SANTÉ MILITAIRE
La paix universelle, malgré les vœux faits en sa faveur, paraît malheureusement trop éloignée encore, pour que l'on ne redouble pas d'efforts, en vue de sauvegarder la vie des combattants, de secourir les blessés. Les massacres des guerres récentes, le perfectionnement des engins de destruction démon-* treraient, a eux seuls, la nécessité de constituer plus activement l'organisation des moyens de salut et de secours.
Les pays neutres, eux-mêmes, ne peuvent se soustraire à cette préoccupation. Ils sont peut-être mieux placés pour voir le mal et préparer les
remèdes ; bien que contraints par les traités d'être inactifs dans les conflits armés, ils ne pourraient rester spectateurs impassibles devant les hécatombes humaines qui se consomment autour d'eux.
Les deux nations de l'Europe centrale, déclarées neutres, la Belgique et la Suisse, l'ont bien prouvé, en prodiguant leurs soins les plus dévoués aux victimes de la récente et si déplorable guerre.
Un pressentiment semblait d'ailleurs s'être emparé de tous les esprits généreux, plusieurs années avant que la guerre éclatât, et c'est en Suisse même que se réunit le congrès international où furent arrêtées par les principales nations de l'Europe des conventions propres à garantir les droits de l'humanité ; c'est de là aussi que sortit l'institution de la croix rouge, emblème emprunté au drapeau helvétique.
La convention de Genève a-t-elle reçu son application entière ; a-t-elle donné tous les bons résultats qu'on en attendait ? Trop de faits répondent négativement; aussi, quelque sage et morale que soit une convention écrite, elle ne doit ni ne peut dispenser de préparer tout ce qui contribuera à sa fidèle exécution, et à l'organisation des meilleurs, des plus rapides moyens de secours.
Pour remplir cette dernière condition, il faut
pourvoir à l'institution d'un personnel spécial, à la création d'un matériel convenable.
Ces deux questions ont été étudiées avec le plus grand soin en Suisse : là chacun a bien senti que les dispositions et les garanties des traités sont exposées à devenir lettre morte, le jour où des hommes sinistres soulèvent des tempêtes et ne s'arrêtent ni devant le droit ni devant le juste pour assouvir leurs criminelles ambitions.
Droit des neutres, droit des gens, respect de la civilisation, tout est foulé aux pieds, et quand l'humanité et la justice réclament, on répond par une maxime aussi impudente qu'odieuse : la force prime le droit! Cela s'était vu déjà hélas, mais cela n'avait jamais été proclamé et pratiqué avec le cynisme de ces derniers temps.
Éclairés par ce langage, avertis par les faits, les peuples ont pour premier devoir de se tenir incessamment sur leurs gardes, de se préparer, de longue main, à être prêt à toute éventualité funeste.
Un service sanitaire bien entendu, ne saurait s'improviser à la hâte : le dévouement et le zèle, on l'a malheureusement trop constaté récemment encore, ne suffisent pas en pareille matière ; la Suisse, essentiellement prévoyante, l'a bien senti ; toute son organisation militaire a été conçue et n'a cessé de
se perfectionner pour rendre le pays sinon inattaquable, capable au moins de résister aux envahissements de l'ennemi, de le repousser et de conserver intacts son territoire et ses libertés.
L'armée suisse, organisée pour la défense, est formée de toute la population valide ; elle n'est pas, comme dans tant d'autres pays, organisée de manière â favoriser des usurpations, à asservir la nation ; cette considération explique la sollicitude qui a présidé â l'institution des services sanitaires, propres â prévenir les maladies par une bonne hygiène, à porter les secours les plus prompts et les plus efficaces, à régulariser l'administration de ces secours.
L'armée, en un mot, étant la nation entière, quittant, pour courir â la défense de la patrie, son foyer, ses travaux, ses champs, ses ateliers, il était naturel de songer â pourvoir â tout ce qu'exigent l'existence, la santé de toute une population transportée subitement vers les champs de bataille.
Les règlements et instructions sur le service de santé militaire, furent codifiés et promulgués par le Conseil fédéral, le 22 mai 1861. — Depuis lors, diverses modifications reconnues nécessaires, ont été introduites et, l'an dernier, une commission instituée pour rédiger un projet de réforme, a présenté
un travail qui vraisembablement sera adopté et mis en vigueur prochainement ; la révision récente de la Constitution élargissant la sphère d'action du gouvernement central sur l'organisation de l'armée fédérale.
Les principes établis dans le règlement de 1861, servent de base au projet publié en 1873 ; ces principes sont exposés dans les dispositions générales inscrites en tête du règlement du service de santé; nous les indiquerons sommairement :
La Confédération suisse n'admet et ne tolère au service actif que des hommes parfaitement constitués, exempts de toute infirmité physique, de toute maladie intellectuelle, car ils doivent être en état de remplir avec énergie les devoirs du service militaire et de supporter les fatigues qui en sont inséparables.
Toutes les causes qui peuvent exercer une influence fâcheuse sur la santé des troupes seront, autant que possible, écartées, et il ne sera rien négligé de ce qui peut contribuer a maintenir le soldat en bon état.
11 est de la plus haute importance, en campagne, que l'armée soit toujours dans les meilleures conditions de vigueur et de santé ; pour atteindre ce but. il faut non-seulement l'intervention du personnel sanitaire, mais aussi la coopération de la troupe ; il
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est donc de toute nécessité de faire connaître aux officiers et aux soldats les principes les plus importants de riiygiène militaire.
L'hygiène générale, ainsi que le traitement et les soins des malades et des blessés, forment les attributions du service sanitaire, constitué par un personnel ayant des connaissances spéciales. Ce dernier, pour remplir ses obligations, est pourvu d'un matériel suffisant.
Les sociétés de secours volontaires sont sous la direction supérieure du médecin en chef.
La composition et les attributions du corps sanitaire, forment une branche spéciale de l'armée fédérale : nous décrirons d'abord le personnel, puis nous indiquerons le matériel dont il dispose.