DU LEMAN
treux, pour occuper tout le sud-est du canton, entre le Rhône et 1 Oberland bernois. Le premier cirque montagneux est celui qui entoure les Avants, dans un cadre ravissant de forêts et de prairies, au-dessus des gorges du Chauderon. L altitude des Avants est déjà de mille mètres. A peine à deux heures de marche de Montreux, on se trouve déjà transporté en pleines Alpes, parmi les pâturages, les hêtraies et les sapinières. Un pan de lac déjà lointain, approfondi entre les pentes des montagnes, apparaît tout bleu sous les escarpements violacés de Meillerie. Voici un demisiècle, on ne voyait là que des cabanes de bergers autour d un petit village montagnard ; aujourd'hui les hôtels et des pensions s égrènent à travers les prés, près du parc aux chamois, le long de la route et de la voie ferrée qui descend à Montreux et monte vers 1 Oberland bernois. C'est le charme et la tranquillité de la montagne à proximité des stations animées et mondaines.
Si 1 air est frais, I été, sur ces hauteurs ombragées, le printemps n est pas moins agréable. Au mois de mai, la floraison des narcisses couvre d un immense tapis neigeux les pentes des prairies et embaume I air à de grandes distances. Toute la région en renferme en grande quantité, mais c est aux environs des Avants qu ils sont le plus abondants, jusqu'aux hauteurs deSonloup; chaque année des milliers de promeneurs et de touristes viennent les cueillir à brassées, sans appauvrir l'inépuisable richesse de la montagne. Tous les ans, à cette époque, a lieu à Montreux la fête des narcisses. L'hiver, les Avants deviennent un centre très fréquente de sports d'hiver, avec une patinoire spacieuse et de belles pistes pour le ski et le toboggan, spécialement vers le col du Sonloup, auquel conduit un funiculaire. Le paysage est LES ROCHERS DE NAYE
alors saisissant de relief, avec les croupes des montagnes feutrées de neige.
De l'autre côté du Chauderon, le pittoresque village de Glion est juché sur une esplanade verdoyante qui domine, par des escarpements rapides et broussailleux, d'un côté les gorges, de l'autre Territet et le Léman. Glion est relié à Territet par un des plus anciens funiculaires de Suisse, à pente très raide. De ce belvédère naturel, qu on a surnomme le Rigi vaudois, on jouit d un des plus beaux coups d œil de la côte. A travers des hêtraies ombreuses, un joli chemin descend à Chillon en coupant la vallée de la Verraye. Par de grands lacets et d assez fortes rampes, une voie ferrée à crémaillère monte de Glion aux rochers de Naye. L ascension mérite aussi d être faite à pied; elle peut se combiner avec une descente sur le versant septentrional, dans la vallée de l'Hongrin et à Montbovon. On passe d'abord à Caux, où deux somptueux hôtels, au milieu d immenses parcs, dans une fort belle situation au-dessus du lac, ont surtout une clientèle anglaise, attirée par une organisation sportive de premier ordre. Une grande fête nocturne est donnée chaque année pour I arbre de Noël, comme inauguration de la saison hivernale.
Au-dessus de Caux, le paysage ne tarde pas à être dénudé: on pénètre dans la région des alpages. A droite, se dressent les bosses anguleuses et gazonnées de la dent de Merdasson et de la dent de Jaman : l'accès en est glissant et parfois malaisé, par de mauvais sentiers et près de parois à pic. Les pentes de la dent de Jaman offrent l'été une très belle flore. La contrée est déserte et farouche: seules, isolées, apparaissent au terminus de la ligne les quelques constructions avoisinant la gare, en con- F.T LE REi ucE. trc-bas du sommet.
VAUD
La cime des rochers de Naye, à laquelle conduit un bon chemin . est à l'altitude de 2 045 mètres. Le panorama est immense. Tout en bas, à une profondeur vertigineuse, le lac Léman semble une énorme corne de lapis, dans laquelle le Rhône déverse un filet jaunâtre, et qui s'infléchit et s amincit au loin en fuyant vers Genève, vers la ligne à peine ondulée et indécise du Jura. Par derrière s'échafaudent en amphithéâtre tourmenté les montagnes de la Savoie, jusqu'au massif, ruisselant de glaciers, du mont Blanc, dont le sommet se dérobe derrière la dent du Midi, crénelée et sévère, sur son socle largement drapé de pans d ombre. Puisce sont, plus proches, les crêtes déchiquetées et arides des Alpes vaudoises, avec la coulée glaciaire des Diablerets, séparant, dans les lointains, le dômeétmcelantdu Grand-Combin et le fronton neigeux et festonné des Alpes bernoises. Par derrière s'enfonce la vallée de la Gruyère, qui plonge entre des massifs verdoyants et s'évanouit en serpentant vers la plaine de Fribourg.
Le paysage est encore plus caractéristique quand de gros nuages blancs, ouatés, aux contours indécis, flottent à mi-côte sur le lac. A lautomne. lorsque la mer de brouillards couvre le Léman et la Gruyère, seule la forêt de pics émerge, en un relief saisissant, d'un océan de brume blanche qui réverbère la clarté aveuglante du soleil, sous l'azur d un ciel cru.
Vers rOberland bernois. Château-d'Œx. — La voie ferrée qui rejoint Montreux à rOberland bernois, s élève en décrivant de grandes sinuosités, pour aborder le flanc de la montagne. Par Chamby, coquettement posé au-dessus de Clarens, elle arrive aux Avants et passe en tunnel sous la dent de Jaman, pour descendre ensuite dans la vallée de IHongrin. affluent de la Sarine. La vallée de 1 Hon grin, sauvage et primitive, est une des plus désertes de la Suisse romande , et contraste avec les panoramas riants de l'autre versant. Un torrent rugit au fond de gorges hérissées de rochers, au flanc desquelles s'accrochent des sapins et çà et là quelque rustique chalet de bergers. Des troupeaux, de loin en loin, paissent dans les alpages Sur les pentes voisines de la dent de Corjon fleurit à la fin de juillet 1 edelweiss, rare dans les Alpes vaudoises.
A Montbovon, un peu en amont de la Sarine qui descend dans la Gruyère, on entre dans le canton de Fribourg. qui pénètre comme un coin dans le canton de \ aud entre la dent de Jaman et Château-d'Œx.
C'est une petite région très pittoresque : on visite là les cuves et les cascades de la