MONUMENT DE FONTANA
figures si pacifiques des bons vieillards barbus au regard très doux. Le nom de « Grisons » vient de la couleur des vêtements et des armures portés jadis par les hommes de guerre.
Le canton fut réuni à la Confédération en 1803, à la suite d'un plébiscite.
Les Grisons comprennent trois régions naturelles très distinctes : le bassin du Rhin, qui constitue la majeure partie du canton; l'Engadine. c'est-à-dire la vallée de l'Inn, à l'est; et au sud, trois petite vallées tributaires du Pô, vestiges des anciennes conquêtes italiennes : le val de Poschiavo, le val Bregaglia, et la double vallée jumelle de Calanca et de Mesocco.
Le haut bassin du Rhin constitue un ensemble géographique très net et fort bien délimité. Deux chaînes parallèles I isolent respectivement de la Suisse centrale et de I Engadine :
les Alpes de Glaris au nord-ouest, les Alpes des Grisons au sud-est, réunies en amont par les hauts massifs du Luckmanier, de la Greina, de l'Adula, du Splûgen — bornes énormes jalonnées à l'orée des vallées italiennes, — tandis qu'en aval les puissants contreforts de la Calanda et du Rhaetikon viennent étrangler la vallée du Rhin à sa sortie du canton, à la hauteur de Ragaz.
La métropole : Coire. — De Ragaz à Reichenau, on remonte le cours du Rhin, encadré par des profils majestueux de montagnes aux lignes nobles et harmonieuses, dont les contreforts onduleux sont dominés par des couronnes rubannées de pierres calcaires.
A Landquart on laisse à gauche la vallée verdoN'ante du Praetigau,
qui remonte vers le massif neigeux de la Silvretta et vers Davos,
par Kloster. EtI on arrive bientôt à Coire, après avoir passé devant
plusieurs châteaux ruinés. A Maienfeld, en face de Ragaz, une
tour gallo-romaine est convertie au-
jourd hui en café-restaurant.
Au débouché de la montagne, près du confluent de la Plessur et du Rhin, la vieille capitale des ligues grisonnes, tranquille petite ville de dix mille âmes, qui fut longtemps le centre d'une vie politique intense, a gardé en grande partie son cachet de cité médiévale. Du quartier moderne de la gare, aux avenues bordées de jardins, on arrive bientôt dans la basse ville, entre les maisons tassées autour des ruelles étroites, hérissées d'échauguettes, et qui ont encore consen'é par endroits les vieux cintres romans.
Une rampe très raide, et le Burgthor, porte percée sous une haute tour au toit aigu, datant en partie de l'époque romaine, amène à la ville haute, étroitement serrée autour d une seule place, qu'orne une fontaine gothique et qu'entourent des immeubles historiques.
La cathédrale Saint-Lucius, de style roman, a un portail très ancien et fort curieux, sur lequel ont été rapportées des sculptures du IV" siècle. L'intérieur renferme une remarquable Descente de Croix d'Albert Diirer et quelques œuvres de valeur de Holbein et de Lucas Kranach. Le maître-autel gothique a
GRISONS
t. r LE FURKAHORN (2728 M.).
de fort belles sculptures. Le sarcophage en marbre rouge de l'évêque Ortlieb de Brandis, et le mausolée du grand patriote grison Georges Jenatsch, attirent également 1 attention. La crypte date du V siècle. Le trésor renferme diverses reliques, une chasuble du XI" siècle et une fort belle croix d argent.
Près de la cathédrale, flanqué des deux tours romaines Marscel et Spinoel, le palais épiscopal a été remanié à diverses reprises. Sur une façade, des dessins de la Renaissance, avec des inscriptions latmes, décèlent un art tout païen, qui surprend un peu dans un pays si profondément imprégné par un christianisme austère.
C est autour de ces deux édifices que s'est formée 1 unité politique des Grisons. Coire. fondée par les Romains sous le nom de Curia Rhaetorum, fut, en effet, de bonne heure le siège d un évêché important, qui devint plus tard tributaire du saint-empire germanique : ainsi s'expliquent les relations étroites avec l'Allemagne pendant tout le moyen âge, tant au point de vue artistique que social et politique, et la germanisation progressive du pays, qui était encore entièrement de langue romanche au XII° siècle. Les évêques — comme dans le Valais — furent les suzerains temporels du pays, jusqu'à la fondation des trois ligues.
Coire possède un musée régionaliste, de fondation récente, mais déjà très complet, avec des collections archéologiques depuis 1 époque préhistorique, des armes, des broderies, des faïences anciennes, les fragments d'une danse macabre d'après f-Iolbein, une bibliothèque riche en ouvrages locaux et un cabinet d'histoire naturelle. Il faut signaler aussi deux curieuses toiles peintes (Fas/en/uc/i ) de Brigels, et quelques tableaux, dont un de Segantini.
La ville renferme divers monuments modernes d'aspect cossu, tels que l'Hôtel de Ville et le Palais du Gouvernement, qui attestent la richesse actuelle du pays.
Environs de Coire. Arosa. — Les environs sont riants. Beaucoup de vignes, qui attirent, à la fin de septembre, les touristes descendus de la haute montagne pour la cure de raisin. La culture des légumes et surtout des arbres fruitiers est une source d exportations fructueuses. Coire est en outre un grand marché de vins (spécialement de V'alteline) et de bétail, et un centre industriel assez important par ses brasseries, ses moulins à vapeur, et ses usines.
Les forêts sont voisines de la ville, et la Société
locale de développement (Stadtverein) a aménagé ou facilité de nombreuses promenades en créant des chemins, en multipliant les bancs et les poteaux indicateurs. La colline des roses (Rosenhiigel), monticule où s élevait jadis la potence, remplacée avantageusement par un parc, les gorges de la Plessuret de la Rabiusa, son affluent, avec les bains voisins de Passugg, sont les points les plus visités.
La vallée de la Rabiusa (dont le nom signifie 1' (( enragée h) remonte vers le sud. Elle est longée par la route postale de Tiefenkastel, qui traverse les stations climatériques tranquilles de Churwalden et de Parpan, et le col de Lenzerheide. C'était jadis la route directe et la plus fréquentée pour l'Engadine, quand la voie ferrée s'arrêtait à Coire.
La vallée de la Plessur, parallèle au Praetigau, porte le nom de Schanfigg. La route, en s'élèvant rapidement au-dessus de ravins profonds, traverse de vieux villages en bois, coiffés de lourds toits bruns, et s'arrête à Arosa, qui est aujourd'hui une des stations d altitude les plus fréquentées des Grisons.
Le développement d'Arosa, de date récente, a été extrêmement rapide. C'était une chétive bourgade de cinquante habitants.
Cl. Wchrli.