‹ La Suisse illustreeChapitre 2 sur 296 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

C'EST un tout petit pays, — écrivait naguère Philippe Monnier, un des écrivains les plus aimés de la Suisse romande. — C'est un petit pays, aussi petit qu'un mouchoir à carreaux sur un pré, si curieux, si divers et si lui. Il sent bon le sapin et l'air libre... Cinq heures, six heures de chemin de fer, et l'on arrive au bout : tant de vallées, de gorges, de précipices, de chaînes, de sommets ; tant de mœurs et de modes ; tant d'idiomes et de gens !

On ne saurait mieux caractériser en quelques lignes l'originalité et le charme de la Suisse. Son nom, comme celui de l'Italie, est un évocateur de séductions naturelles et de beautés pittoresques ; moins ancienne — car nos aïeux ne savaient pas goûter la montagne — sa réputation est peut-être encore plus populaire : ne bénéficie-t-elle point, en quelque mesure, de la sympathie qui s'attache au peuple suisse, hospitalier, éclairé et tolérant, fermement résolu à vivre en paix avec tous ses voisins, et lié en particulier à la France par une amitié vieille de quatre siècles ?

Ce n'est pas à dire que la Suisse ne fasse point d'envieux : elle en faisait surtout avant la guerre. Sa prospérité, et surtout l'affluence des étrangers attirés par ses sites et retenus par une industrie hôtelière de premier ordre, n'ont pas été sans susciter quelque jalousie chez ses voisins, qui la critiquent parfois tout en s'efforçant de marcher sur ses traces. Emulation salutaire, mais critique inutile : les voyageurs, aujourd'hui, n'écoutent que leur propre expérience et veulent juger par eux-mêmes. Ceux qui ignorent la Suisse désirent la voir ; ceux qui la connaissent ont hâte d'y retourner. D'ailleurs, n'y a-t-il pas pour tous les pays place au soleil ?

Si les voyages à l'étranger sont toujours instructifs, l'étude de la Suisse est particulièrement profitable. Car si tout le monde connaît, au moins par ouï-dire, la splendeur et la variété des paysages helvétiques, on ignore trop souvent l'âme suisse et l'organisation sociale, si variée et si complexe, de nos voisins. On ne peut que gagner au commerce de ce peuple qui a su garder son originalité et son indépendance entre quatre Etats puissants. 11 respire d'abord, comme ses montagnes, la santé et la joie de vivre : aussi bien que la Belgique, la Suisse est un pays heureux, qui se gouverne et s'organise lui-même comme il l'entend, que n'assombrit pas la nostalgie de provinces perdues et que ne trouble aucun désir d'expansion agressive. Elle est le rendez-vous pacifique de l'Europe et du monde civilisé, la terre neutre où s'oublient les rivalités et où se fait la trêve des peuples, où le Français, l'Allemand, l'Anglais, l'Italien fraternisent à table d'hôte et ne montent plus qu'à l'assaut pacifique de la montagne.

Pour quiconque sait voir et observer, en dehors du spectacle inoubliable de la nature et des curiosités archéologiques, la Suisse donne surtout une grande leçon à ses hôtes, une leçon de discipline et de travail. Elle leur montre quels résultats peut obtenir l'effort humain, persévérant et coordonné, malgré les conditions externes les plus défavorables. Aucun pays n'était plus rebelle par sa nature au

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