LE VERSANT CLARONAIS DL II H
Vallées et cols. La route du Grimsel. — Entrons par la vallée de l'Aar. Au-dessus de iMeiringen, la rivière torrentueuse, dans un couloir assez étroit appelé vallée de Hasli, est remontée par la route qui aboutit au glacier du Rhône en franchissant le col du Grimsel. La chaussée, construite dans un but stratégique, est assez récente; mais le passage a été connu et pratiqué très anciennement. Le Hasli est la grande voie historique que suivirent les Alamans, au début du mojen âge, pour déborder dans le haut Valais, qu'ils colonisèrent peu à peu, puis dans le val Formazza italien, enfin dans la vallée d'Urseren, par où ils envoyèrent des colonies jusque dans les Grisons.
A Innertkirchen se détache à l'est le chemin du col de Susten. A Guttannen commence la partie la plus pittoresque de la route. A travers des sapinières et des gorges sauvages, on atteint la cascade de la Handeck, sur laquelle a été jeté un pont agreste dans un cadre romantique.
Le paysage devient bientôt plus aride : les hautes parois rocheuses succèdent aux défilés tranchés dans la montagne.
La route quitte l'Aar, qui descend de l'ouest et sort, par deux branches, de deux des plus vastes glaciers des Alpes bernoises : le coup d'oeil, à la montée, est splendide sur cet immense fond glaciaire, couronné par un gigantesque hémicycle de crêtes aiguës, au milieu desquelles ressort le Finsteraarhorn.
L'ancien hospice du Grimsel, transformé en hôtel, est situé à trois cents mètres au-dessous du col, près d'un double lac minuscule, dans un milieu dénudé et sévère. Le col est à 2 164 mètres.
Tout près, sur le versant valaisan, un autre petit lac a été surnommé le lac des Morts, par suite des cadavres des Français et des Russes qui y furent jetés.
RÉGION DU GOTHARD
HÔTEL (ancien HOSPICE) ET LAC DU CRIMSEL
en 1 799, lorsque Souvarovv franchit les Alpes défendues par Lecourbe et Masséna.
La descente est rapide, à travers les pentes du Maienwand, renommées par leur flore estivale. Et l'on rejoint la route de la Furka, face à l'éblouissante cascade marmoréenne du glacier du Rhône.
Le glacier du Rhône et la Furka. — Le glacier du Rhône est célèbre parmi les fervents de la montagne. De tout temps il a enthousiasmé les voyageurs, les poètes, les peintres. Victor Hugo lui a consacré une de ses Feuilles d'automne. Voici comment le décrit M. F. -A. Forel, qui l'a étudié en savant et l'a senti en poète :
« Le glacier du Rhône est célèbre par sa superbe cataracte qui fait cascader le courant des glaces sur la paroi de rochers s'étendant de la Saas au Belvédère de la Furkawand. Cette cataracte mesure quelque 450 mètres de hauteur, dix fois la hauteur du Niugara, trente fois la hauteur de la chute du Rhin à Schafîhouse. Les glaces y sont découpées en escaliers qui s'éboulent les uns sur les autres et se déchirent successivement en lames, en aiguilles ou en pyramides de la plus élégante complexité... Peu de glaciers offrent une cataracte aussi belle : aucun n en présente à l'admiration du public dans des conditions aussi favorables... Je ne connais dans aucun autre glacier un bleu plus splendide, plus intense, plus pénétrant que celui de la grotte d'azur du glacier du Rhône ou des galeries sous-glaciaires dans lesquelles j'ai pu ram per autrefois sans trop de danger. )>
Un autre écrivain suisse évoque « cette multitude d'aiguilles ajourées, ces gouffres bleuâtres, ces pics tremblants penchés sur 1 abîme, toute cette majesté tourmentée, illuminée et resplendissante des nuances vives d'aigue-marine et de lapis-lazuli des crevasses béantes. »
Malheureusement, par une loi inéluctable de la nature, le glacier recule d année en année. 11 a été étudié avec un soin particulier par les géologues. A l'époque de sa plus grande extension, aux temps préhistoriques de la période moustérienne, le glacier avait
à sa partie supérieure l'épaisseur formidable de I 680 mètres : il s'élevait jusqu'à 3 550 mètres de hauteur, au flanc du Schneestock et du Furkahorn, couvrait presque tout le Valais sous sa gigantesque nappe de glace, dépassait encore deux mille mètres d altitude vers Loèche et seize cents sur les parois de la dent de Mordes; il s'étendait sur tout le lac de Genève et les environs, et, par la vallée actuelle du fleuve, arrivait à Lyon. C'était le plus grand glacier des Alpes.
L'époque historique a enregistré des reculs beaucoup plus faibles. En prenant pour point de repère l'hôtel de Gletsch, on
LE DAMMASTOCK (3634 M.).