ANTERIEUR
renommée de ses jambons et surtout de sa viande séchée (généralement du bœuf) vendue dans tout le canton et les environs sous le nom de « viande des Grisons ii. Il faut des conditions atmosphériques particulières et une haute altitude pour obtenir la conservation de la viande par dessiccation en plein air. Le bœuf garde sa belle couleur rouge et sa fraîcheur : quoiqu un peu dur, il a un goût agréable. Il est débité en larges tranches fines.
De nombreuses localités s'échelonnent dans la vallée principale. Près des sources, Tschamut et Sedrun, centres d'alpinisme, dans le val Tavetsch, renommé pour son miel. Disentis. avec ses quatorze cents habitants, est la métropole de la région et renferme une célèbre abbaye de bénédictins, fondée au VII'' siècle et plusieurs fois reconstruite.
Un pittoresque pont couvert en bois, jeté sur la gorge rocheuse du Rusein, relie Disentis à Somvix, et Ion descend aux altitudes inférieures à mille mètres. Voici le vieux village de Truns. près duquel la chapelle historique de Sainte-Anne commémore la fondation de la ligue Grise, puis llanz, surnommée n la première ville des bords du Rhin n. fière de ses antiques maisons seigneuriales et de sa vieille porte de ville. l'Oberthor.
mélange curieux de style classique avec des réminiscences italiennes et une toiture montagnarde. Un peu au nord s étagent les stations climatériques très en vogue de Waldhaus et Flims, près de lacs où les sapins mirent leur sombre chevelure dans le vert profond des eaux.
Le Rhin inférieur. Thusis et ia Via Mala. — Le Rhin inférieur, sur un parcours à peu près égal, réunit un volume d'eau supérieur à celui du bras occidental, grâce surtout à l'apport de l'Albula.
Entre Reichenau et Thusis. la
LE CHATEAU D ORTENSTEIN
vallée (le Domleschg), qui commence à se resserrer, est marécageuse par endroits, attestant ainsi le volume du courant à l'époque préhistorique. Le terrain est desséché peu à peu par les soins du gouvernement cantonal, qui emploie à ces travaux agricoles les jeunes détenus. Les ruines médiévales se succèdent sur les rochers. Le calcaire fait place au schiste, et le fleuve, qui prendra plus bas de si beaux reflets verdâtres, roule jaune et saumâtre dans un lit argileux.
L horizon s'élargit soudain. Au centre d'un vaste cirque de montagnes, dans une petite plaine verdoyante, le riant village de Sils, qui semble tout neuf avec ses toits vermillon et sa flèche blanche, fait face à la coquette petite ville de Thusis, au vénérable clocher en bulbe, suivant 1 usage ancien du pays rhétique. Le long de la route tracée au cordeau s'alignent les maisons des quartiers neufs, — façades claires, rehaussées de volets verts — tandis que les vieilles demeures s'égrènent en chapelet capricieux et pittoresque sur le tertre escarpé qui domine le cours de la Noila.
A Thusis commence la grande montagne. C est là que les vallées de l'Albula et du Rhin font leur jonction. La route du Splijgen pénètre d emblée dans le grandiose défilé de la Via Mala — la « mauvaise voie » — plus impressionnant peut-être encore que les Schœlienen. L'entrée est imposante : à droite les pentes boisées, très escarpées, resserrent le cours du Rhin, tandis qu'à gauche, dominée par le burg féodal de Hohen Rhaetien, se dresse d'un seul bloc rocheux la montagne menaçante et massive, dont les micaschistes ocracés ont été tranchés par la furie du fleuve.
C'est l'antichambre monumentale du défilé, mais il faut encore une heure de marche avant d'atteindre le site le plus sauvage.
THUSIS ET LtNTREE DE LA VIA MALA.
Un instant élargie, la gorge s'étrangle et se creuse. Suspendue à flanc de roc, la route s'élève, et après une première enjambée sur le Rhin, s'engage dans un défilé fantastique, vision de cauchemar qui atteint son paroxysme au deuxième pont. D une ouverture de dix mètres à peine, une seule arche réunit les deux formidables murailles de rochers, noires, froides, tristes, suintant l'eau de toute part, comme si elles distillaient les pleurs de la montagne. Une protubérance de schistes soutient en 1 air une poignée de sapins hérissés sur ce vertigineux abîme, tandis que lœil effrayé, désorienté, perdant toute notion de distance et de profondeur, cherche, au fond des parois taillées à vif par l'érosion millénaire des eaux, le Rhin grondant et furieux, qui semble d'ici un mince filet d écume blanche, apparaissant et disparaissant entre les arêtes capricieuses d une fente étroite et béante. Le pont est à cent trente mètres au-dessus du fleuve : deux fois la hauteur des tours de Notre-Dame: et la pierre lâchée du