‹ La Suisse illustreeChapitre 269 sur 296 · PISTE POUR SKELETONS, PRÈS · texte numérisé non relu

PISTE POUR SKELETONS, PRÈS

gion de Saint- Moritz). Les sports d'hiver commencent à se développer aussi dans le Jura (les Brenets), lesQuatre- Cantons ( Engelberg) et le Valais (Champéry, Montana) où l'on n'a pas encore pu rendre accessibles pendant l'hiver les grandes vallées latérales du Rhône.

C'est la Haute-Engadine, toutefois, qui, de toute l'Europe, attire l'hiver la clientèle sportive et élégante la plus nombreuse : clientèle riche, qui se recrute surtout parmi les Anglo-américains. Depuis 1908, la Société suisse des hôteliers a établi une statistiaue très intéressante pour la saison d'hiver. Tandis que l'été les Allemands étaient plus nombreux, au point de représenter parfois 30 pour 100 des touristes, l'hiver les Anglais constituent près de la moitié des visiteurs, et les Allemands seulement le quart ou le cinquième. Plus frileux encore, les Français viennent en petit nombre aux sports d hiver. On a remarqué, en outre,

que, depuis l'organisation de la saison hivernale, les Anglais sont

moins nombreux en Suisse pendant l'été.

La ligne de la Bernina; le val de Poschiavo. — Entre la Suisse et l'Italie, la frontière est des plus capricieuses et, sauf à l'ouest, ne suit presque jamais l'arête des montagnes. Il n y a guère qu à la Bernina et au col du Spliigen qu'elle coïncide avec la ligne de partage des eaux. L'Italie déborde dans le bassin de l'inn avec le val de Livigno, tandis que le canton des Grisons allonge dans le bassin du Pô trois tentacules : le val de Poschiavo à l'est, le val Bregaglia au centre, et à 1 ouest les vallées de Calanca et de Mesocco qui constituent une annexe géographique du canton du Tessin dont on ne saurait les séparer.

Au sud-est de la Bernina, le val de Poschiavo, entre de hautes montagnes, s'enfonce au cœur de la Valteline et se prolonge presque jusqu'à l'Adda.

La Suisse s'arrête à moins d'une lieue de Tirano. où la voie ferrée de la Bernina vient se raccorder aux chemins de fer italiens.

La ligne de la Bernina, qui joint Saint -Moritz et Pontresina à Tirano, est un des plus remarquables chemins de fer alpestres, non seulement par la hardiesse des travaux d'art, mais encore et surtout par la majesté et la diversité des aspects qui se déroulent sur son parcours.

Par la variété de paysages et par les contrastes rapides qu'elle olîre, elle est peut-être sans rivale : on passe successivement des lacs engadinois à la région des glaciers et des neiges cter-

ENÛADINE

nelles pour redescendre bientôt dans les châtaigneraies italiennes et jusqu'au cœurde la Valteline aux cultures opulentes déjà toutes méridionales. En deux heures on a franchi presque toutes les zones de végétation de l'Europe.

La montée, à travers les mélèzes et les arolles, ménage de splendides échappées sur le glacier de Morteratsch et le massif de la Bernina.

Le piz Bernina qui atteint 4 052 mètres, est le plus élevé des Alpes orientales. C'est là le plus vaste massif glaciaire de Suisse, après ceux des Alpes bernoises, des Alpes valaisanes et du mont Blanc. La route qui le longe à l'est, en s'élevant lentement le long du torrent et de la voie ferrée, offre des perspectives grandioses sur les divers groupes de la chaîne qui se déploient tour à tour.

Près du col, voici l'hospice de la Bernina, transformé aujourd'hui en hôtel. Il y en avait jadis une trentaine, dans les Alpes, de ces hospices élevés jadis par les ordres religieux, dans les passages les plus fréquentés de la haute montagne, mais toujours dangereux par les intempéries. Les routes alors n'existaient pas, mais seuls de mauvais chemins muletiers où circulaient les pèlerins, les marchands, les hommes d'armes, les routiers, hébergés fraternellement, sans distinction de rang et de moralité, à la maison monastique. Toujours les mêmes bâtiments gris et sévères, près d un lac blafard, dans un cadre farouche et désolé de sommets arides, de glaciers et de neige. Bien peu ont conservé, comme le Grand-Saint-Bernard, leur caractère et leur rôle primitif. L'hospice du Mont-Cenis a été transformé en caserne ; la plupart sont devenus des hôtels; les routes, les chemins de fer ont enlevé à presque tous leur raison d être. Mais la vue de ces édifices sévères et gris suffit à évoquer les services rendus jadis et l'hospitalité des moines disparus, dans les temps anciens.

Le col est formé par une large dépression où sont juxtaposés deux lacs, séparés par une étroite langue de terre qui constitue la ligne de partage des eaux : le minuscule lago nero, aux reflets plombés, envoie au nord un ruisseau vers l'Inn, tandis que le lago bianco, aux eaux laiteuses teintées de vert, se déverse vers le sud dans le bassin du Pô. Un splendide massif neigeux, commandé par le fronton du piz Cambrena, domine ce paysage farouche.

La descente est vertigineuse sur le versant méridional.

La voie zigzague en lacets comme un chemin de montagne, et offre tour à tour des

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