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VUE GENERALE DE LUCANO PRISE DE PARADISO

Il faut voir le peuple, le matin, au marché, où. pendant la saison des fruits, s'étalent les éventaires les plus appétissants de melons savoureux, de pêches succulentes, de figues juteuses, de raisins parfumés. De belle taille en général, forts, bien musclés, bruns de teint et de cheveux, les hommes portent presque tous la moustache et la k patte de lapin )>, et se coiffent de feutres noirs. Les femmes ont des jupes de couleur voyante, et parfois — surtout les vieilles — des châles à ramages, dont elles s enveloppent la tête et les épaules.

La partie la plus intéressante du costume est la chaussure. Presque tous les paysans et beaucoup de gens du peuple dans la ville, portent de curieux sabots, les zoccoli, qui dérivent de la sandale romaine : c est une épaisse semelle en bois, contre laquelle le pied est maintenu par une simple lanière de cuir. Les indigènes ont souvent les pieds nus dans cette chaussure, qu ils déclarent très hygiénique, et ils réservent les bas ou chaussettes pour le dimanche. Les enfants marchent nu-pieds jusqu'à six ou sept ans. âge auquel ils commencent à porter les zoccoli. Mais la mode de Pans gagne peu à peu du terrain. Les jeunes ouvrières de Lugano abandonnent les zoccoli pour les bottines, et depuis longtemps ne veulent plus se coiffer de mouchoirs, mais sortent nu-tête avec un chignon à la mode et des " chichis n savamment échafaudés au goût du jour.

Il y a peu de population aussi polyglotte. A côté du dialecte local, la langue littéraire et officielle du canton est l'italien. Mais la connaissance du français est très répandue dans les villes et parmi les employés ou fonctionnaires publics. Dans les magasins de Lugano, la même vendeuse parle couramment, en général, le français, l'anglais et lallemand, en dehors, bien entendu, de I italien et du dialecte. Il n est pas rare qu'une marchande en plein air. presque loqueteuse, fasse tour à tour ses offres en plusieurs langues.

Lugano a diverses curiosités archéologi ques et possède les deux plus belles églises du canton.

San Lorenzo. la cathédrale, s'élève au flanc de la colline, au sommet d'une rue caillouteuse, et domine une terrasse d'où l'on

jouit d'une fort belle vue sur la ville, le lac et les montagnes. Le dessin de la façade, qui est d'un beau style classique italien, a été attribué à Bramante, mais l'architecte qui l'exécuta est resté inconnu. Les sculptures très fines qui encadrent le portail, et qui commençaient à se désagréger, ont été protégées par un grillage assez fâcheux. L'intérieur, récemment restauré, renferme, dans la chapelle de la Madone des Grâces, une toile deTencalla et des bannières prises aux Italiens à l'époque de la Révolution. Le chœur est décoré de belles fresques de Torricelli, qu'on a le tort de cacher .sous un voile.

L autre église, située près du lac, et qui porte le joli nom de Sanla Maria degli Angioli, date également de la Renaissance. La première pierre fut posée en 1500. Elle faisait partie d un couvent de franciscains, transformé aujourd'hui en hôtel. La façade est banale et n'attire l'œil que par la draperie pourpre de la porte

LA VIA NASSA.

qui est placée certains jours. Mais à l'intérieur on admire une superbe fresque de Bernardino Luini, — l'élève et l'émule de Léonard de Vinci, qui naquit à Luino, sur le lac Majeur, et dont quelques œuvres ont parfois été attribuées à son maître : de telles confusions suffisent à prouver le talent du peintre, qui excellait surtout dans le coloris des carnations, et dans lart du clair-obscur.

La fresque de l'église Sainte-Mariedes Anges représente la Crucifixion:

Luini l'exécuta très âgé, dans les dernières années de sa vie,enl529etl530, sur le mur d une sorte de jubé séparant le chœur de la nef : cette grande composition, remarquable par l'unité de l'ensemble comme par la finesse du modelé et des détails, fut payée à l'auteur 44 livres 8 sous!

La basilique possède aussi, du même peintre, une fort belle toile représentant laV'ierge avec Jésus enfant et saint Jean-Baptiste, et une Cène, reportée sur toile, qui était dans le réfectoire de l'ancien couvent. Dans une chapelle latérale est inhumé Eugenio Lâchât, le premier évêque du Tessin. Au cours de travaux exécutés dans le chœur et au nord de la nef, on a retrouvé diverses peintures de la Renaissance, plus ou moins détériorées.

Une autre église de Lugano, San Rocco, qui date de la lin du XV1° siècle, est ornée de fresques assez remarquables dues à des peintres différents.

Les environs de Lugano sont des plus pittoresques. C'est la jolie ligne de Tesserete qui mène au seuil d'un imposant massif montagneux; c'est le délicieux petit lac de Muzzano. aux teintes plombées, dans un cadre riant de bosquets, de villages blancs et de collines vineuses. Ce sont les deux sommets voisins du Monte Brè et du San Salvatore, desservis l'un et l'autre par un funicu-

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