LES GRISONS
SAINT-MORITZ, FIDÉRIS, ALVENEU, TARASP, SCHULS.
Saint-Moritz. — La station est située à une demiheure du village de ce nom, dans la haute Engadine, à 1,856 mètres d'altitude. Les sources très-chargées d'acide carbonique appartiennent à la classe des eaux ferrugineuses bi-carbonatées. La grande source a une température de 5^,6; la petite source, 4°, 3. Cette basse température est à remarquer : longtemps les eaux ne furent employées qu'en boisson, elles le sont également en bains aujourd'hui.
L'histoire de la station de Saint-Moritz, remonte
au XV®, ou XVP siècle. Paracelse en parle dans ses écrits, son nom a été donné à la source qui fut trouvée en 1853 dans l'ancien lit de llnn. Les sources de Saint-Moritz ont, du reste, eu de nombreuses vicissitudes, dans leur régime et dans leur exploitation ; aujourd'hui cette stolon possède un très-bel établissement où le comfort ne laisse rien à désirer et où la balnéothérapie est pratiquée avec tous les procédés modernes.
Les eaux de Saint-Moritz, conviennent aux différents états cliloro-amémiques et aux névropathies qui en dépendent.
Cette station doit en grande partie aussi ses bons effets, dan^le traitement de ces affections, aux influences du climat stimulant que nous avons indiqué déjà. La réputation de Saint-Moritz s'est considérablement étendue, depuis quelques années surtout ; les anglais notamment y viennent en grand nombre.
Fidéris. — Sources ferrugineuses bi-carbonatées ; température 9'' centigrades, à 1056 m. d'altitude; administrées en boisson et en bains. Cette station, dans une gorge de montagnes du Prétigau, est connue depuis le XV^siècle. Au début, les bains étaient pris de la manière la plus primitive; la baignoire était une auge taillée dans un tronc d'arbre, l'eau était
chauffée dans un chaudron, le bain se prenait à la belle étoile, il était réchauffé de temps en temps et on y séjournait jour et nuit.
Les perfectionnements s'introduisirent successivement; Fidéris possède aujourd'hui un magnifique Kurhaus où les bains sont chauffés à la vapeur et qui, sous les autres rapports, satisfait â toutes les les conditions d'une bonne installation.
Le merveilleux a toujours eu un* goût marqué pour s'exercer auprès des sources; à l'heure qu'il est, cela se voit encore. Au temps du paganisme c'était des dieux ou demi-dieux, des naïades, des nymphes de toutes sortes qui présidaient aux sources et y distribuaient la santé, dans les libations aquatiques. Fidéris a eu ses divinités païennes ; mais plus tard, elles furent supplantées par une vierge en robe blanche, dit la légende, qui sortait souvent de la source et se chauffait au soleil ; dans ce temps-là, un bain pris dans la nuit de Saint- Jean, équivalait â une cure de huit semaines ! !
La science, incrédule par sa nature même, voulut aller au fond des choses, elle s occupa de l'étude des eaux. Les analyses de Kuppler, Bally, Sonderegger ont fait connaître la composition de celles de Fidéris ; bien qu'appartenant à la même classe que les sources de Saint-Moritz, elles sont beaucoup moins miné-
ralisées, la température aussi est moins basse, elles sont mieux tolérées par l'estomac et peuvent s'administrer avec succès contre les dyspepsies et les états atoniques des organes de la digestion.
Nous rappelons, comme ren^ignement qui peut avoir son importance, qu'à une certaine époque, les malades qui suivaient la cure a Fidéris , étaient saignés ou recevaient l'application de ventouses.
Le climat de cette station est tonique, mais une différence d'altitude de 800 mètres avec Saint-Moritz lui permet de conserver des malades qui ne pourraient supporter l'influence très stimulante propre à cette dernière station.
Alveneu. — En descendant le village, à 400 mètres plus bas, dans la vallée de rAlbula,'et aux pieds des montagnes de ce nom, se trouvent les bains d' Alveneu, à une altitude de 951 mètres. Ces sources sont sulfureuses, froides; elles servent spécialement à traiter les maladies de la' peau. A une époque trèsreculée, les bains étaient pris en commun dans un grand bassin où étaient placées quelques cloisons. Alveneu fut très fréquenté au milieu du siècle dernier, après la publication des travaux scientifiques des docteurs Grassi et Meinhart-Schwarts. Aujourd'hui la cure à Alveneu se pratique le plus souvent, après ou avant la cure à Saint-Moritz ou à Tarasp.
Tarasp-Sclmls. — 1221 mètres d'altitude. Ces deux stations n'en font qu'une, à proprement parler, en raison de leur proximité, de l'analogie de leurs sources, et aussi de leur exploitation; elles sont séparées par le cours de l'Inn, dans la basse Engadine. Cette contrée, voisine du Tyrol, voit sourdre, a chaque pas, des eaux minérales ; on y rencontre de nombreuses Mofettes, sortes de trous peu profonds, d'où s'exhale de l'acide carbonique ou de l'hydrogène sulfuré.
Les sources principales ont été captées avec soin depuis quelques années, on en a fait plusieurs groupes ; le plus important est celui où dominent les principes salins. Les dernières analyses de Planta démontrent, dans les eaux de Tarasp, la présence de plus de 16 grammes de substances fixes par litres; à Schuls plus de 13 grammes; le bi-carbonate de soude et le bi-carbonate de chaux, le chlorure de sodium, le sulfate de soude sont les sels qui y figurent en plus grande proportion ; l'acide carbonique se dégage en abondance de toutes les sources ; le fer se trouve dans plusieurs d'entre elles, mais en quantité relativement faible et justifiant peu la qualification de ferrugineuses, donnée par divers hydrologistes aux eaux dô Tarasp- Schuls.
Ces eaux sont froides : à Tarasp la température
est de 6^25 cent., à Scliuls de 8^12 cent.; elles appartiennent réellement à la classe des eaux salines, et, en raison des différents sels qu'elles contiennent, elles sont en même temps toniques et laxatirves, qualités précieuses qui donnent à ces eaux des propriétés plus étendues que n'en ont beaucoup d'autres; elles conviennent parfaitement contre la pléthore abdominale, les obstructions viscérales et les nombreuses affections qui se relient à ces états. Des auteurs ont divisé les eaux minérales suivant les parties de l'économie sur lesquelles se porte plus spécialement leur action, soit sur les organes de la poitrine, soit sur ceux de l'abdomen ; cette distinction a, en principe, une certaine valeur ; c'est parmi celles de la seconde catégorie que doivent être rangées les eaux de l'Engadine.
Les stations dont nous nous entretenons , trèsanciennement connues, ont été longtemps d'un accès difficile; aujourd'hui on s'y rend sans danger et sans fatigue : une route postale est établie de Coire au Tyrol, traversant la haute et la basse Engadine, et de quelque direction que l'on vienne, on arrive à Tarasp-Schuls ou a St-Moritz, sans rencontrer aucun de ces obstacles signalés dans la plupart des ouvrages.
Les sources de Tarasp et de Schuls appartiennent,
comme nous lavons dit, à la même société d'exploitation ; cette société a fait construire un vaste hôtel, sur la rive gauche de l'Inn, en face des sources, où J'on se rend en passant sur un pont couvert.
Les excursions dans la basse . Engadine offrent les sites les plus variés : la plaine de Schuls, ses coteaux garnis de verdure, Vulpera et ses collines, le hameau isolé d'Avrona, le lac noir, et enfin une vaste contrée encadrée au loin par des montagnes dont la cime s'élève jusqu a 4 mille mètres ; le convalescent trouvera, dans des promenades ménagées avec soin, à se distraire, à essayer ses forces et à les accroître ; mais il ne doit pas oublier que ces eaux sont très-actives et que la cure, à cette station, réclame plus de précautions peut-être que partout ailleurs.