sud le petit bourg d'Arth, voisin de Goldau. s'étale dans une plaine. Plus loin Immensee, voisin du fameux (( chemin creux », fait face à Walchwil, la « Nice zugoise )i, bien abritée du nord, avec ses vieilles maisons enfouies dans la verdure. Voilà la presqu'île de Buonas avec ses deux châteaux ; Cham, au nom biblique, et ses fabriques de lait condensé qui approvisionnent la plupart des grands paquebots ; Baar et sa vieille église romane. Enfin le chef-lieu, Zug, cité très antique, puisqu'elle était déjà connue à l'époque romaine sous le nom de Tugium.
La petite ville de Zug est la plus curieuse de la région pour les archéologues. C'est avec raison qu'on l'a surnommée le Nuremberg suisse, car elle a conservé admirablement son cachet antique, ses ruelles étroites et les pignons à échelons de ses vieilles demeures, surtout dans le quartier de la vieille ville, tassé au bord du lac.
L'ancien Rathaus, antique et massif, renferme un intéressant musée d histoire et d'archéologie. L'arsenal possède une riche collection d armes, d étendards et
d'armures, témoins du passé militaire de la ville. L église Saint- Oswald, du commencement de la Renaissance, en style gothique fleuri, a des tableaux de Deschwanden et un trésor assez riche. Les fortifications médiévales de la cité sont encore représentées par quelques vieilles tours et courtines sur les hauteurs. Cette enceinte fut la seconde de Zug, qui occupa d'abord un espace plus restreint près du lac : encore aujourd hui la partie voisine des tours s appelle le village (dorf), par opposition à la vieille ville. La ville neuve s'est développée près de la gare.
Zug s'est efforcé, depuis quelques années, d attirer les étrangers, en faisant régner dans ses rues une propreté irréprochable, en embellissant la banlieue, en facilitant les excursions. Sa belle position sur le lac, en face du Rigi, et le voisinage des montagnes, que déjà les hôtels commencent à escalader, justifient son développement et sa prospérité. Aux environs de Zug se trouvent quelques stations climatiques et balnéaires : cure d air du Zugerberg, bains d Albisbrunn, établissement hydrothérapique d Anoltern.
/ U I, : LA H L A t b. l' H 1 N t I H A L K .
LE QUAIBRUCKE ET LUETLIBERG.
ZURICH
ZURICH A TRAVERS L HISTOIRE. — ASPECT ET CARACTERE. ZURICH ET GENEVE. — LA VILLE MODERNE. LES QUAIS DU LAC. — LA VIEILLE VILLE : AUX BORDS DE LA LIMMAT. — MONUMENTS ET ÉGLISES. ZWINGLI. — LE MUSÉE NATIONAL SUISSE. — ZURICH VILLE DE SCIENCE. LE POLYTECHNICUM. — LA LITTÉRATURE DE LA SUISSE ALLEMANDE. — L'INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE EN SUISSE. — LA BANLIEUE ZURICHOISE. l'UETLIBERG. — LE LAC DE ZURICH. RAPPERSWIL. l'oBERLAND ZURICHOIS. — LA RÉGION INDUSTRIELLE. WINTERTHUR.
Zurich à travers l'histoire.
— La plus grande ville de Suisse, Zurich, est en même temps l'une des plus anciennes :
elle plonge dans le passé le plus lointain, puisqu'on a retrouvé des habitations lacustres vers l'estuaire de la Limmat, et elle a toujours joué un rôle important dans l'histoire de la Suisse, depuis la formation de la Confédération jusqu'à nos jours. Toujours à lavant-garde des grands courants d'idées, qu'il s'agisse de la Réforme, de la poussée démocratique, du mouvement pédagogique, scientifique ou littéraire, Zurich a fourni une riche moisson d écrivains et de savants. Grâce à son activité, enrichie depuis longtemps par son industrie et son commerce, la grande ville studieuse et travailleuse n'a pas dédaigné de devenir aussi de nos jours une ville de plaisir, gaie et attrayante pour les étrangers. Turicum, 1 ancêtre de Zurich, était une fort modeste bourgade quand les Romains s'installèrent en Helvétie. Tandis que les cités se développaient surtout à l'ouest, entre le Rhin et le Léman, elle resta un simple lieu de péage sur la route de la Rhétie. Suivant la tradition, Décius aurait fait décapiter dans cette localité trois martyrs chrétiens, Félix, Régula et Expérantius, dont le sceau actuel du canton porte encore l'image. Sur l'emplacement présumé du supplice, Charlemagne aurait fait bâtir l'église collé-
giale, reliée avec un chapitre de chanoines. L'« empereur à la barbe fleurie n séjourna plusieurs fois à Zurich, ainsi que ses successeurs; Louis le Germanique y fonda un monastère de femmes, qu'il dota richement et dont sa fille Hildegarde fut la première supérieure. C est de cette époque que date le début de la prospérité de Zurich, qui se développa autour de ces monastères.
La ville prit un rapide essor grâce au commerce. Dès le XI 1° siècle, elle devient un centre littéraire. Fortifiée par les ducs de Zaehringen, ville libre impériale en 1218, elle secoue bientôt le joug des baillis autrichiens en s'alliant aux Quatre-Cantons ; elle entre dans la Confédération en 1351, pour y jouer bientôt, avec Berne, un rôle prépondérant. Une seule éclipse à signaler, au XV' siècle : en lutte contre Schwyz et Glaris qui lui disputent le Toggenburg, Zurich s'allie un instant à I Autriche, et sort, pendant une dizaine d'années, de la Confédération ; mais cette dissidence passagère n'eut pas de suites. Zwingli prêcha la Réforme à Zurich, qui devint le foyer du protestantisme dans la Suisse allemande.
Zurich entretint toujours d'excellents rapports avec l'Alsace : la tradition rapporte que les Zurichois, alliés à Strasbourg, avaient fait le pari d'arriver en bateau par le Rhin, dans la banlieue strasbourgeoise, en moins de temps qu il n'en faut à une soupe brûlante dans un chaudron pour se refroidir, — afin de montrer à leurs amis que, le cas échéant, ils pourraient venir rapidement à leur secours. On assure qu'ils gagnèrent leur pari. Cette prouesse fut chantée par le poète strasbourgeois J. Fischart.
Zurich, avec Berne, joua souvent le rôle d'arbitre dans les difficultés intérieures de la Suisse. La ville fut longtemps une des trois
ZURICH : LA BAHNHOFSTRASS E.
capitales fédérales. Elle a démoli ses remparts en 1833 et a pris une extension considérable dans le cours du XIX'' siècle : elle compte aujourd hui plus de deux cent mille habitants. La constitution du canton est très démocratique : cest un de ceux où on compte une des plus fortes minorités socialistes, et où on a fait les expériences les plus complètes du socialisme d Etat.
Aspect et caractère. Zurich et Genève. — Comme Genève et Lucerne. Zurich est situé au débouché d un grand lac, dans une position commerciale avantageuse, et dans un site des plus séduisants, en face d'un panorama alpestre. L analogie est surtout remarquable entre Zurich et Genève, qui remplissent les mêmes fonctions, jouent le même rôle. 1 une dans la Suisse allemande, lautre dans la Suisse française. Ce sont deux grandes métropoles industrielles et commerçantes, les deux centres intellectuels les plus puissants peut-être de la Confédération. L une et l'autre furent les foyers du protestantisme indigène : ici Zwingli, là Calvin. Cités jadis sévères — au milieu du XIX" siècle. Zurich avait encore la réputation d'être triste — et qui. en I espace d une