MATERIEL SANITAIRE
Tout le matériel sanitaire est fourni, entretenu, emmagasiné par la confédération. Dans l'ancien règlement les cantons étaient chargés de ce soin, chacun suivant l'eiFectif fourni par lui ; de là des irrégularités et des insuffisances auxquelles il était indispensable de remédier.
D'après le nouveau règlement, le matériel sanitaire sera l'objet d'une révision tendant à le rendre aussi uniforme que possible : les fourgons, les voitures, les caisses de réserve, havre-sacs, boulgues, tout l'arsenal chirurgical, seront fabriqués sur des modèles déterminés.
Le matériel aiFecté spécialement aux corps de troupes et aux lazarets de campagne, sera réparti dans les arrondissements des divisions et placé sous la surveillance des médecins divisionnaires.
Le matériel des hôpitaux permanents se trouvera, en se basant pour cela sur les lignes de défense de la Suisse et sur les exigences topographiques, dans trois magasins différents (Lucerne, Berne, Winterthour); il est placé sous la surveillance du médecin en chef ou d un administrateur du matériel.
Le lamret de campagne d,, a sa disposition : 2 fourgons pour le matériel de réserve, 16 chars de réquisition à deux chevaux.
Chaque ambulance comporte : un fourgon, une voiture pour blessés, un char de bagage.
L'équipement des corps de troupes sanitaires est formé, pour chaque bataillon d'infanterie, de deux havre-sacs de pharmacie et de pansement, une caisse de réserve, huit brancards. Ces proportions sont observées pour les autres corps.
Chacune des cinq colonnes de transport de réserve a trente -deux chars de réquisition à deux chevaux, soit: trente chars destinés au transport des malades et des blessés, un au transport de leurs bagages un au transport des fourrages pour les chevaux.
L'administration des chemins de fer, doit tenir un train de dix wagons à voyageurs a la disposition de chaque convoi sanitaire.
Le matériel des hôpitaux permanents doit être
suffisant pour recevoir et soigner 5, 000 malades et blessés.
Telles sont les mesures générales pr()pres à mettre le service sanitaire de l'armée suisse, dans des conditions convenables. Des prescriptions spéciales règlent le recrutement, l'instruction, les nominations et promotions, les services affectés à chacune des situations occupées par les diverses fractions des corps et des troupes sanitaires.
On ne saurait trop louer la sage prévoyance avec laquelle on s'est efforcé de pourvoir à tout.
Pour atteindre ce résultat, il fallait, de toute nécessité, d'abord centraliser le service sanitaire, puis laisser aux pouvoirs fédéraux le libre emploi du personnel ; l'ancienne organisation militaire cantonale s'y opposait, la réforme dans l'armée fédérale pouvait seule remédier aux inconvénients, tous les jours plus manifestes, de la confusion de compétence entre la confédération et les cantons.
Nous avons dit que la plus grande sollicitude était apportée envers tout ce qui intéresse la santé du soldat ; la commission de réforme s'est attachée spécialement à prescrire les mesures hygiéniques, elle recommande plus vivement l'enseignement de la science de l'hygiène, heureusement très-répandue déjà dans les écoles de tous les degrés en Suisse ; les
aspirants au grade de médecin militaire doivent particulièrement justifier de leurs connaissances en cette matière, les prescriptions hygiéniques des médecins militaires faisant partie des ordres du jour.
Les rations du soldat sont réglées par Tétatmajor sanitaire, véritable conseil de santé ; c est lui qui indique, suivant les lieux ou les circonstances, les moyens de subsistance les plus rationnels pour supplée]' à l'alimentation normale. ^
Un sujet très-délicat, mais d'une grande importance, a été abordé et traité de la façon la plus juste dans le règlement : les sociétés de secours ; certes, rien n'est plus méritoire que le sentiment qui anime les secoureurs volontaires, mais l'expérience a prouvé combien ces forces éparses agissant sans direction, sans centre commun, pouvaient se dépenser et ne pas produire en raison de leur dépense ; parfois elles surabondent là oii elles n'ont pas d'emploi utile, souvent elles font défaut dans les lieux où leur présence serait désirable.
C'est pour la guerre surtout que l'on doit prévoir et préparer tout ce qui pourra éviter le désordre, si facile à s'introduire pendant et après les combats, et qui est comme inévitable dans tous les corps irréguliers livrés à leurs seules et uniques inspirations,
LE SERVICE DE SANTE IMILITAIRE. 19a
destinés le plus souvent â devenir les premières victimes de leur indépendance et de leur isolement. Dans la dernière guerre, les médecins les plus savants de la France, les citoyens les plus dévoués, ont créé des ambulances ou s y sont attachés ; les souscriptions les plus larges ont pourvu ces ambulances de tout ce qui leur permettait de fonctionner utilement; ces institutions ont en effet porté des secours nombreux et bien nécessaires, mais insuffisants encore en raison sans doute de massacres inconnus jusque-là ; nous sommes convaincu néanmoins qu'avec une organisation mieux entendue, avec des rapports directs établis préalablement entre ces ambulances volontaires et les services sanitaires de larmée, la somme de bien eut été plus grande.
Il faut reconnaître que, sans parler d'autres considérations, l'organisation aussi incomplète que vicieuse du service sanitaire de l'armée française, aussi bien que celle de tous les autres services, excitait, â un haut degré, la défiance des médecins volontaires ; ils ne pouvaient se décider â apporter leurs ressources et leur dévouement dans un milieu aussi défectueux ; ce n'était pas, quoi qu'on en ait dit, qu'il leur répugnât d'avoir pour chefs ou pour collaborateurs leurs confrères de l'armée, ils appré-
ciaient au contraire tous leurs mérites; mais le vice de l'organisation du service de santé militaire était trop radical, sa mise en œuvre par l'administration de la guerre trop notoirement incapable, pour que les deux services, volontaire et officiel, pussent se confondre.
Ces inconvénients ne seront pas à craindre lorsque le service de l'armée offrira, comme en Suisse, toutes les garanties désirables. Aussi tout le monde a approuvé la déclaration concernant les sociétés de secours dans ce pays.
Le service militaire organisé par l'état, utilise les sociétés de secours pour le seconder dans sa mission de conserver la santé des troupes, et surtout dans ce qui concerne les soins à donner aux malades et aux blessés, de la manière suivante : par des secours en matériel à fournir aux hôpitaux mobiles et aux hôpitaux militaires ; par la formation de corps d'étapes et de corps de transport ;-par l'établissement d'hôpitaux ; en chargeant de la direction et des soins médicaux dans les hôpitaux militaires formés par l'état prendre soin des convalescents et des invalides.
Il y a là assurément un terrain vaste et noble pour donner carrière aux âmes généreuses, aux hommes qui veulent se vouer au secours de leurs
semblables, dans les horribles épreuves de la guerre, nous disons mieux : c'est la seule véritable manière d'utiliser des services et de n'en compromettre aucun.
Pour assurer l'exécution de ces intelligentes mesures développées dans une instruction spéciale, cette coopération des sociétés de secours ne pourra avoir lieu que par leur union intime avec le service sanitaire de l'armée, sous la direction supérieure de son médecin en chef.
L'organisation de la société suisse de secours, pendant les temps de paix, a été fixée par une décision de l'assemblée des délégués du 17 avril
Au cas où une guerre paraîtrait prochaine, il se formera des sociétés et des comités locaux et cantonaux; il sera adjoint au comité d'exécution de ces sociétés un représentant du médecin en chef de l'armée.
Le bureau du médecin en chef devra, pour tous les points de jonction principaux des chemins de fer et des routes, ainsi que pour les plus grandes localités, rassembler des renseignements d'après lesquels les sociétés de secours pourront se diriger, pour atteindre le but de leur mission. Il devra de même chercher, au moyen de la presse, à éclairer et à
diriger l'opinion publique dans le sens de l'actiTité de ces sociétés.
Que pourrait-on trouver â blâmer dans l'ensemble et dans les détails de ces instructions et de ces dispositions préalables? ne voit-on pas combien est estimé le concours attendu des sociétés de secours, combien sont prises au sérieux les offres faites par elles, quel soin est apporté pour les utiliser; rien ne respire la méfiance envers ces associations permanentes dans un pays oti le droit de s'associer est l'un des droits primordiaux et les plus respectés, où d'ailleurs tous les actes publics, d'où qu'ils émanent, appartiennent au contrôle des citoyens. C'est que là, gouvernants et gouvernés n'ont qu'une seule et unique pensée : le dévouement à la patrie, l'amour de la liberté. N'oublions pas de dire qu'en témoignage de considération pour les sociétés de secours, et aussi pour favoriser l'entente entre les deux ordres de service, un délégué de- ces sociétés fait partie de l'état-majordu médecin en chef et il est spécialement chargé d'établir le lien entre les sociétés de secours, l'armée et ses chefs.
Les indications ' générales que nous venons de fournir font comprendre l'esprit qui a présidé â l'organisation du service de santé militaire et les perfectionnements qu'on ne cesse d'y apporter. Nous
ne pouvons évidemment pas faire entrer dans le cadre de notre travail, la description des procédés d'exécution, des détails pleins d'entente apportés dans le fonctionnement de tous les rouages de l'organisation.
Nous voulons cependant rappeler que le plus grand soin a été mis à répandre les instructions les plus claires parmi tous les agents du service, à fournir aux soldats un enseignement spécial pour conserver leur santé, aux officiers pour surveiller l'exécution des mesures hygiéniques, aux fraters, infirmiers, etc., pour leur apprendre la nature des premiers soins à donner aux blessés, les pansements d'urgence, les moyens d'arrêter les hémorrhagies, etc. ; des ordonnances particulières règlent chacune des branches du service sanitaire reliées entre elles; notamment les modes de transport des malades et des blessés, du champ de bataille vers les ambulances, puis sur les hôpitaux, ou d'un hôpital sur un autre ; dans ces derniers cas on usera, autant que possible, des chemins de fer et des bateaux. Ce transport constitue une branche spéciale du service de santé, sous une direction et avec un personnel et un matériel distincts.
Un fonctionnaire relevant directement du médecin en chefderœuvreestàlatêtedeceservicede transport.
L'autorité a en outre fait imprimer et a répandu â profusion de petits livres conçus d'une façon vraiment remarquable ; ils sont particulièrement â l'adresse des fraters et des infirmiers, mais chacun peut y puiser les connaissances les plus utiles â l'égard de la vie du soldat et des moyens de prévenir les maladies, de remédier aux accidents.
Dans un chapitre très-simple est exposé la conformation du corps humain, avec des figures fort bien exécutées et représentant la charpente osseuse, le système musculaire qui la fait mouvoir, la peau et la forme extérieure de l'homme, le cerveau et les nerfs, les organes de la circulation, les viscères et les organes des sens. Vingt pages, y comprises les figures, ont suffi pour donner les notions générales et particulières que tout homme devrait posséder et qui, â la guerre, empêchent de graves méprises et peuvent sauver de nombreuses existences.
Un chapitre traite de la conservation de la santé et des précautions â prendre contre les maladies ; celles dont les soldats sont le plus exposés à être atteints sont décrites sommairement, pn vue surtout de faire connaître aux fraters, qui accompagnent partout les troupes en marche, la nature des premiers soins â donner, avant l'arrivée du médecin. Il est des cas où il y a danger de mort et nécessité
d'administrer des secours immédiats: le salut du soldat affecté ne dépend pas seulement de la promptitude des secours, mais particulièrement de lapplication du remède approprié et de l'opportunité du traitement ; il importe donc que le frater ait une connaissance approfondie des moyens qui doivent être employés ; il a surtout pour mission d'empêcher les soldats de recourir a une foule de procédés absurdes, fruit de préjugés sans nom, entretenus encore, quoi qu'on ait fait, dans la vie des camps.
Les fatigues excessives du service, la privation de sommeil, la faim, la soif, les boissons malsaines ou prises à trop haute dose, de mauvais aliments, des chutes ou accidents divers, engendrent fréquemment des troubles graves : évanouissement, perte de connaissance, coup de soleil, ivresse complète, mort apparente par asphyxie, par congélation, par submersion, empoisonnement, tout autant d'états qui exigent impérieusement et immédiatement des secours bien entendus.
C'est donc avec la plus grande raison que ces livres que nous ne saurions trop recommander, ont été publiés; nous regrettons même de ne pouvoir en parler ici plus longuement et nous croyons que leur reproduction dans tous les pays rendrait de grands services pour les temps de guerre, car il n'est pas
une des questions touchant la santé et la vie du soldat qui n'y ait été parfaitement traitée.
Rien n'est plus digne d'intérêt que l'étude des mesures prises pour prévenir ou diminuer les périls qui menacent sans cesse la vie des hommes; ces périls sont comme permanents pour un grand nombre, en raison des travaux auxquels ils se livrent ; pourquoi faut-il qu'ils soient augmentés d'une manière si cruelle par ceux-là même dont la mission devrait être de servir les sociétés, d'alléger le fardeau et les peines de l'humanité, mais qui, loin de là, s'arrogeant une sorte de droit de vie et de mort sur les citoyens, jouent avec leur existence comme des insensés et des barbares, à ce jeu infâme qu'on appelle la guerre.
Toutes les démonstrations, toutes les protestations ont été vaines jusqu'à ce jour; pendant combien de temps encore les hommes auront-ils à gémir de ces misères : rien n'en fait prévoir le terme, tout, au contraire, semble indiquer le retour fatal des massacres qui viennent d'épouvanter le monde; que partout donc on redouble d'ardeur à préparer et à perfectionner les moyens d'atténuer la portée des désastres humains.
Que si, par un bonheur inespéré, les sociétés rentrées enfin en possession d'elles-mêmes, parvenaient
à substituer a ces odieux cartels des aréopages où seraient discutés et vidés pacifiquement les différends qui pourraient surgir entre nations, le travail fait en vue de secourir les blessés de la guerre, ne serait pas perdu; il trouverait encore, hélas! un emploi trop fréquent et trop nécessaire pour les blessés des arsenaux industriels, usines, mines, etc., au milieu desquels tant de travailleurs exposent leur vie chaque jour ; pour les victimes des catastrophes soudaines produites par les collisions de chemin de fer, les naufrages, les explosions diverses, les tremblements de terre, les incendies, les inondations, etc.
Dans tous les cas nous pensons que l'organisation la mieux entendue du service sanitaire devra comprendre, dès à présent, dans ses statuts et dans son mécanisme, ce premier et si utile emploi de ses forces en faveur des malheurs publics et privés que nous rappelons et dont le nombre des victimes semble augmenter chaque jour.
Nous avons dit eii commençant ce chapitre, que les pays neutres étaient peut-être dans des conditions meilleures que les autres pour étudier et préparer lorganisation des secours aux blessés.
Nous revenons avec intention sur cette pensée, et nous sommes heureux de dire que la Belgique, pays neutre comme la Suisse, l'a si bien compris, qu'en
possession déjà d un service de santé militaire mieux conçu que dans beaucoup d'autres pays, elle organise, pour être tenu à Bruxelles, un congrès international et une exposition spéciale où seront discutés et exposés tous les procédés de sauvetage et d'hygiène, en temps de paix et de guerre. Ces sortes de congrès devraient se reproduire chaque année sur les différents points de l'Europe : il en sera ainsi, nous l'espérons.
Il est consolant, alors que tant d'hommes songent incessamment à ensanglanter de nouveau le monde, de voir des citoyens, estimant et respectant la vie des hommes, avoir une pensée constante : veiller a la sauvegarder.