LES ÎLES BORROMÉES ET LE LAC MAJEUR VUS DE BAVENO (ITALIE
Bellînzona. — Capitale du Tessin. Bellinzona n'est cependant pas la plus grande ville, ni surtout la plus animée et la plus luxueuse du canton : de plus en plus, c'est Lugano qui prend la tête du mouvement industriel et commercial aussi bien que touristique; c'est Lugano aussi qui est le siège de l'évêché. Mais Bellinzona reste le centre de la vie politique, siège du gouvernement et du parlement tessinois. N'est-ce pas justice, puisque cette ville, au cours de l'histoire, joua toujours le rôle le plus important dans le canton ? Intermédiaire naturel entre la montagne et la région des lacs, c'est sous ses murs que se jouèrent à plusieurs reprises les destinées du Tessin. Prise par les Milanais en 1242, par les soldats d Uri en 1459, elle se donna, quarante ans plus tard, à la Confédération. Lorsque le Tessin obtint son autonomie en 1798, elle partagea avec Lugano et Locarno Ihonneur d être la capitale du canton : le parlement se réunissait à tour de rôle dans ces trois villes. Ce déplacement était d'ailleurs incommode et les deux rivales de Bellinzona lui ont cédé le pas pour qu il prît fin.
De son passé guerrier, la cité a conservé des vestiges importants. Ce n'est pas en vain qu'on l'a surnommée la ville aux trois châteaux. Trois forteresses crénelées semblent l'enserrer encore de leur étreinte et protéger ses abords. Deux s'étagent le long d'un contrefort escarpé, planté de vignes, — l'une au pied, l'autre au sommet,— massant le long de la voie ferrée leurs rubans de merlons et de courtines quadrangulaires; en face, des tourelles élancées dominent le plateau rocailleux d'une butte démantelée. Au milieu de la vaste perspective de montagnes qui entourent et relèvent les rebords de la cuvette onduleuse où elle s'étale, ces rudes bastions moyenâgeux, ici restaurés, là délabrés, donnent au panorama de Bellinzona un cachet très pittoresque qu'on ne retrouve pas dans l'intérieur de la ville.
Un développement industriel assez récent a eu pour résultat la reconstruction de la plus grande partie de la cité. Tout un quartier neuf s'est édifié près de la gare, avec des maisons ouvrières ou bourgeoises, aérées, spacieuses, toutes isolées et entourées de jardins. La ville respire la prospérité et l'aisance.
Le lac Majeur. — A quelques kilomètres au-dessous de Bellinzona, le Tessin débouche dans le lac Majeur, dont la nappe irisée miroite à l'extrémité de la plaine basse, par delà l'énorme trouée de montagnes qu'ont creusée les glaciers de la préhistoire. Le coup d'œil est beau quand des flancs du Monte Ceneri, sous lequel s'enfonce la large vallée, une touche dorée, posée par les
landées de pampres, fait face aux lointains ardoisés, diadèmes de neige, des grandes Alpes! Mais ce charme, ne le partage-t-il pas avec ses deux voisins, les lacs de Lugano et de Côme, qu'on appelle toujours « les lacs italiens », ou « les lacs lombards ». bien que le Piémont borde le premier et que le troisième seul soit exclusivement italien?
Toute la partie septentrionale du lac Majeur appartient à la Suisse et au canton du Tessin, avec Locarno et sa banlieue que nous décrirons en détail. La frontière coupe le lac à la hauteur de Pino.
Le lac Majeur diffère de ses deux voisins par ses horizons plus larges, plus aérés, ses flots plus mouvants, qui prennent parfois des teintes d un violet intense, et surtout par les belles perspectives qu il offre sur le Mont Rose. Le lac de Lugano est plus découpé et peut-être plus pittoresque, celui de Côme plus italien et plus poétique : le lac Majeur est incontestablement plus grandiose. Faut-il ajouter que les Français préfèrent en général ce dernier, les Allemands son rival de Lugano, et les Anglais celui de Côme ?
Le lac Majeur — l'antique Verbanus des Romains — est le plus bas des lacs de Suisse : son altitude est de 195 mètres, et il recueille toutes les eaux du canton du Tessin, aussi bien par la rivière du même nom et par le torrent du val Maggia que par la Tresa torrentueuse qui longe la frontière et qui sert de déversoir au lac de Lugano.
Dès qu'on pénètre dans les eaux italiennes, le contraste est frappant entre les deux rives, surtout par une belle matinée d'été : à l'ouest, une chaîne massive, boisée de châtaigniers, d'un vert intense, au pied de laquelle s'égrènent les coquettes localités de Cannobio et de Cannero, tandis qu un magnifique château gothique se dresse sur un îlot rocheux; à lest, par delà le bourg frontière de Luino, qui étale dans une plaine ses maisons modernes et ses rues industrielles, derrière le golfe découpé de Laveno qui abrita jusqu'en 1869 la flottille de guerre autrichienne, les cimes sveltes et audacieuses de montagnes plus lointaines se drapent de larges pans d ombre et semblent, toutes violettes, tomber à pic sur le lac dont les ondes puissantes prennent des reflets d'améthyste et d'indigo sombre.
Le pay.sage est encore plus beau lorsqu'on s'approche des îles Borromées. Au premier plan s'allongent sur la rive les .somptueuses demeures d'Intra, couronnées de terrasses, que dominent une coupole orientale et un campanile crème. Par derrière s étagent des
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