LA ROUTE DU CRI M SEL AU COL DE LA FURKA. LE GLACIER DU RHÔNE
l'Italie. Au nord, la puissante muraille des Alpes bernoises, derrière laquelle s étale le plus vaste amas glaciaire d'Europe, du glacier d Aletsch à la Jungfrau et au (( front de Grindelvvald I'. s allonge ininterrompue, sans un passage carrossable sur une longueur de soixante lieues, de la dent de Mordes au col du Grimsel. A I est, par les hauteurs de la Furka, la chaîne du Simplon soude les Alpes bernoises au mont Rose. A l'ouest, le massif de la dent du Midi, détaché du mont Blanc, déploie ses contreforts jusqu au lac de Genève et serre étroitement à Saint-Maurice, vis-à-vis de la dent de Mordes, la seule trouée naturelle du Valais, par laquelle le Rhône, après son double coude de Brigue et de Martigny, peut enfin s échapper de l'étau des montagnes.
Le \ alais est une des régions les plus pittoresques — la plus sauvage peut-être — de la Suisse. Si les grands lacs y font défaut, en revanche nulle part on ne rencontre plus grandioses et plus saisissants les paysages des hautes cimes et du monde glaciaire. Les Alpes du Valais, moins souriantes que celles de rOberland bernois et plus abruptes que celles des Grisons, sont le terrain de prédilection des alpinistes et des fervents de la grande montagne.
Le climat est plus sec que dans les bassins de l'Aar et de la Reuss, et la végétation présente une plus grande variété : les arolles empanachées, qui allient à l'audace du sapin la grâce du pin et la majesté du cèdre, ne se trouvent guère que dans le Valais et quelques coins des Grisons.
Le Valais est avant tout la terre des contrastes. Les vallées les plus profondes, les ravins taillés en précipices abrupts, s'opposent aux pics les plus aigus et dégringolent en pentes rapides à travers toutes les zones de végétation. Sur l'espace de quelques lieues, d'Arolla à Sion ou de Zinal à Sierre, on passe
rapport aux autres régions de la Suisse, le retard fut sensible, tant pour la création des grandes voies de communication que des lignes de montagne. Mais le temps perdu a été complètement regagné, et ce canton est aujourd'hui I un des mieux desservis. — L art de 1 ingénieur, il faut le reconnaître, se heurtait ici à des obstacles particulièrement difficiles à vaincre.
Sans doute, il fut aisé d amener le rail jusqu à Brigue, en remontant la vallée du Rhône, en pente douce et fortement coudée à Martigny, — facile aussi de raccorder cette ligne à la rive française du Léman par le tronçon Saint-Maurice-Bouveret. Mais une fois au coeur du Valais, le touriste se trouvait véritablement embouteillé, acculé dans une impasse, et, qu'il voulût ensuite passsr dans une des régions voisines, — Haute-Savoie, vallée d'Aoste, lac Majeur, Gothard ou Oberland bernois, — il devait revenir sur ses pas jusqu'à Lausanne, voire jusqu'à Genève, s il tenait à profiter de la voie ferrée. Il fallait briser les quatre chaînes de montagnes qui enserrent la vallée. Celle de I est fut attaquée la première : là était en effet le prolongement normal de la vallée du Rhône. L'ouverture du Simplon, en 1906, a débloqué le Valais, en le mettant en relations directes avec I Italie, — Turin, Milan et la ligne du Gothard. Depuis cette date, le mouvement touristique a reçu une nouvelle impulsion.
A 1 ouest, la chaîne des Alpes de Savoie a été franchie par une ligne à crémaillère, ouverte en 1909, qui joint Martigny à Chamonix par le Châtelard et le col des Montets. Au nord-est, le Lœtschberg, percé en 1912, met en relations directes Brigue avec 1 Oberland bernois, tandis que le chemin de fer de la Furka, en remontant le haut Rhône jusqu'à sa source, doit rattacher le Valais au Gothard et aux Grisons.
En même temps, des voies de pénétration se sont tracées sur la rive gauche du Rhône. D'abord la ligne Viège-Zermatt, pro-