HAUTE VALLÉE DE SAAS : PONT DE NEIGE
l'office du temple ou tête nue devant l'église catholique de Zermatt trop petite pour contenir la foule. Regardez parfois passer, attaché en queue d'un train qui emmène la foule joyeuse et chantante des touristes, ce wagon noir, morne, muet, qui ramène les cercueils au pays natal. Songez aux sacs funèbres dans lesquels on descend des montagnes tragiques les morts ou leur débris. Songez aux femmes et aux enfants qui, sous les toits de schistes des mazots bruns, attendent le père avec angoisse, les yeux rivés vers les cimes meurtrières dès que les nuages, lourds de menaces, se condensent audessus des glaciers lointains.
La vallée de Saas et le Monte-Moro. — En
redescendant la Viège vers le Rhône, la vallée de Saas s'embranche sur celle de Zermatt, dont elle constitue le symétrique exact par rapport à l'axe des Mischabel et du mont Rose.
Saas, séparé en deux groupes de maisons, occupe le centre de la vallée, moins populeuse que celle de Zermatt, ayant aussi ses étranglements rocheux, mais en revanche plus boisée, plus fraîche et d'une végétation encore plus riche.
Au-dessus du vieux Saas-Grund, Saas-Fee, où les hôtels modernes refoulent de plus en plus les anciens mazots, s étale sur un petit plateau, au milieu d'un cirque neigeux d'un éblouissement splendide, avec les séracs, tout proches, du glacier de Fee, sous les crêtes aiguës du Dom, du Taeschhorn, de l'Alphubel. On est plus près du monde glaciaire qu'en aucune autre localité de Suisse : à Zermatt même, il faut aller le chercher; ici, il semble qu'il vienrie à vous et qu'il vous enveloppe de son étreinte. L'altitude est d'ailleurs supérieure (1 798 mètres).
Aucune route carrossable ne dessert la vallée de Saas. Le chemin muletier, bien entretenu, monte au petit lac de Mattmark et au col du Monte- Moro. qu'on atteint sans effort, et d où une dégringolée vertigineuse sous les parois abruptes, rocheuses, gigantesques du mont Rose, conduit en Italie, à Macugnaga, dans le val Anzasca, aux châtaigneraies célèbres, et dans la vallée d'Ossola, tributaire du lac Majeur. C'est un des plus beaux passages du Valais,
Brigue, Viège et le Simplon.
— A la jonction des grandes voies inlernalionales du Simplon, du Lœtschberg et du chemin de fer de la Furka, Brigue est, avec Martigny, un des deux grands centres touristiques du Valais.
C est une des plus anciennes villes de la région ; elle a déjà un aspect italien par la construction de ses maisons et la présence de quelques loggias, par ses églises à coupoles ainsi que par le pavage des rues largement ouvertes.
L'Hôtel de Ville, muni d'une sorte de campanile, est particulièrement caractéristique. Mais le plus beau monument est le château Stockalper, construit pendant la Renaissance par une puissante famille féodale, qui relia ses domaines du Valais à ceux du Milanais à l'aide de forteresses échelonnées le long du passage du Simplon : la
VALAIS
tour de Gondo est encore intacte. Le château de Brigue, construit sur plan carré, a trois hautes tours d'angle prismatiques, surmontées de bulbes métalliques; à l'intérieur de la cour s'étagent de fort belles galeries ajourées.
Si Brigue est toute piémontaise , sa voi sine, Viège, a en revanche une allure savoyarde et beaucoup plus alpestre, avec le dédale de ses ruelles caillouteuses et étroites qui virevoltent autour de deux buttes assez raides, dominées chacune par une église et une petite terrasse :
cité seigneuriale qu'auréole au loin le diadème glaciaire du Saasgrat.
Vis-à-vis de Brigue, de I autre côté du Rhône, le vieux village de N'aters a des ruines historiques et, dans le sous-sol d'une
chapelle, un ossuaire macabre où crânes et ossements sont empilés derrière des crucifix et près de petits cierges tremblotants.
Les faubourgs de Brigue se sont beaucoup développés au nord : il s est créé là un véritable quartier italien, à la suite des percements du Simplon et du Lœtschberg, qui ont amené de nombreux ouvriers piémontais et lombards. Viège a aussi une colonie italienne importante.
Le Simplon, surtout, a fait la fortune de Brigue.
Ce col fut de tout temps un passage fréquenté, bien qu'il n'ait pas eu, au moyen âge, limportance du Grand-Saint-Bernard. Au XIV siècle, les chevaliers de Saint-Jean de Malte élevèrent au col un hospice qui fut plus tard abandonné. En 1800, Napoléon, à la suite des difficultés qu'il avait rencontrées pour faire passer son armée par le Grand-Saint-Bernard, décida de relier par une route le Valais à l'Italie et choisit le col du Simplon.
Construite en cinq ans, de 1801 à 1806, la magnifique route qui reste encore aujourd'hui la plus belle peut-être de toutes les Alpes, coûta sept millions et nécessita 1 emploi de 250 000 kilogrammes de poudre pour percer des galeries sur une longueur totale de 525 mètres :
c'était, pour 1 époque, un travail sans précédent. Napoléon avait l'intention de bâtir un hospice au col :
son projet ne fut réalisé qu'en 1825 par les moines du Grand- Saint- Bernard , qui achetèrent les murs inachevés, élevèrent un édifice et déléguèrent quatre des leurs pour loger et, au besoin, secourir les voyageurs; il y a aussi des