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VUE GENERALE DE LOCARNO SUR LE LAC MAJEUR

croupes vertes de collines, égayées d'un semis de villas roses et blanches, puis des montagnes à la silhouette plus âpre, dont les tons se dégradent du vert franc au violet grisâtre. Tout au fond, très haut, se découpe dans le ciel le profil anguleux du mont Rose, et sur les bleus apâlis du colosse s'écaillent les plaques blanches et roses des glaciers lointams.

Les villes coquettes de Pallanza et de Stresa, celle-là toute voisine d Intra et séjour élégant de printemps et d'automne, celle-ci plus fraîche, orientée au nord sous le Mottarone, et qui fut jusqu'à sa mort la résidence d été de la duchesse de Gênes, grand mère du roi d Italie, — se font vis-à-vis à 1 entrée du golfe, qui s'approfondit face au mont Rose, et qui porte sur ses eaux, comme sur une immense coupe de saphir, les bijoux des îles Borromées : la minuscule Isola San Giovanni, — l'Isola Madré, plus grande et boisée, — l'Isola dei Pescatori, village de pêcheurs qui semble flotter sur l'eau et qui tasse autour d'un clocher pointu ses ruelles couvertes de berceaux de vignes, tandis que des grappes de poissons sèchent suspendus à des piquets entrecroisés.

Mais on aime surtout V Isola Bella, si bien nommée, où les femmes des pêcheurs vendent des éventails verts et roses en paille tressée. C est là que s'élève la somptueuse demeure des Borromées, au style classique et sévère; là s étagent en terrasses de merveilleux jardins suspendus d'où, aux heures brûlantes de la journée, la vue plonge sur le lac splendidement azuré, tout vibrant de lumière et de chaleur à travers les arbres à thé, les orangers, les pins parasols, les cèdres et les bambous.

Au delà de Stresa, les montagnes s'abaissent peu à peu vers les horizons fuyants de la plaine lombarde. Près d Arona, que domine la statue colossale de saint Charles Borromée, le Tessin ressort du lac. clair, filtré, teinté d'un nouvel azur, et coule en murmurant entre des berges sablonneuses parmi les mûriers, les prairies, les champs de maïs, vers le Pô encore lointain qui portera ses eaux à l'Adriatique.

Loceu'no. — Locarno est avec Lugano le principal séjour d'étrangers de la Suisse italienne : deux villes rivales qui ont chacune leurs partisans. L une et l'autre sont exposées au midi, sous un climat très doux, ensoleillé et sec, chaud l'été, mais particu-

lièrement agréable au printemps et à l'automne, voire en hiver. Les pluies y sont rares et les brouillards inconnus.

Des deux villes, Locarno est plus calme, plus champêtre. C'est la résidence préférée de ceux qui veulent s'isoler. Aussi les maisons de plaisance et les pensions de famille se sont-elles multipliées, plus encore que les hôtels, sur les pentes des collines audessus du lac, parmi de luxuriants jardins. Les jardins font le charme principal de Locarno : toujours fleuris, hiver comme été, lorsque ailleurs les frimas régnent ou que les ardeurs de la canicule dessèchent la végétation. A la fin de juillet, les splendides magnolias géants, dont l'opulence n est pas même égalée par ceux d'Andalousie, ouvrent leurs blanches corolles odoriférantes et gaufrées au milieu des touffes épaisses de feuillage lustré et sombre.

Moins favorisé que Lugano, Locarno a dû lutter contre des obstacles naturels et sociaux qui n'ont pas encore été entièrement

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