CLIMATS STIMULANTS
La troisième catégorie se rapporte aux stations les plus élevées ; parmi celles-ci il en est dont le séjour un peu prolongé ne peut convenir qu a un très petit nombre de personnes, par exemple la Jungfrau, 2487 m. ; le Faulhorn, 2620 m. ; l'Eggischhorn, 2500 m.; la Wengernalp, 2487 m.; le sommet du Mont Pilate, Klimsenhorn, 2222 m.; le sommet du Righi, Righiculm, 1810 m. Ces diverses localités sont généralement pourvues de logements confortables, quelques constitutions spéciales se trouvent bien du séjour dans ces stations exceptionnelles.
Mais il est d'autres stations d'une élévation de 1500 à 1800 mètres qui conviennent parfaitement
â des personnes débilitées, dont le système nerveux, plus ou moins atteint, réclame un stimulant énergique comme l'est un air vif et incessamment renouvelé.
La Haute Engadine est la région vers laquelle affluent plus nombreux chaque année ceux qui cherchent les stations élevées; on pourrait dire même qu'il y a de ce côté une sorte de vogue ; il est vrai qu'on y rencontre diverses eaux minérales dont nous parlerons plus loin.
Parmi les stations très-suivies de l'Engadine, figurent aux premiers rangs, Saint-Moritz, 1786 m.; Pontrésina, 1808 m.; Silva Plana, 1793 m., près du lac de ce nom ; Davoz am Platz, 1558 m., dans la vallée voisine de l'Engadine. Des conditions analogues existent dans le canton de Schwitz au Stoos, à Axenstein, 1022 m.; aux stations établies sur les flancs du Righi : Righi-Scheydeck, 1648 m.; Righi-StofFel, 1594 m.; Righi-Kaltbad, 1456 m. — Le Valais a Louesch-les-Bains, 1359 m.; Zermattles-Bains, 1754 m. Au-dessus de Lauterbrunen on trouve les stations de Wengen, 1612 m. et de Muren, 1630 m., dans le canton du Tessin le Monte-Generoso, etc., etc.
L'action sanitaire de l'air dans ces stations élevées est secondée par celles des eaux minérales qu'elles
possèdent presque toutes ; mais, en ce qui concerne spécialement l'influence de l'air, il a été constaté, et c'est un fait d'une haute importance, que ces régions étaient très-favorables à bon nombre de phtliisiques ; en raison de la diète respiratoire, due à la raréfaction de l'air, les liémoptysies disparaissent et il se produit une sorte d'emphysème pulmonaire qui arrête, paraît-il, la marche de l'affection tuberculeuse.
Un fait certain, c'est que les habitants de ces régions jouissent d'une immunité complète à l'égard de la phthisie pulmonaire et que l'asthme est très commun chez eux: des études suivies ont été faites par les médecins de ces contrées, et sur les indigènes et sur les malades qui viennent y faire leur cure; les conclusions sont toutes favorables à la préservation, à l'atténuation et même à la curation de la phthisie, par l'action de ce climat.
Il est désirable que ces observations se continuent et qu elles confirment les heureux résultats constatés déjà.
Tout en indiquant les avantages propres à ces stations nous insisterons sur la contre-indication formelle d'y envoyer des personnes pléthoriques, affectées de maladies du cœur, ou atteintes de rhumatismes: toutes seraient exposées à des accidents ; \
ajoutons que, sauf quelques rares exceptions, ces stations élevées ne peuvent être habitées par les malades que pendant la courte période qui s'écoule entre la fonte des neiges et leur réapparition, c està-dire de la mi-juin à la mi- septembre.
Nous ne pouvons quitter la question des cures d'air, sans rappeler les influences diverses qui contribuent à caractériser ces stations spéciales : ainsi la végétation modifie essentiellement la composition de l'air; les plantes aromatiques, les arbres résineux répandent dans l'atmosphère , avec leurs senteurs stimulantes , des effluves dont les organes de la respiration ressentent les effets immédiats et directs ; par la même voie ces effluves pénètrent dans l'organisme et le revivifient.
Les lacs, traversés par de grands courants de rivières, forment d'immenses réservoirs d'où l'action solaire fait surgir l'eau vaporisée ; les torrents, les cascades brisent et divisent à l'infini le produit des fontes de neige et reportent dans l'air de nouveaux agents modificateurs.
La lumière et l'électricité sont, on le sait, deux éléments aussi actifs que puissants. Or la lumière solaire est répandue à profusion dans les régions élevées et la tension électrique augmente avec l'altitude : ces influences réunies impriment nécessaire-
ment de lactivité aux organes et aux fonctions vitales.
Tout concourt donc à constituer, en Suisse, les milieux qui fournissent les véritables bains d'air, de lumière, de calme, de bien-être physique et moral.
Ces belles et précieuses contrées ont cependant, même dans les meilleurs mois, des heures tourmentées où il faut prendre ses précautions. Il n'est pas si beau ciel qui ne soit visité par les nuages et par les vents : parmi ces derniers, il en est un, le Fœlin, de provenance africaine, qui parfois envahit brusquement certaines parties de la Suisse, les couvre de son haleine étouffante, jette le désordre partout et détermine un état d enervement chez l'homme et même chez les animaux.
Mais, si le Fœhn agit en furieux, sa colère n'est pas, en général, de très longue durée ; le plus souvent le vent d'ouest lui succède et résout, en pluies abondantes, la masse de vapeurs produites par le vent d'Afrique.
Il est vrai que ce sont alors des pluies torrentielles ; ces pluies tombent infiniment plus serrées dans les montagnes que dans la plaine ; toutefois ce phénomène météorologique a aussi ses avantages, car il lave l'air et en précipite les éléments nuisibles qui s'y étaient répandus.
Les orages eux-mêmes, sans parler des horreurs sublimes qu'ils offrent à contempler, surtout au milieu des montagnes, font mieux sentir tout le prix des jours sereins ; puis, après les commotions quils ont produites, les orages laissent toujours un ciel plus pur, un air rafraîchi et qui reçoit tous les arômes de la terre.
Toujours est-il que les valétudinaires, qui se rendent au stations sanitaires de la Suisse, doivent se prémunir contre les incidents et les intempéries qu'ils peuvent avoir à y subir.
Nous ajouterons que, s'il est utile de changer de milieu pour combattre un état de maladie, pour rétablir l'ordre dans la santé, il importe aussi de savoir maintenir, dans de justes limites, l'ébranlement auquel on soumet l'économie ; il ne faut pas s'exposer à voir les influences nouvelles dépasser le but recherché : tout changement de climat exige des précautions spéciales; il est nécessaire, â cet égard, de se laisser guider par les médecins de la localité. Cette observation s'applique également au régime alimentaire, aux excursions, aux exercices divers qui ne conviennent pas de la même manière à tous.
CURES D'EAUX MINERALES.