FRIBOURG
Ce canton, l'un des plus importants parmi les cantons catholiques, a dans sa capitale deux prisons : la maison de correction, dans le haut de la ville, est
très-Tieille et a eu des destinations autres. hdL prison cantonale, dans la ville basse, date de 1820. Nous avons le regret de dire que, malgré le zèle de son directeur, cette prison reste l'une des plus arriérées ; sa construction et son étendue ne permettent d'y introduire aucune des améliorations qu'on a obtenues ou tentées partout ailleurs. En raison de son exiguïté, la communauté est dans les ateliers comme dans les dortoirs, et le plus grand nombre des condamnés est employé à des travaux en dehors de la prison, soit sur les routes, soit dans les champs. Ces condamnés ne rentrent pas coucher dans la maison centrale ; la nuit ils sont enfermés dans des prisons en bois qui sont successivement démontées et transportées dans les lieux où se font les travaux. Ces prisons mobiles offrent très peu de sûreté, on le conçoit ; aussi le nombre des gardiens pour la surveillance est-il considérable, ils sont sans cesse armés de la carabine double chargée, et ils en ont plusieurs fois fait usage contre des' condamnés qui tentaient de s'enfuir. Il est arrivé même que certains condamnés se sont emparés de la carabine de leurs gardiens dans un moment de négligence de ceux-ci ; il résulte de cet état de choses que pour se garantir contre les tentatives des prisonniers, des moyens de rigueur sont incessamment employés;
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plusieurs condamnés travaillent les fers aux pieds et le poids de ces fers est augmenté suivant les craintes qu'inspirent les prisonniers ; ceux d'entre eux qui se montrent les plus rebelles sont ramenés à la prison et là, chargés de fers d'un poids énorme, revêtus de la camisole de force, ils sont enfermés dans des cellules ténébreuses et mis au pain et à l'eau pendant un temps indéterminé. Nous avons vu dans cet état un condamné qui, ayant enlevé la carabine d'un gardien, avait tenté de s'en servir contre lui, mais qui fut arrêté aussitôt par les autres gardiens.
Un régime pénitentiaire qui exige de semblables procédés, au point où en sont arrivées partout les réformes des prisons, est tellement vicieux et déplorable, qu'on est aussi étonné qu'attristé de le voir maintenu, particulièrement au sein d'un canton qui ne manque certainement pas de ressources pour édifier et faire fonctionner un établissement conforme à l'esprit de notre époque.
Nous avons décrit les prisons établies dans les principaux cantons de la Suisse : on a pu voir la diversité des systèmes qui y sont mis en pratique et comment chacun de ces systèmes a reçu des modifications, suivant les institutions ou les mœurs qui prédominent dans un canton.
Les six cantons dont nous n'avons pas encore parlé
et dont deux sont divisés en demi- cantons, Appenzell et Uuterwalden, ou n'ont pour ainsi dire pas de prisons, ou n'ont que des lieux de dépôt comme nous l'avons déjà dit: maison communale, hôpitaux, maisons louées à des particuliers pour détenir les prévenus ou de petits délinquants ; aussi envoient-ils leurs condamnés dans les pénitenciers des grands cantons. Appensell envoie les siens a Coire dans le canton des Grisons, et les jeunes détenus à Thorherg, dans le canton de Berne ; Zug et Glaris ont leurs condamnés, partie à Zurich, partie à St-Léonard (St-Gall). ^
Dans les cantons d'Unterwalden, ScJmits, Uri, ■ c'est le régime patriarcal qui est appliqué aux condamnés : ils sont employés dans des jardins, des prai- 1 ries, des fermes, aux travaux agricoles, à l'élève des bestiaux, etc., les femmes font des tricots ou des broderies. Les prisonniers sont surveillés et dirigés généralement par des sœurs de charité appartenant à divers ordres religieux ; elles ont sous leurs ordres un ou deux domestiques empruntés souvent à l'hôpital ou a l'orphelinat voisin ; toujours est-il que là le condamné est devenu bien plus encore une bête de somme qu'un pécheur à convertir. . ||
Nous avions donc raison de dire, en com mençant ce chapitre, que la Suisse était un pays à part, of-
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frant, à lui seul, tous les systèmes d'emprisonnement; tous ne présentent assurément pas les mêmes garanties et ne donnent pas des résultats également satisfaisants ; mais ce que nous avons constaté, c'est que les hommes placés à la tête des diverses prisons en Suisse, étaient infiniment supérieurs encore aux systèmes qui étaient mis entre leurs mains', qu'ils savaient, dans tous les cas, en tirer le parti le meilleur, que tous étaient à la hauteur d'une mission pleine de difficulté et où, toujours dignes, ils savent se concilier l'estime de tous.