‹ La Suisse illustreeChapitre 62 sur 296 · LA FÊTE DES VIGNERONS (1905) : LE CHAR · texte numérisé non relu

LA FÊTE DES VIGNERONS (1905) : LE CHAR

des côtes de Lausanne ont un goût très fin et capiteux qui les rapproche beaucoup des Graves et des Sauternes. La culture de la vigne, depuis de longs siècles, a tenu une grande place dans le pays de V'aud, où les coteaux calcaires aux courbes molles se chauffent paresseusement au soleil, au-dessus du Léman, en face de la côte plus humide et toujours verte de la Savoie. Ce sont les vignobles qui attirèrent tour à tour les conquérants savoyards et bernois, — comme jadis peut-être les Burgondes : la république de Berne s'approvisionnait de vin dans le pays de Vaud, de même que les Grisons dans la Valteline. Et ceci confirme une fois de plus la théorie de l'historien Guglielmo Ferrero qui a prouvé que, jadis comme aujourd'hui, les guerres et les conquêtes avaient généralement des causes économiques.

Les vignerons vaudois ont constitué depuis longtemps des confréries, dont une des plus célèbres est celle de Vevey. Leur but était de favoriser les progrès de la vigne en combattant les fléaux qui la menaçaient et en s'intéressant aux améliorations pratiques. Les maîtres vignerons inspectaient chaque année le vignolage des environs, tambour battant, le fossoir sur 1 épaule et la serpette au côté. On « exécutait » les vignobles mal tenus : c'était une véritable mainmise sur la récolte pendante, que se partageaient les membres de la confrérie. Aujourd'hui les exécutions n'ont plus lieu, et les confréries actuelles se contentent d encourager par des récompenses les vignerons les plus méritants : des experts procèdent à une double inspection des vignobles, au printemps après la taille, en été après les (( effeuilles >i (coupe des feuilles trop abondantes, pour dégager le raisin).

Les bans des vendanges subsistent généralement dans toute leur force. Les propriétaires sont tenus de vendanger à date fixe : des jours sont choisis pour les différents terroirs. Pendant le mois de septembre, les chemins qui traversent les vignes — par exemple à Montreux — sont interdits à tous autres que les vignerons; pour les enfants, qu'on suppose enclins à manger les raisins verts, l'interdiction commence dès le mois d'août. Une amende de cinq ou six francs frappe quiconque dérobe une grappe.

Grâce à ce régime sévère, les vignobles vaudois, si coûteux d'entrelien et tenus comme des jardins, peuvent se défendre contre la maraude.

Page 1