STATIONS SANITAIRES
Nul n'ignore que certaines formes de la civilisation moderne, l'activité dévorante de la vie des villes, le mauvais usage que l'homme y fait trop souvent de ses facultés et de ses forces, engendrent, plus où moins rapidement, mais fatalement, des troubles sérieux dans les fonctions vitales ; il en résulte un état qui, sans être précisément une maladie déterminée, est comme le prélude de plusieurs affections ; on l'a appelé d'un nom carnetéristique : malaria urbana. Contre cet état, la matière médicale, aussi variée soit-elle, ne peut fournir aucun agent curatif.
Indépendamment des dommages que l'homme éprouve dans sa santé, soit par l'influence des milieux, soit par ses propres écarts, il porte parfois en lui des germes héréditaires, des affections constitutionnelles, diathèses, cachexies: ces divers états cèdent bien rarement a l'action isolée des agents médicamenteux, ils portent sourdement leurs ravages dans l'économie, minent et épuisent ses forces.
Enfin, il est des affections qui, après avoir, par des atteintes violentes, mis en péril les jours des malades, laissent à leur suite, un ébranlement général et profond, puis revêtent une forme spéciale et toujours dangereuse qui constitue l'ordre des maladies chroniques.
Dans quelque situation, parmi celles que nous venons d'indiquer, que se trouvent les personnes souffrantes, tous les remèdes appliqués, en vue de rétablir leur santé, resteront impuissants aussi longtemps que ces constitutions ne seront pas soustraites aux causes morbigènes qui agissent sur elles, et jusqu'à ce qu'elles soient placées dans des conditions toutes nouvelles d'hygiène physique et morale, le traitement devra donc avoir pour base essentielle un milieu nouveau bien choisi, exempt de toute influence nocive.
L'importance des milieux a été appréciée dans tous les temps ; les œuvres immortelles d'Hippocrate contiennent un chapitre sous le titre : de l'Air, des Eaux et des Lieux, où on l'on retrouve les vrais principes de l'hygène privée et publique.
Plus les sciences ont progressé, et mieux on a su se rendre compte des influences produites sur l'homme par les milieux dans lesquels il vit aujourd'hui. Ces études ont conduit à la constitution d'une science a laquelle on a donné le nom de méso' logie; cette science a des branches multiples où la sociologie peut puiser fructueusement : nous n'avons nul dessein de l'exposer ici dans son ensemble ; mais nous nous attacherons â montrer les rapports physiologiques et pathologiques entre l'organisme humain et le milieu où il fonctionne.
La perfection en matière de salubrité, comme en toutes choses, n'existe nulle part, sans doute ; mais il est constant que certains pays sont plus favorisés que d'autres â cet égard, et que dans ces pays, des localités spéciales ont fait leurs preuves comme stations sanitaires, La Suisse offre un grand nombre de ces stations, nous les avons parcourues et étudiées, nous en avons fait l'objet d'un travail tout spécial, et c'est de ce travail que nous donnons un résumé propre â faire connaître suffi-
samment la nature des ressources qu'elles possèdent.
Les stations sanitaires, cela va sans dire, doivent être choisies suivant l'état maladif qu'il s'agit de combattre ; telle localité, très-convenable pour un malade, pourrait être inefficace, nuisible même pour un autre et vice versa.
On reconnaît en général deux sortes de stations sanitaires, différant entre elles sur beaucoup de points : les stations maritimes et les stations des montagnes. Nous ne nous occuperons tout naturellement, en parlant de la Suisse, que de ces dernières.
Disons tout d'abord que le séjour en Suisse permet de pratiquer différents genres de cures : les cures d'air, les cures d'eaux minérales, celles de petit lait, celles de raisins. Ces diverses sortes de cures se trouvent souvent dans les mêmes localités; plusieurs peuvent y être faites soit simultanément, soit successivement ; aussi, tout en cherchant â indiquer séparément les lieux qui satisfont â des indi cations spéciales, il nous arrivera quelquefois, ou d'anticiper dans la description générale de certaines stations, ou de revenir sur nos pas, pour les faire mieux apprécier sous leurs divers aspects.