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FETE DES VIGNERONS : LES ARMAILLI

Vevey La fête des vignerons. —

Entre les épaulements du Jorat et les premiers contreforts des Alpes, la coquette ville de Vevey, à I embouchure de la Veveyse, aligne ses quais réguliers et ombreux, ses maisons de plaisance et ses hôtels clairs et fleuris.

Renommée depuis longtemps pour la douceur de son climat, Vevey est une des localités les plus fréquentées par les étrangers.

C est une villégiature de famille, calme et reposante, où les distractions ne manquent pas, où les excursions sont nombreuses. Déjà, en face, sur la gauche, se déroule plus proche le panorama des Alpes entre lesquelles s'enfonce la pointe orientale du lac. Derrière Vevey, à l'ouest, s'élève le mont Pèlerin, auquel accède un funiculaire, et qui dépasse mille mètres, — séjour d'altitude recherché en été. De nombreux hôtels se sont construits près du sommet, d'où on embrasse de vastes horizons.

La ville est très étalée le long des rives; là s'échelonnent trois stations de vapeurs. La plus orientale est voisine de la Tour de Peilz, pittoresques débris d'un ancien château fort qui protégeait la cité : il ne reste que deux tours, l'une crénelée, l'autre surmontée d un toit conique, et un corps de bâtiment délabré, transformé en ferme, où les poules picorent, où les herses gisent dans l'herbe, brancards en l'air, parmi les cours herbues, entre les murs rongés de mousses et de lierre.

Vevey est dominé par la terrasse du Panorama, face à la côte savoyarde : on y accède par une rampe en zigzag, entre des murs et des treillis enguirlandés de feuillages et de fleurs, le long desquels courent les pampres et les vignes vierges. Sur la terrasse s'élève 1 église Saint-Martin, qui date en partie du XV siècle et qui est affectée depuis la Réforme, comme la cathédrale de Lausanne, au culte prolestant. Elle a une belle tour carrée avec quatre clochetons d angle. L intérieur renferme les tombeaux de deux juges de Charles I""' d'Angleterre, Ludlow et Broughton, qui, bannis après la Restauration, vinrent terminer leur vie en Suisse. On remarque aussi les orgues ; les concerts d orgues automnaux sont très suivis.

La place principale de Vevey, près du lac, est encore entourée d un certain nombre de vieilles maisons en bois, à pignons sur rue et à encorbellements, qui lui donnent un aspect très pittoresque. C'est là qu'a lieu quatre ou cinq fois par siècle la célèbre fête des vignerons qui attire à Vevey un concours considérable de Suisses et d'étrangers.

La dernière a eu lieu en 1905.

Ces fêtes, organisées par la confrérie des vignerons de Vevey, datent du XVII" siècle : elles consistaient, à cette époque, en simples parades dans les rues, accompagnées de chants. Elles ont pris peu à peu une grande importance. Le nombre des spectateurs, qui était de 2 000 en 1819, 11000 en 1865, atteignit 60000 en 1889 et près de 100000 en 1905 : cette dernière année, le budget de la fête était de 360 000 francs. Les représenta-

VAUD

lions, qui durent une huitaine de jours, ont lieu en plein air sur la place, où 1 on improvise une vaste arène en bois pouvant contenir environ 1 2 000 places sur les gradins. Au centre de l'hémicycle s'élève le plancher des danses, sur lequel évolue le corps de ballet; à côté l'orchestre: au fond, les estrades ; en face des estrades, des portes triomphales par où entre le cortège.

Le cortège se compose des membres de la confrérie en costumes Louis XV, avec une escorte de hallebardiers, habillés à la mode du XVI- siècle, et de nombreux groupes allégoriques destinés à symboliser et à célébrer les travaux de la vigne et des champs : les saisons avec leurs chars; les travaux de la montagne, avec les bûcherons, les chasseurs, les pâtres et leurs troupeaux; Cérès et les moissonneurs ; Bacchus avec les vignerons, les faunes et les bacchantes. Chaque troupe danse un ballet, avec chœurs et solos, dont les paroles sont composées pour la circonstance ; il y a aussi des luttes villageoises et des chants alpestres impressionnants. Les fêtes donnent lieu à des défilés en ville, des concerts, des bals, des illuminations vénitiennes sur le lac. Les costumes sont riches et chatoyants, et la gaieté vaudoise s'unit au patriotisme local pour donner à cette solennité un cachet inoubliable. On a dit fort justement que dans la fête des vignerons se concrétise le passé et la vie de tout un peuple, ses travaux, ses plaisirs, ses richesses, ses espoirs.

La (( riviera » du Léman : Clarens, Montreux, Ter-

ritet. — Avec Vevey commence la « riviera » du Léman, qui se déroule sur un espace de quelques lieues entre la nappe miroitante du lac et les montagnes, de plus en plus hautes, dressées comme un écran protecteur contre les vents du nord. A mesure qu on s'avance vers l'est, la température s'élève, la végétation devient plus méridionale : grâce à l'exposition au midi, les oliviers mêmes s'acclimatent dans les jardins de Montreux. Cette côte était prédestinée, comme la <i riviera » de Nice, à devenir un endroit privilégié pour les villégiatures automnales et printanières, voire hivernales. Aussi le développement touristique de la côte a-t-il été considérable depuis une trentaine d années : Clarens, Montreux et Territet ne forment plus aujourd hui qu une seule ville qui dévide le long du Léman ses avenues et ses quais bordés d édifices modernes, de villas coquettes et simples et d'hôtels fastueux.

Chacune de ces localités a conservé cependant son cachet et sa note particulière. Clarens a gardé ses ombrages frais et silencieux, comme à l'époque où Jean-Jacques Rousseau rendait célèbre ce village suisse, alors ignoré, en y plaçant le cadre de la Nouvelle Hélo'ise. Sans doute la physionomie a bien changé depuis lors : les constructions se sont multipliées, des voies nouvelles se sont percées. Mais Clarens est demeuré la villégiature tranquille et reste l'asile des amoureux du calme et de la rêverie, entre les rives paisibles du lac et les vergers onduleux que domine de sa robuste masse quadrangulaire l'ancien manoir du Châtelard

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