LE RHIN ET LES QUAIS DE RHEINFELDEN
vestiges. D'abord ses vieilles tours sombres, solides et élancées, casquées de toits anguleux : la belle tour de la Porte du haut et la tour des Cigognes, qui ont encore leurs vénérables et curieux hourds en bois, ancêtres des mâchicoulis de pierre : la tour des Couteaux, à la silhouette mince et tranchante, dont la base plonge dans le Rhin : d après la tradition, les condamnés à mort étaient jetés là dans une cage garnie de longs couteaux croisés, et précipités ensuite dans le fleuve.
Lile de Stein. où s'élevait jadis la citadelle autrichienne, et qui est occupée aujourd hui par un petit parc, divise le Rhin, dont les bras torrentueux sont coupés de rapides. Naguère 1 Ile était reliée aux deux rives par un vétusté pont couvert, en bois, qui a été soigneusement conservé du côté suisse, et où se donnent rendezvous les pêcheurs de saumons : et c est un coup d ceil des plus pittoresques, une véritable évocation du moyen âge. que le paysage de la vieille ville helvétique, aux antiques maisons coiffées de toits hauts et pointus et massées au bord du Rhin dans un artistique désordre, sous la houlette des clochers et des tours féodales. Malheureusement la rive badoise contraste, par la hideur de ses constructions neuves, criardes et de mauvais goût, et par la travée métallique que le vandalisme allemand a substituée, sur le bras droit du fleuve, au vieux pont médiéval.
Rhemfelden possède aussi une vieille église gothique, la collégiale de Saint-.Martin. qui date de 1230, et qui renferme quel-
ques tableaux intéressants et de belles sculptures sur bois. L'hôtel de ville a des vitraux anciens. L'ancienne église des chevaliers de Saint-Jean, qui est propriété privée, est en style gothique flamboyant. On rencontre aussi mainte vieille et curieuse maison dans les anciennes rues étroites et pittoresques de la petite cité.
Mais Rhemfelden n est pas seulement une ville antique. La découverte de salines dans ses faubourgs, en 1844, lui a ouvert un nouvel avenir. Tout un quartier neuf de grands hôtels et de villas s étend aujourd hui à l'est; car les eaux très riches des salines sont spécialement exploitées pour le traitement de diverses affections, et sont particulièrement favorables aux bains salins. Les Français forment ici encore, en général, la majorité de la clientèle. De belles terrasses d'hôtels et de parcs ombragés s'étendent aux bords du Rhin, en amont des digues et des grandes machines hydrauliques qui captent la force motrice considérable produite par les rapides du fleuve. Dans le voisinage, une vaste forêt de hêtres, où se trouve la plus belle chasse de toute la Suisse. Aux environs on visite l'Ermitage, curieuse grotte à piliers creusés dans un conglomérat tertiaire, le belvédère du Kaenzli, au sommet d'une butte tapissée de hêtraies, et I ancien couvent d OIsberg.
En remontant le Rhin vers lest, sur la rive suisse, on trouve la pittoresque petite ville de Laufenburg, près des rapides (laujen) qui lui ont donné son nom. Au-dessus s'élève le vieux château, couvert de lierre, qui appartenait à la branche princière de Habs-