COL ET HOSPICE DU S AI NT-COT H A R D
REGION DU GOTHARD
LE PAMIR DE L EUROPE. — LES MASSIFS MONTAGNEUX. — VALLEES ET COLS. LA ROUTE DU GRIMSEL. — LE GLACIER DU RHONE ET LA FURKA. — LE VAL FORMAZZA ET LES SOURCES DU TESSIN. — LE COL DU SAINT-GOTHARD ET LA VALLÉE D'uRSEREN. — LES SCHŒLLENEN; LA RETRAITE DE SOUVAROW; LES FORTI- FICATIONS DU GOTHARD. — ORGANISATION DE l'aRMÉE SUISSE; LES FÊTES DU TIR FÉDÉRAL. — GŒSCHENEN. LE TUNNEL ET LA LIGNE DU GOTHARD. — LES GRANDES PERCÉES TRANSALPESTRES EN SUISSE.
Le Pamir de l'Europe. — Ce n est point sans raison qu on a appelé le massif du Saint- Gothard « le Pamir de I Europe ».
S'il y a un peu d'hyperbole dans cette comparaison, il n'en reste pas moins vrai que le Gothard est le nœud orographique et surtout hydrographique de la Suisse et des Alpes.
C'est un véritable toit aux multiples pentes, d où les eaux ruissellent dans toutes les directions et vont alimenter les trois bassins du Rhin, du Rhône et du Pô, qui se rejoignent ici, délimités par une borne haute et sévère : le Wyttenwasserstock rocheux et rugueux, dressant sa crête altière, drapée d un long manteau de neige, à la jonction du partage des eaux et de trois cantons : Tessin, Valais, Uri.
A peu de distance les uns des autres, sur un espace de quelques lieues carrées, six cours d'eau importants prennent leur source et rayonnent vers tous les points cardinaux. Au nord-ouest et au nord, deux affluents du Rhin, l'Aar et la Reuss : au nord-est, le Rhin lui-même ; au sud-est, le Tessin ; au sud, la Toce, sousaffluent du Pô; au sud-ouest, le Rhône. Chacune de ces six vallées, isolée de ses voisines, a vu se constituer dans son cadre une organisation sociale autonome : le canton du Valais s'est formé dans le haut bassin du Rhône, le canton de Berne dans celui de 1 Aar; Uri dans la vallée supérieure de la Reuss, les Ligues grises
autour du Rhin antérieur, le Tessin au bord de la rivière du même nom. Seule la vallée de la Toce, étroite et peu peuplée, n a pu réaliser son autonomie : elle est restée italienne, et par là le territoire du royaume voisin pousse une pointe audacieuse jusqu au seuil du Gothard.
Les montagnes, elles aussi, rayonnent autour de ce pivot : toutes les grandes chaînes alpestres de la Suisse, à l'exception des massifs extrêmes de la Bernina et du mont Blanc, viennent se nouer là. Ce qui est plus remarquable, c'est le long plissement longitudinal, marquant la direction du soulèvement montagneux, et accusé par la ligne de dépression comme par la ligne de faîte : la haute vallée du Rhin est l'exact prolongement de celle du Rhône avec l'intermédiaire de la vallée d'Urseren (I), et en dépit des deux cols qui les séparent ; de même au nord, des deux côtés de la trouée de la Reuss, la chaîne des Alpes glaronaises continue le tracé des Alpes bernoises parallèlement à la grande dépression.
Dans de telles conditions, on comprend que le massif du Saint- Gothard ait présenté de tout temps un grand intérêt stratégique; il a pris de nos jours une importance économique de premier ordre dès I instant où 1 on a songé à percer les Alpes.
Les massifs montagneux. — Bien qu'elle forme la clef de voijte des Alpes helvétiques, la région du Gothard est loin de renfermer les plus hautes montagnes de Suisse, surtout dans sa partie médiane. Entre la dépression centrale et la vallée du Tessin, il ny a pas de cimes très élevées; l'altitude augmente à l'ouest.
(I) C est le nom de la haute vallée de la Reuss jusqu'à Andermatt.