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SAINT-GALL

Pfeffers, Ragatz.

Pfeffers. — Cette source est une des plus ancien-

nement connues ; sa découverte, d après divers indices ou documents, remonterait au commencement du XP siècle; les uns lattribuent à un chasseur, d'autres à un oiseleur : la légende du reste a construit, sur l'origine de PfefFers, des récits oii l'étrange et le merveilleux occupent une large place, comme d'habitude en ce qui touche les sources anciennes. L'aspect de PfefFers, dans son ensemble et dans ses détails, est de nature, il faut l'avouer, à impressionner vivement les esprits, à fournir carrière à l'imagination.

Un seul chemin conduit à PfefFers: partant de Ragatz il suit, pendant six kilomètres, le cours de la Tamina, torrent entravé incessamment dans sa marche par d'énormes blocs descendus des rochers élevés qui s'élèvent à pic sur sa rive droite : à sa gauche est la route taillée dans le roc opposé et qui livre passage à une seule voiture ; de distance en distance cependant on a pu gagner du terrain et établir des sortes de gares permettant à deux véhicules de s'entrecroiser.

Cette route sinueuse, accidentée, dominée, en certains points, par les rochers qui surplombent, est une introduction tout-â-fait en harmonie avec le spectacle qui s'offrira bientôt aux regards.

La route aboutit à un cul-de-sac où se trouve

l'ancien cloître devenu rétablissement des bains. Après avoir traversé cet établissement, on voit s'ouvrir la gorge, à l'extrémité de laquelle est la source.

Cette gorge d'une profondeur considérable, est le premier lit de la Tamina qui les parcourt en mugissant. La Tamina vient d'un glacier. Une passerelle suspendue aux flancs des rochers, conduit à la source dite la Chaudière. On doit, pour traverser la passerelle, se munir de parapluies qui sont en permanence à l'entrée ; l'eau suinte incessamment des voûtes formées par les rochers ; de loin en loin seulement pénètrent quelques rayons de lumière.

Cette traversée est comme indescriptible : on a comparé, non sans raison, les gorges de PfefFers à l'entrée de l'enfer de Dante, et ceux qui ont illustré l'œuvre du poète immortel, ne pouvaient faire mieux que de s'inspirer de l'horreur de ces lieux.

La Chaudière, au fond d'une grotte est la grande source ; c'est là, toujours suivant la légende, que dans les temps anciens, les malades attachés avec des cordes étaient descendus par les crevasses de la voûte, pour rester plongés, plusieurs jours durant, dans le bain.

C'est auprès de la Chaudière que Paracelse, cet

homme singulier, dont on retrouve le nom et la trace partout en Suisse, aurait, dit-on, passé plusieurs années de sa vie â chercher Vesprit du feu ! !

Mais laissons le côté légendaire ou descriptif et parlons des eaux de PfefFers en elles-mêmes.

Ces eaux, infiniment peu minéralisées, puisque, d'après l'analyse de Pagenstecher, elles ne contiennent que 12 centigrammes de matières fixes, où le carbonate de chaux est pour la moitié environ, appartiennent â la catégorie d'eaux thermales, dites mdifféreyites. On se tromperait fort si on attachait à cette qualification un sens défavorable, car beaucoup d'eaux thermales très-actives sont dans ce cas, telles, par exemple : Neuliaus, Gastein en Autriche, Wildbad dans le Wurtemberg, Schlangenbad dans le Nassau, FlomUeres, Néris en France, etc.

Si donc les analyses chimiques ne peuvent rendre suffisamment compte de l'efficacité de ces eaux, leurs propriétés bien manifestes doivent être attribuées, jusqu'à la découverte de principes encore inconnus, à leur thermalité.

En efiet, la température native des eaux de Pfeffers est de 35 à 36'' centigrades : prises en boisson, à des doses qui varient de quatre â six verres, jusqu'à quinze ou vingt, ces eaux, par leur température et par la quantité ingérée, agissent,

d'une part, comme le font tous les stimulants diffusibles, et de l'autre , en provoquant une suractivité dans les divers émonctoires de l'économie.

Mais c'est surtout la balnéotliérapie qui joue le plus grand rôle à Pfeffers, et de temps immémorial ; l'eau conduire par des tubes fabriqués avec des troncs de sapin, arrive dans les baignoires sans avoir subi aucune opération pour être chauffée ou refroidie. La quantité d'eau fournie par les sources est telle, que le malade, soit dans une baignoire, soit dans une piscine, se baigne constamment dans une eau courante; il est inutile d'insister sur ce double avantage qu'on trouve dans un si petit nombre de stations thermales. Nous citerons cependant Royat aux pieds du Puy-de-Dôme, en Auvergne, qui est dans le même cas.

Une autre influence est celle produite par la durée prolongée du bain. C'est ici que la tradition apporte ses enseignements; nous verrons plus loin comment on procédait autrefois a cet égard, à Baden, à Louesche, et ce qu'on y a conservé des anciennes manières de faire. Qu'on ne laisse plus les malades dans le bain, jour et nuit, soit ; mais nous pensons qu'on s'est un peu trop éloigné des anciennes pratiques à Pfeffers ; cependant on y répète encore le bain plusieurs fois par jour.

Nous ne pouvons développer ici toutes les considérations physiologiques et thérapeutiques qui s'attachent aux bains prolongés; mais nous insistons sur ce fait que c'est en Suisse, avant et plus qu'ailleurs, qu'on a usé de ce procédé et qu'il y subsiste dans plusieurs stations. Rappelons que la psychiatrie en use aussi avec succès, dans des cas nombreux, et nous savons que, de Suisse, le procédé s'est propagé dans divers asiles d'aliénés en France.

En résumé, à Pfeffers, les eaux sont prises en boisson à la buvette de l'établissement, les bains sont administrés ou dans des baignoires à courant continu, ou dans des piscines dont l'eau se renouvelle sans cesse, celles-ci sont au nombre de huit : quatre pour les hommes et quatre pour les femmes, vingt personnes peuvent s'y baigner à l'aise ; tous les appareils pour les divers modes d'administration de douches sont installés et fonctionnent parfaitement.

Les aifections qu'on traite à PfeiFers sont celles de l'ordre névropathique; les rhumatismes, les affections utérines, névralgies sciatiques, paraplégies sont aussi du domaine de ces eaux.

Le séjour de cette station thermale convient aux personnes qui veulent consacrer leur temps exclusivement à la cure ; quant à celles qui sont plutôt maladives que malades gravement, elles trouve-

ront, à peu de choses près, la même médication à Ragatz,

JRagaf0, a été appelé justement la succursale de PfefFers: ce sont, en effet, les eaux de cette source qui sont conduites au Kursaal et dans les hôtels de Ragatz, par des tuyaux semblables à ceux de PfefFers, fixés, à ciel ouvert, aux rochers tout le long du parcours de la Tamina ; mais dans ce trajet de 6 à 7 kilomètres, l'eau perd deux degrés environ de sa température.

La station de Ragatz à 521 mètres d'altitude, 169 mètres plus bas que FfefPers, quoique de date assez récente, réunit tout le comfort et les élégances des autres stations thermales les mieux établies. Des appareils aussi ingénieux que commodes fonctionnent pour l'administration des bains partiels, pour introduire dans le bain et en faire sortir les paralytiques, pour tous les genres de douches ; les propriétaires ont créé un grand bassin de natation, non couvert, mais nous le considérons comme convenant mieux aux touristes qu'aux malades. On y trouve l'agrément de salons de conversation, des galeries multipliées, les unes fermées, les autres formant vérandas et des jardins remarquablement tenus.

Le site est très-beau, les coteaux qui font face dominent et suivent le cours du Rhin qui coule tout

près de Ragatz. Cette station, avec son chemin de fer, est devenue une sorte de rendez-vous général, d oii il est facile de se diriger vers de magnifiques contrées.

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