‹ La SuisseChapitre 21 sur 48 · NEUFCHATEL · texte numérisé non relu

NEUFCHATEL

Après être resté très -arriéré dans l'état de ses prisons, ce canton a fait construire dans le voisinage de la ville de Neufcliâtel, sur la Saarberg, un vaste pénitencier qui fonctionne depuis 1870; il renferme 145 cellules, dont 114 sont spécialement affectées aux condamnés, les autres sont utilisées pour diverses parties du service.

Le système est, en principe, celui de Cliéri-Hill (Pensylvanien), la cellule jour et nuit, mais il est considérablement adouci dans son application ; ainsi on admet, pour travailler dans des ateliers, les prisonniers dont la conduite a été irréprochable pen-

dant un certain temps, de même ceux à qui Tâge, la santé, la situation desprit rendent dangereux le séjour continu en cellule ; c'est ainsi que, d'une part, on oiFre aux condamnés une récompense, et de l'autre on prévient les maladies graves, les aliénations mentales et les suicides trop souvent constatés, quoiqu'on en dise, dans l'application complète et stricte du système Pensylvanien.

Qui ne comprend d'ailleurs que pour les condamnés atteints manifestement dlnfîrmités morales, de vices dangereux pour eux et pour la société, de même que pour les malades affectés de troubles intellectuels, de désordres dans les organes ou dans les fonctions physiologiques, il ne peut y avoir un remède uniforme, une panacée générale ; donc, préconiser, appliquer, toujours et quand même, à l'égard de tous les condamnés, un système unique, c'est, en beaucoup de cas, rester en deçà ou aller au delà du nécessaire et de l'utile, c'est même compromettre ce qu'un système a de bon que de vouloir l'universaliser.

Les philanthropes les plus éclairés, les plus zélés, ont reconnu que la prison devait avoir trois buts : garantir la société contre les malfaiteurs, appliquer à ceux-ci une peine proportionnelle à leurs actes coupables, puis travailler à leur amendement moral.

autant en Yiie de préserver la société contre les récidives que pour lui rendre des membres, corrigés, fortifiés contre les malheureuses tendances d'autrefois, devenus enfin capables de se conduire en hommes honnêtes.

Cette doctrine, nous le savons, n'est pas acceptée par tous ; il est des gens qui nient toute efficacité aux efîbrts d'amendements, qui ne voient dans les lois pénales qu'une vengeance sociale, et qui d'ailleurs, toujours pleins d'effroi, considèrent comme des utopistes dangereux ceux qui, à l'égard des coupables, parlent de pitié, d'amendement et de pardon. A des esprits ainsi prévenus, il n'y a rien à répondre, sinon que les sociétés où l'on a procédé suivant leurs sentiments , ont marché au rebours de la civilisation, que les crimes s'y sont multipliés et reproduits sans cesse. Cela devait être, car la peur, la vengeance ne sont que des Euménides capables d'épouvanter le monde, jamais de l'éclairer.

Mais c'est aux philanthropes sincères que nous nous adressons, à ceux qui poursuivent la réforme morale du condamné ; il en est beaucoup parmi les pensylvaniens ; nous leur disons : prenez garde ; lorsque par un mode d'intimidation, de privations continues, vous serez parvenus, fut-ce sans avoir provoqué ni maladies graves, ni aliénation, ni sui-

cide, à amener le condamné à résipiscence, prenez garde, disons-nous, de n'avoir produit qu'une sorte de macération de l'être humain, d'avoir fait de lui ce que préconisait une certaine école, sicitt cadaver, ut haculum senis; tous les ressorts, simultanément comprimés à l'excès, ayant le plus souvent perdu jusqu'au reste d élasticité indispensable aux manifestations de la vie consciente, vos prisonniers deviendront des idiots et ceux qui feront exception seront généralement des hypocrites. A cet argument nous en aurions d'autres à ajouter, si nous devions traiter à fond cette grave question : des moyens d'amendement du prisonnier ; mais nous ne tenions ici qu'à constater comment, en Suisse, là où sont adoptés des systèmes déterminés, les hommes chargés de les mettre en pratique savent agir en penseurs, en observateurs libres et en hommes dont le cœnr est constamment ouvert aux misères humaines.

Pour terminer ce qui concerne les prisons du canton de Neufchâtel, nous dirons que le pénitencier, du système pensylvanien, ne reçoit que des hommes ; les femmes sont enfermées dans la vieille prison de Neuchàtel, où sont détenus aussi les condamnés pour des peines peu graves de police correctionnelle.

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