‹ La Suisse illustreeChapitre 208 sur 296 · LAUFENBURG ET LES RAPIDES DU RHIN · texte numérisé non relu

LAUFENBURG ET LES RAPIDES DU RHIN

burg-Laufenburg. et qui devint ensuite la propriété de la maison d'Autriche. Plus loin le village de Coblenz, comme son nom l'indique, est au confluent de l'Aar et du Rhin (I).

Sur la rive droite s'échelonnent quelques petites villes badoises qui ont conservé leur antiquité et qui rappellent la bonne vieille Allemagne d'autrefois, celle que chantaient Goethe. Schiller, Uhland. Voici Sasckingen, avec l'église à deux tours de son célèbre monastère, où deux princesses royales. Bertha, fille de Louis le Germanique, et Richardis, femme de Charles le Gros, vinrent finir leurs jours ; le vieux château a été rendu célèbre par le poème de Schefîel, le Trompette de Sœckingen. Dans le voisinage, le charmant petit lac de Bergsee, encadré de rochers et de sapins, et la vallée étranglée de la Wehra, qui conduit à la grotte à stalactites de Hasel, offrent des excursions variées. Et plus loin, en rejoignant la Wiese, les tours du château de Rœtel en émergent d'un fouillis de branchages au sommet d'une colline, près des ruines de Weiss-Wasserstolz, derniers témoins de l'ancienne puissance de la belliqueuse et turbulente féodalité rhénane.

Au carrefour des races. Les divers types d'habitations en Suisse. — L Argovie est une des régions de Suisse où on trouve les vieilles maisons rurales ou urbaines les plus caractéristiques et de modèles les plus variés, suivant les localités. Cette diversité est extrême si on envisage l'ensemble du territoire helvétique. Au carrefour de quatre races — rhétique. celtique, latine et germanique, — qui se sont heurtées, combattues, puis amalgamées plus ou moins sur son sol, la Suisse réunit presque tous les anciens types d'habitations de l'Europe occi-

(1) Comme sa grande Homo nyme de la Prusse rhénane. Co blcnz dérive en effet du mnl con- Hucntcm, prononcé coficnte en latin vulgaire du nord de la Gaule (Cf. en France Confions et Conjolem).

dentale et centrale, croisés et hybrides à l'infini. Nulle part on ne trouve une telle variété sur un espace aussi restreint.

Dans le Tessin mériodional, c'est la maison italienne, ou plutôt l'antique maison gallo-romaine, conservée dans la France du Midi et l'Italie du Nord, et qui est caractérisée notamment par ses toits à faible pente et à une seule inclinaison — sur la façade, — recouverts de rangées de grosses tuiles rouges fortement incurvées; parfois des loggias, des arcades, des plantes grimpantes : c'est la demeure gaie et accueillante des pays du soleil. Dans les Grisons, c'est la lourde maison romanche massive, toute en pierre robuste, percée de portes cintrées à l'instar des égli.ses romanes, de profondes et étroites fenêtres, défiantes comme des meurtrières : tout respire le passé rude et guerrier de la race. Au sud-ouest, le chalet savoyard, plus fruste encore dans le Valais allemand, où il semble taillé à coup de hache dans des planches de mélèze roux, mal jointes et à peine équarries ; mais à mesure qu'on s'approche de la France, la pierre reparaît et se combine au bois : aux façades s'accrochent les lourdes grappes des balcons bruns et des escaliers extérieurs, sous les saillies des toits sombres imbriqués de schistes. Dans le pays de Vaud, c'est la maison bourguignonne, claire, avenante, — comme il sied à de gais vignerons, — crépie à la chaux,

et coiffée d'un toit coquet de petites tuiles brunes.

Au cœur de la vieille Suisse, dans l'Oberland bernois et la région montagneuse des Quatre-Cantons, s'est formé un type de construction vraiment indigène, et adapté aux exigences du climat, tout en paraissant les défier par son élégance et sa légèreté apparente : c est le chalet de bois, si coquet, d'un jaune très doux qui semble lustré et vernissé, et dont la façade enguirlandée de fleurs est encadrée par les deux ailes d'un toit très ouvert et largement rabattu.

Pour les Français simplistes, cette demeure est le « cha- .HiNDtLWALD. let suisse » par excellence.

PLAINE DU RHIN

Et pourtant que d'autres types encore, sur le sol helvétique !

Dans le bas pays de Fribourg et le Mittelland bernois, le toit s hypertrophie, prend des proportions démesurées, allonge ses pentes, rabat ses pans sur toutes les faces, escamotant presque sous son bonnet pointu toute la ferme, chaudement encapuchonnée jusqu'aux yeux, à l'abri de la pluie et des rudes hivers. Dans le J ura bernois, les chalets sont bas et gris ; sur les bords du Rhm, au contraire, les combles se redressent, hauts, aigus, ajourés de lucarnes à auvent, avec des nervures en bois sur la façade et des encorbellements en saillie : c est la vieille maison alsacienne, à peme altérée.

De Zurich et d'EmsiedeIn au lac de Constance, c'est la maison souabe, au large pignon ouvert à angle droit, peinte en couleurs claires, — rose, vert ou blanc. — à la façade recouverte parfois d'écailles de bois imbriquées, carapace protectrice contre la pluie ; dans une variante dite « en règle mur », le toit ne dépasse pas la façade du côté du pignon. A Appenzell, le chalet s'étale à nouveau en s'agrégeant des bâtiments annexes, tandis que les fenêtres, accolées par demi-douzaines, se pressent en rangs serrés.

L intérieur des vieilles maisons campagnardes ne présente pas moins de variété.

A I ouest, dans le J ura roman , le pays de Vaud et la partie occidentale du canton de Fribourg, c'est le type présumé celtique de la demeure. Son caractère essentiel, c est la réunion, sous le même toit, de la maison d'habitation, de la grange et des écuries. On remarque également la grande cheminée en bois dans la pi«ce qui sert de salle à manger. On entre dans un vestibule qui sépare les pièces — chambres et cuisine — à gauche et à droite. Au fond du vestibule, la grange et les écuries. Celles-ci sont construites en bois et le devant de la maison en maçonnerie. Un seul étage, dans la montagne.

A 1 autre extrémité de la Suisse, la maison romanche présente des dispositions analogues, témoignant d'une origine commune;

et d Hérens, on en conclura que ce mode de construction était en usage dans la région avant la première immigration germanique (qui a eu lieu au IX'' siècle). Les Valaisans allemands l'ont adopté et 1 ont introduit ensuite dans la haute vallée italienne de la Toce. Quelle que soit la région , le Suisse aime sa demeure. Avec raison il a maintenu pieusement les types traditionnels et si pittoresques des habitations. U se plaît dans son intérieur, il enjolive son home. Vaudoise ou tessinoise, bernoise ou grisonne, zurichoise ou rhénane, la maison suisse est propre, coquette, avenante, même chez les paysans, et presque toujours enrubannée, l'été, de guirlandes de fleurs.

mais elle est plus confortable. Le vestibule ou solier est très grand et occupe parfois la moitié du palier; il est latéral et non médian. La demeure comprend souvent deux étages sur rez-de-chaussée.

La maison du bas Tessin est la plus primitive : parfois il n'y a qu une seule pièce, senant en même temps de cuisine, de salle à manger et de chambre.

Dans la plaine allemande, l'intérieur est régulièrement divisé en trois compartiments : type un peu modifié dans la montagne, où la grange et les écuries sont installées dans un bâtiment indépendant.

Les types d habitation fournissent des données du plus haut intérêt suri histoire ethnographique du pays. Si l'on examine, par exemple, la répartition géographique actuelle du chalet de bois sur pilotis avec « champignons » de pierre, qu'on trouve à la fois dans le Valais allemand et dans les vallées romanes, arriérées et isolées, d Anniviers

Cl. N\'.' CHALETS VALAISANS DU VIEUX ZERMATT.

Page 1