LANCIEN PONT EN BOIS SUR LE KHI
avoir dépassé Genève; elle compte aujourd hui près de cent cinquante mille habitants. Les événements de 1870 et l'annexion de l'Alsace avaient renforcé l'influence allemande.
Aspect général. Le Rhin. — Bâle a une physionomie toute particulière parmi les villes helvétiques. Située à proximité du point de jonction entre la Suisse, la France et l'Allemagne, elle rappelle surtout les villes de l'Alsace et de lAllemagne du sud par la disposition de ses rues et le style de ses maisons. Les rapports, de tout temps, furent particulièrement étroits avec I Alsace.
Bâle a beaucoup de ressemblance avec Strasbourg, par sa sévère cathédrale en grès rouge comme par ses maisons antiques des quais, aux toits démesurément hauts, dans lesquels s'étagent plusieurs rangées de fenêtres à auvent. Comme Strasbourg aussi, la ville a payé un tribut récent à l'influence germanique en matière architecturale, mais moins dans les bâtiments neufs que dans la restauration des édifices anciens, où l'on a abusé parfois, — comme au Rathaus et sur la toiture de la cathédrale — de la polychromie voyante et criarde.
Cependant Bâle est restée très simple, et n'a pas la parure brillante d'autres grandes villes modernisées, comme Genève et Zurich : mais par là elle parle peut-être davantage à I âme des Suisses, comme des archéologues et des amoureux du passé, si elle déconcerte parfois l'étranger par ses contrastes, non pas d'un quartier à l'autre, mais dans la même rue. On ne peut pas opposer ici la vieille cité à la ville neuve : le modernisme s est répandu un peu partout, au petit bonheur, élevant de somptueux hôtels de
l.E PONT DU MILIEU, QUI A REMPI,A<I M
financiers à côté d habitations vétustés et modestes de petits artisans; en revanche il n a pas exproprié et rasé en bloc des quartiers entiers.
L'impression générale est celle que donne l'atmosphère paisible d une très grande ville de province d une propreté raffinée, boui^ geoise, cossue, habitée par des hommes d affaires qui s installent suivant leur commodité et recherchent le calme dans leur vie privée. On est étonné de la tranquillité qui règne dans le premier marché financier de la Suisse : tout se passe à la Bourse et dans les bureaux, .sans fièvre, avec le sérieux et la gravité du caractère bâlois, sans qu en soupçonne derrière ces façades, qui semblent endormies, les énormîs transactions qui s opèrent sur un ordre bref, par un simple jeu d'écritures.
Toutes les grandes villes de Suisse ont leur lac ou leur rivière. Bâle a son fleuve, et quel fleuve! le Rhin, autour duquel se jouèrent tant de drames historiques, le Rhin aux eaux vertes qui coule large et majestueux, échancrant de sa verte boucle la grande ville dominée par les clochers rougeâtres de sa cathédrale, pour s'orienter définitivement au nord, vers la plaine d'Alsace, vers la Westphalie industrielle, vers les polders de Hollande, où se divisent ses grands bras sillonnés de vaisseaux de haut bord. Bâle ne domine pas les rives — comme Berne ou Fribourg — du haut d'un plateau escarpé, propice aux fortifications, ainsi qu'une cité guerrière et défiante du moyen âge : elle s étale avec confiance dans une plaine ouverte sur les bords du fleuve, comme il sied à la ville commerçante et accueillante qu elle fut dès son origine. Quatre ponts modernes enjambent le Rhin de leurs arches de fer ou de granit. Le pont du milieu — minière Rheinbriic\e — remplace le \ ieux pont en bois, du XIII' siècle, démoli en 1902, et qui était une curiosité de Bâle : tous ceux qui l'ont vu ont gardé un souvenir exquis de sa silhouette pittoresque, qui s harmonisait si bien avec les antiques maisons des quais et les tours de la cathédrale. Artistes et archéologues déplorent cette perte, qu on aurait .sans doute pu éviter, bien que le vieux pont ne fût plus suffisant pour la circulation.
Le progrès a parfois des exigences cruelles. C est lui aussi qui fit raser, au siècle dernier, les curieuses fortifications de la ville, qui était trop à 1 étroit et étouffait derrière .son cor.selet de remparts et de tourelles : le peu cjui en a été conservé permet de regretter qu'on n'en ait pas sauvegardé davantage.
BALE
Bâle, ville antique. Les vieux quartiers. Le Rathaus.
— La majeure partie de la ville — Gross-Basel, le Grand Bâle
— est située sur la rive gauche du Rhin, du côté de la convexité du fleuve. Au moyen âge elle occupait seulement I espace compris entre les Petersgraben. les Leonardsgraben et les Albansgraben, — anciens fossés, qui ont donné leur nom aux rues tracées plus tard sur leur emplacement : ce quartier est encore désigné sous le nom de Stadtquartier — quartier de la ville, — le reste constituant originairement les faubourgs. Au XV' siècle l'extension considérable de la ville amena la création d une seconde enceinte, qui s'étendait de la Schœnzenstrasse (en face le pont Saint-Jean) jusqu'à la porte Saint-.Alban, en passant par la Spalenlhor. les Steinengraben et les .'Esc/ienorafcen : la superficie de la ville était plus que doublée. Depuis cinquante ans, les quartiers neufs se sont développés plus loin encore, sur un vaste espace. Bosselée, avec des ruelles parfois escarpées, des gradins étroits qui tombent sur le Rhin, — comme le Rheinsprung — la vieille ville est très pittoresque.
La Spalenthor. qui date du XV' siècle, est un des rares vestiges de la seconde enceinte (il ne reste rien de la première) : elle a baucoup de relief et de caractère avec ses deux tours crénelées, rondes à la base et polygonales au sommet, qui encadrent la toiture d un comble pyramidal très aigu. La façade est ornée d'une riche décoration plastique de l'époque. Les environs des tours verdoient de parcs et de plantations d arbres sur 1 emplacement des anciennes redoutes .
le Jardin botanique, les jardins de 1 Université, la place ombreuse de Saint-Pierre, où subsiste encore la vieille Maison Hiss. résidence de l'ambassadeur de Prusse en I 793 , lors de la signature du traité de Bâle.
Dans une rue voisine, la jolie fontaine du Spalen est ornée d un joueur de cornemuse et la spalenthor.
d'une danse de paysans d'après Albert Diirer et Holbein. Plus loin, l'église des frères prêcheurs, du XV siècle, a une élégante tourelle.
Un des coins les plus curieux de Bâle et le mieux conservé, c'est le voisinage du marché aux poissons {Fischmark^t). Sur la petite place bordée de vieilles maisons s'élève la plus jolie fontaine de Bâle, du XV^ siècle, due à Jacques Sarbach, et remarquable par l'élégance de sa décoration comme par la finesse de ses motifs. Tout le quartier est riche en monuments, qui, en grande partie, ne sont point mentionnés par les guides. Ce sont d'abord les hôtels des corporations, dont beaucoup ont été reconstruits de nos jours : les corporations ont toujours été puissantes à Bâle, et elles ont joué un grand rôle dans le développement économique de la ville. La cour de la maison des forgerons (dans la Gerbeigasse) est ornée d'une très belle fontaine de la Renaissance, à côté d'une statue d'Isaac Iselin, fondateur de la Société d'utilité publique ; celle des tonneliers, place du Marché, a une intéressante façade du XVI' siècle: plusieurs offrent de belles décorations modernes, de Sandreuter, et sont de véritables palais. L'ancienne maison de ville {Sladthaus), construite en 1771 pour 1 administration des postes, et qui sert aujourd hui à 1 assistance publique, est un curieux spécimen du style rococo.
Fort intéressants aussi, au sud de la vieille ville, les environs de