LA SCHNETZTOR ET LE KAUFHAUS OU MAISON DU CONCILE
desquels les cardinaux élurent Martin V : il proclama la supériorité des conciles sur la papauté et édicta de sages règles de réforme religieuse; mais il se déshonora par le supplice de Jean Huss, patriote et réformateur de Bohême, qui fut brûlé sur un bûcher et dont 1 exécution provoqua la guerre des Hussites, cause première du concile de Bâle. Jean Huss, recteur de l'Université de Prague, avait publié de violentes diatribes contre le clergé de son époque, la cour de Rome et combattu divers dogmes ou pratiques cultuelles admis par I Eglise. Condamné par le pape Alexandre V, il en appela au concile de Constance, devant lequel il vint défendre ses idées. Malgré le sauf-conduit que lui avait donné lempereur Sigismond, il fut livré au bras séculier avec Jérôme de Prague.
Parmi les autres églises de Constance, il faut citer Saint-Augustin, fondé en 1268, et qui appartient aux vieux-catholiques, et Saint-Etienne, de I époque flamboyante, mais fâcheusement remanié, et qui possède une tour élégante, ainsi que. à l'intérieur, d'intéressants bas-reliefs de la Renaissance.
Le Kaufhaus — ancien entrepôt du XIV° siècle — est un des spécimens les plus typiques de I architecture civile du moyen âge, avec ses gros piliers de chêne et ses combles élevés. Dans la salle du premier étage, ornée récemment de fresques modernes, se tint, pendant le concile de Constance, le conclave qui élut le pape Martin V. L'hôtel de ville est un ancien édifice de la Renaissance, décoré de fresques par Haeberlin en 1898 et qui possède une précieuse collection de vieilles chartes. Le musée, installé au Rosgarten dans l'ancien hôtel de la corporation des bouchers, est riche en
objets préhistoriques et en antiquités lacustres retrouvées dans le lac.
Constance a conservé de nombreux restes de son passé glorieux, de vieilles portes, comme la Schnetztor, d'antiques maisons qui évoquent des souvenirs historiques : celle où habitait Jean Huss quand il vint au Concile et où il fut arrêté, la maison Barberousse, où l'empereur de ce nom signa un traité en 1 183, et la maison du haut port. L'empire allemand a érigé, après 1870, le monument de la Victoire et la Fontaine des Empereurs.
Les rives du lac sont très intéressantes. Constance occupe le fond d'une belle rade. Au sud. le port, voisin de la gare, est protégé par une digue contre les tempêtes du lac. Le joli parc du Stadtgarten, entouré de trois côtés par l'eau, renferme un buste de Guillaume 11. Sur une île, séparée de la terre ferme par un bras très étroit, s'élève le couvent de Dominicains où fut emprisonné Jean Huss avant son supplice : le cloître date de l'époque romane; une partie du bâtiment a été transformée en hôtel. Un pont, qui sert au chemin de fer et à la route, coupe le Rhin à sa sortie du lac pour rejoindre le faubourg de Petershausen.
Au sud, la frontière suisse serre de près la ville et échancre les faubourgs. Un bloc erratique rappelle l'endroit où fut brûlé Jean Huss avec son disciple Jérôme de Prague.
Toute la ville de Constance évoque la fin tragique de ce réformateur, et il semble qu'il plane encore sur la cité, restée pourtant en grande majorité catholique, un remords du crime judiciaire qui fut commis dans ses murs et qui fait songer au bûcher, presque contemporain, sur lequel expira Jeanne d'Arc.