LE KLEIN MATTERHORN OU PETIT CERVIN (3886 M
cimes alpestres. On a multiplié les refuges pour permettre aux caravanes, menacées par la bourrasque, de chercher un abri; des crampons, garde-fous, échelles, cordes, rampes en fer sont placés dans les endroits les plus périlleux. On a beaucoup admiré dans le monde de lalpinisme, au printemps de 1909, les trois guides de Lauterbrunnen qui sont montés, au péril de leur vie, au Rottalsattel, sur un V3rsant de la Jungfrau, pour poser une nouvelle corde, en remplacement de celle qu'avait arrachée la tempête, sur une corniche vertigineuse. Mais les ascensions allaient commencer, et Ihonneur de la corporation exigeait que les vies des touristes fussent protégées en cet endroit comm.e par le passé.
A 1 heure actuelle, presque tous les accidents de montagne sont dus, il faut bien le reconnaître, à I imprudence des victimes. Le hasard, le pur hasard impossible à prévoir, n entre que pour une proportion très faible dans le total des catastrophes.
Certes on ne saurait blâmer — bien au contraire — le goût du risque, qui est un indice d'énergie, et qui est la condition nécessaire de tout progrès :
rappelons-nous l'aviation. Mais autant l'on doit admirer I homme qui, bravant avec réflexion un péril dont il connaît I étendue, met en jeu toutes ses forces d intelligence, de vigueur physique et morale pour vaincre les forces brutales de la nature et dompter la montagne, — autant il faut blâmer 1 imprudent qui court dans les Alpes à l'aveuglette, sans précautions, sans entraînement, sans carte ou sans guide, mal équipé, qui s entête à partir par le mauvais temps, qui marche malgré le brouillard, qui ne choisit ni les saisons ni les heures propices, qui ne veut suivre aucun conseil.
Certaines équipées sont invraisemblables. Deux alpinistes de Zermatt — l'un d'eux me l'a conté — ne trouvèrent-ils pas un jour un professeur allemand juché sur la crête du Weiss-
PAYSACE DE LA VALLÉE DE z'mUTT.
horn — une des cimes les plus dangereuses du Valais — chaussé d'escarpins en lambeaux et muni d'un parapluie! Le malheureux avait pu grimper tant bien que mal, mais incapable de descendre, il appelait au secours et il dut être ficelé de cordes et descendu comme un paquet.
L expérience d'un siècle a appris la technique de la montagne, les moyens de prévenir les accidents, les conditions les plus favorables pour mènera bien les ascensions. Il faut se soumettre à ses enseignements.
P ailleurs, s'il est libre de risquer sa vie, le touriste doit penser qu il n a pas le droit d'exposer son guide pour une fantaisie périlleuse. On ne fera jamais assez l'éloge de ces hommes admirables qui consacrent leur vie à braver les dangers de la montagne pour la gloire, voire la gloriole des autres, pour l'amusement des étrangers.
Le guide n est pas un serviteur ordinaire, c'est un compagnon de péril, presque un ami.
C est mieux encore : dans la caravane, il joue le rôle de capitaine de navire. Sobre, parlant peu, conscient de sa responsabilité, il doit avoir sans cesse l'attention en éveil, tout prévoir et parer à l'imprévu , juger de sang-froid et prendre les décisions graves.
L honneur de la corporation veut que le guide n'abandonne en aucun cas son voyageur, dûtil y laisser la vie : celui qui reviendrait sans son client serait déshonoré et disqualifié. Mais en revanche il ne doit pas sacrifier son camarade à l'égoïsme d un étranger.
Tel est le cas — raconté par les alpinistes — d'un Américain qui montait au Cervin encordé entre deux guides. A un endroit dangereux, le guide de tête, frappé par une pierre, tombe, étourdi, entraînant dans sa chute le touriste le long d une paroi à pic. L'autre guide a le temps de s'accrocher et de retenir par la corde les deux