‹ La SuisseChapitre 18 sur 48 · GENÈVE · texte numérisé non relu

GENÈVE

Des transformations successives ont été opérées dans les prisons de ce canton, depuis un demi-siècle; ainsi de 1820 à 1825 régnait encore l'ancien système d'emprisonnement avec tous les inconvénients et les vices de la promiscuité. En 1825, une prison

à système panop tique fut élevée sur le bastion, sous le titre de Pénitencier ; elle contenait cinquante-six cellules pour hommes condamnés à plus de trois mois: c'était, comme à Auburn, l'isolement cellulaire de nuit, la surveillance simultanée de jour, le costume pénal, le travail dans des ateliers communs, le silence imposé, mais pas de punitions corporelles comme à Auburn, et en plus un commencement d'instruction morale et religieuse. La liberté de communication était tolérée dans les récréations et pendant la journée du dimanche.

Cette organisation parut incomplète, et, en 1833. on crut devoir la modifier en augmentant la sévérité du régime et particulièrement celle de la discipline, en matière d'infraction à l'observation du silence.

La prison devint, sous l'empire d'un nouveau règlement, un lieu non-seulement de répression mais d'intimidation; elle revêtit un mode d'être tout particulier, connu, depuis lors, sous le nom de système pénitentiaire de Genève.

Ce système fut proposé et appliqué par le directeur, M. Aubanel, homme d'un grand mérite, voué tout entier à ses fonctions aussi austères que délicates. Ce fut lui qui institua les classements des condamnés, non pas tant d'après la durée de la peine que suivant le caractère qu'il observait en

LES PEI:=0X3 ET LA JUSTICE CRIMINELLE. li-i

■ eux. Les procédés d'intimidation étaient pour lui racheminement à lamendement du condamné.

La prison sur le bastion a disparu par le fait du démentellement des fortifications. Dès 1842, une nouvelle maison de détention, nommée YÉvêcM, a été construite à Genève, au milieu de la ville; elle est cellulaire de jour et de nuit et destinée aux prévenus, aux jeunes détenus et aux condamnés correctionnels à une peine de courte durée ; cette prison était le complément de lancien pénitencier ; la démolition de ce dernier a obligé le gouvernement de Genève a envoyer provisoirement ses condamnés à Lenzburg, dans le canton d'Argovie, avec lequel il a fait, à cet égard, un contrat qui aura son terme le jour où le nouveau pénitencier construit à Genève pourra être occupé.

LAUSANNE

Le canton de Vaud a inauguré en Suisse, à peu près en môme temps que Genève, la réforme des anciennes prisons ; le système d'Auburn fut appliqué, dès 1826, dans un établissement contenant

lU ÉTUDES MÉDICALES ET SOCIALES.

cent quatre cellules et quatre ateliers sur lesquels s'ouvrent les cellules. Mais au lieu de rendre, comme à Genève, le régime plus sévère, Lausanne, tout en conservant les principales dispositions des pénitenciers des États de New- York et de Connecticut, tout en tenant compte des préceptes fournis par les habiles directeurs d'Auburn et de Wethersfield, MM. Elam-Linds et Pittsbury, a sensiblement modifié les règlements intérieurs de sa prison, et aujourd'hui le condamné, enfermé la nuit dans sa cellule, travaille le jour dans des ateliers avec d'autres condamnés, il est employé à divers travaux dans les cours et les jardins de l'établissement ; plusieurs prisonniers même sont, sous la surveillance d'un petit nombre de gardiens, conduits pour travailler dans une ferme appartenant au pénitencier. Le silence est prescrit aux condamnés; on le fait observer d'une manière générale, mais sans y tenir trop fermement la main, -surtout pendant les promenades qui ont lieu, chaque jour, dans une sorte de jardin ; ces promenades sont même obligatoires pour tous les détenus valides. Tous les amendements compatibles avec les nécessités du régime pénitentiaire ont été accordés ; ainsi on a fait disparaître le stigmate infligé, pendant tant d'années, à la catégorie des criminels qui portaient au cou un anneau

de fer, surmonté d'un énorme crochet ayant la forme d une longue corne. Il n'existe de distinctions apparentes entre les condamnés criminels et correctionnels, que dans la disposition des raies, de couleur tranchante, dont est diapré le costume des prisonniers.

Il règne un ordre parfait dans toute la maison, son directeur est un homme d'autant d'expérience que de dévouement ; sans cesser d'être sévère observateur de tout ce qui est dans ses attributions, il apporte, dans l'exécution des règlements, des formes presque paternelles; le personnel qui l'assiste est entretenu dans le même esprit.

Le travail des ateliers est réglé avec soin et incessamment surveillé par un gardien placé sur une estrade ; des chefs et sous-chefs d'ateliers sont chargés de la distribution des pièces et outils et de la surveillance des travaux, quant à l'exécution et à la livraison.

Tous les employés sont soumis à un règlement dont les dispositions exactement exécutées, contribuent au maintien de l'ordre et de la bonne direction de l'établissement. — La prison pour les femmes est contiguë au pénitencier, elle a le même directeur mais un personnel spécial d'employés.

Indépendamment du pénitencier de Lausanne, le

château de Chillon forme une prison qui ressortit à la justice militaire et oii sont détenus également quelques condamnés pour délits simples.

Les jeunes détenus garçons du canton de Vaud sont dans une ferme près de Croissete, au nord de Lausanne, et employés à des travaux agricoles ; une maison de discipline pour les jeunes filles est établie dans les dépendances de Tliôpital de Lausanne, elle donne de très-bons résultats.

BEENE

Les réformes dans les prisons, exécutées à Genève et â Lausanne, furent introduites peu après, dans le canton de Berne; en 1826, les autorités cantonales firent construire dans la ville de Berne, près des ramparts, un établissement pénitentiaire avec cellules, oii Ton appliqua un système mixte, système qui existe encore aujourd'hui. Ainsi la moitié environ des prisonniers est occupée dans la maison à des travaux industriels, tissage, cordonnerie, menuiserie, etc.; les femmes font de la couture, du tricot, et les uns et les autres doivent observer le silence

pendant les travaux qui se font daus des ateliers en commun ; la nuit ils couchent dans des cellules. Quelques-uns des prisonniers sont employés à des travaux dans des chantiers de la ville, l'autre moitié des condamnés appartenant à cette prison, travaille dans les champs ou sur les routes, sous, l'escorte d'hommes armés.

Le canton de Berne, dont la population est le cinquième environ de celle de la Suisse entière, a deux autres prisons : l'une à Pruntend, oii fonctionne le même système qu'à Berne, l'autre à Iliorherg, dans l'arrondissement de Brugdorff; cette dernière a été appropriée e^ 1849, dans un ancien bâtiment qui, au moyen âge, était habité par les seigneurs ; elle est située sur un rocher {Sand-Stein félsen) ; c'est là que sont placés les jeunes détenus, occupés presque tous à des travaux agricoles, dans une ferme qui a une contenance de près de 500 acres.

BALE

Ce canton est, comme on le sait, séparé en deux demi-cantons; celui de Bâle-Ville a construit un

pénitencier occupé depuis 1864, Il contient deux quartiers contigus mais distincts, pour les hommes et pour les femmes ; il reçoit des détenus de toutes les catégories, même pour de simples contraventions aux lois de police. Disons qu'à Bâle les règlements de police sont très-sévères ; ils condamnent à la prison les individus rencontrés en état d'ivresse, les filles du pays qui, non enregistrées à la police, se livrent à la prostitution ; ces dernières jusqu'à un an. Mais, de tous les crimes, c'est le vol qui est le plus sévèrement puni.

Le pénitencier de Bâle- Ville est un bâtiment fort bien construit au point de vue du service et aussi de l'hygiène ; il renferme 1 70 cellules et plusieurs salles de travail. Le système d'Auburn y est suivi, mais avec des modifications empruntées au système irlandais, comme à Lenzburg et à Zurich ; la cellule pendant la nuit et aux heures des repas, le travail en commun, le silence pendant le travail ; mais une tolérance, à cet égard, tempérée par une surveillance attentive pendant le temps des promenades qui ont lieu, une demi-heure, deux fois par jour; dans une grande cour garnie d'arbres, très-aérée, et entourée d'un mur de 5 mètres. Le pénitencier est isolé, à l'extrémité de la ville, près de la campagne.

LES PEÏSONS ET LA JUSTICE CSIMINELLE, 149

Le Directeur de cette prison est, parmi les hommes si distingués que nous avons rencontrés à la tète de tous les établissements de bienfaisance ou de répression en Suisse, l'un de ceux qui nous a paru le mieux comprendre et appliquer la mission qui lui est confiée : il n'est pas un de ses prisonniers, homme ou femme, dont il n'ait recherché avec soin tous les antécédents, et qu'il n'étudie chaque jour dans sa conduite et dans son caractère; il Tinterroge, il l'écoute, l'observe, et, sans se départir de l'austérité de ses fonctions, lorsqu'il a reconnu qu'un condamné, plus faible encore que coupable, se repent sincèrement et montre le désir et la volonté de revenir à bien, il le console, le conseille, le dirige dans des pensées salutaires, intervient en sa faveur pour obtenir une grâce partielle ou complète, et l'assiste encore, après sa sortie, par ses recommandations auprès des sociétés de patronage ; quant aux individus essentiellement pervers, reconnus incorrigibles, inaccessibles à tout amendement, ils sont sévèrement tenus et ressentent, à toute infraction, l'action de l'autorité qui les domine ; ils sont surtout éloignés des autres prisonniers sur lesquels s'exercerait leur influence corruptrice.

Les punitions dont le règlement est communiqué à chaque prisonnier, lors de son entrée, sont

appliquées sans passion, mais avec une fermeté

inflexible.

Le régime alimentaire répond mieux que dans beaucoup d autres prisons aux besoins impérieux de la santé de l'homme, l'hygiène la mieux entendue est pratiquée sous toutes les formes ; aussi le nombre des malades est très-faible, malgré la durée souvent fort longue des détentions infligées par la grande sévérité du code pénal et des tribunaux de Bâle ; là où la loi s'appesantit durement, il est heureux que ceux qui sont chargés d'en surveiller l'exécution, sachent apporter les sentiments de pitié qui ne doivent être refusés en aucun cas à une créature humaine.

Nous répétons que le pénitencier de Bâle est celui qui nous a frappé le plus par son organisation, sa bonne tenue et les principes qui animent le fonctionnaire qui le dirige. Le nombre des employés et chefs d'ateliers est seulement de 12, y comprises deux diaconesses auxquelles sont confiées spécialement les femmes et qui s'acquittent de leur délicate mission d'une manière digne des plus grands éloges ; le directeur a pour le seconder plus immédiatement, 5 fonctionnaires dont un médecin et un pasteur.

Page 1