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ARGOVIE

Baden, Schinznach.

Baden. — Située sur la route d'Olten à Zurich, entre cette dernière ville et Schinznach, à 350 m. d'altitude, dans un vallon au milieu duquel coule la Limmat, cette station était déjà fréquentée au temps des Romains ; Tacite en parle sous le nom de Viens thermarum, au moyen âge, elle acquit une grande célébrité. Pendant la durée du concile de Constance, Baden devint le lieu de rendez-vous des prélats qui allaient s'y délasser de leurs longs et ardus travaux et qui affichaient un luxe, poussé par certains d'entre eux jusqu'au scandale; le facétieux Boggio Braciolini, secrétaire du pape Jean XXIII, a laissé, dans ses lettres, une description des mœurs de cette époque aux eaux de Baden; ces mœurs n'ont pu être égalées ni en relâchements ni en raffinements par la

population interlope, si inventive pourtant, de cer- M taines stations modernes. La lettre de Boggio laisse '' loin derrière elle le récit plein d'humour et de détails scabreux qu'on trouve, sur le Spa d'avant la révolution, dans les mémoires du prince de Ligne.

De nombreux écrivains ont retracé les splendeurs des eaux de Baden, notamment l'architecte Conrad Gessner, le savant médecin de Baie, Henri Pantaleon, le grand philosophe Michel Montaigne.

Pendant tout le temps où la diète fédérale siégea à Baden, les ambassadeurs des diverses nations, notamment ceux de la France, donnaient à cette cité une véritable importance politique; c'est là. on le sait, que fut signée la paix, dite de Bade, entre la France et l'empire. Enfin, Baden fut encore le siège d'un congrès, en 1714, après la guerre de succession en Espagne.

D'autres villes d'eaux ont vu, depuis lors, se traiter entre souverains, ministres ou ambassadeurs, de nombreuses questions politiques : Tœplitz, Carlsbad, Wiesbaden, Plombières, Ems laisseront leurs noms attachés à des résolutions qui ont eu de graves conséquences.

Considérées uniquement au point de vue médical, les eaux de Baden ont une grande importance; leg auteurs les ont classées parmi les eaux sulfatées cal*

caires ; elles pourraient l'être, avec autant de raison, parmi les chlorurées, car sur 4 grammes de matières fixes qu elles contiennent par litre, les chlorures y sont en plus grande proportion que les sulfates.

La température des diverses sources varie de 46° a 50° cent.

La thermalité joue, dans ces eaux, un rôle plus important peut-être encore que la minéralisation. Le refroidissement auquel on doit les soumettre, laisse apparaître des conferves très-analogues à celles qu'on rencontre aux eaux de Néris. Cette sorte de mucilage donne au bain quelque chose d'onctueux, très-agréable à la peau.

On administre les bains a des températures qui, suivant l'indication à remplir, varient de 32*^ â 38° centigrades.

A Baden la tradition des bains prolongés pendant plusieurs heures, matin et soir, a été conservée et. comme à Louesche, on voit s'y produire la poussée : le traitement ne serait pas considéré comme complet si ce phénomène n'était pas observé.

Les ventouses scarifiées sont presque constamment appliquées pendant le traitement, et â plusieurs reprises ; il en est ainsi dans plusieurs stations où les bains sont donnés à une température élevée ; nous

avons vu employer ces ventouses dans toutes les cures faites à Bourbon VArcliamlauU (Allier), où on les appelle Cornets : c'est en effet avec une petite corne creuse, percée d'une ouverture à son sommet, que les gens de service aspirent l'air par la succion et produisent ainsi la ventouse.

A Baden, l'eau est administrée en boisson, mais â dose modérée : elle produit facilement un effet laxatif.

Indépendamment des diverses sortes de douches, la cure â Baden offre deux modes particuliers d'utiliser les produits des sources : le premier consiste à recueillir le gaz acide carbonique qui s'en dégage en abondance, et à le condenser dans des appareils spéciaux propres â l'administrer en bains locaux ou à le diriger sur certains organes. Ce procédé, déjà ancien â Baden. s est répandu auprès d'autres eaux chargées d'acide carbonique ; nous l'avons vu fonctionner, il y a quelques années, â Vichy ; mais nulle part nous n'avons constaté son application, sous des formes aussi variées, et avec autant de succès, qu'à Saint-Nectaire en Auvergne.

Le second moyen mis en usage est V inhalation, c'est-à-dire la respiration de la vapeur qui se dégage de l'eau, au moment où sortant des tuyaux conduc teurs, avec sa chaleur native, elle est pi^ojetée dans

les baignoires ou dans les réservoirs destinés à la refroidir, avant l'administration du bain. On fait cette inhalation en se promenant dans les corridors et dans les salles où se répandent les vapeurs.

L'inhalation est mise en pratique dans plusieurs autres établissements thermaux ; au Mont Dore elle constitue une partie importante de la cure ; toutefois là ce n'est point une émanation naturelle de l'eau minérale, sous la forme de vapeur, qui est respirée, mais bien cette eau chauffée dans des chaudières jusqu'à vaporisation. Nous avons signalé, au Mont Dore même, certains inconvénients de cette dernière opération ; il est certain que le procédé de Baden est préférable, mais il ne peut appartenir qu'aux eaux à température naturelle très-élevée.

Les Grands Bains sont distribués dans les divers hôtels de la partie de la ville bâtie sur la rive gauche de la Limmat et qui constituent chacun un établissement au complet, joutant, à une certaine époque, il était difficile de trouver à se loger convenablement à Baden, à se nourrir même, à ce point, qu'en y allant on devait apporter des provisions de bouche et amener son cuisinier, autant aujourd'hui Baden réunit toutes les conditions de bien-être matériel jointes aux avantages offerts par les meilleures stations.

Les pauvres ont, dans tous les temps, joui de la faculté de faire gratuitement leur cure à Baden ; autrefois c'était dans deux grands bassins, non couverts, le bain Ste-Vérène et le bain libre (Freibad) que jeunes et vieux, hommes et femmes se baignaient en commun ; maintenant ils se baignent dans des conditions très-convenables, sur la rive droite de la Limmat, où des sources alimentent les petits hains (Emmertbaden).

Le cadre des maladies traitées par la cure à Baden, est très-étendu, trop étendu peut-être. Les états où cette cure convient le mieux sont les rhumatismes sous la forme névralgique, et en général les névroses qui affectent spécialement les viscères abdominaux : c'est déjà un terrain de médication très-vaste : en pareils cas, les eaux de Baden sont vraiment efficaces. Elles exercent aussi, paraît-il, une sorte d'action élective sur les organes sexuels de la femme : la tradition, là encore, rappelle qu'en tout temps les femmes du monde sont allées a Baden, pour trouver remède à la stérilité : mais celle-ci tient à des causes si diverses, que des diagnostiques préalables devraient toujours être établis avec soin.

C'est un grand tort que de vouloir attribuer toutes les vertus aux eaux minérales et à chacune d'elles en particulier : la stérilité, par exemple, n'a

cessé d'être indiquée, par certains prôneurs excessifs des étalDlissements auxquels ils appartenaient, comme devant céder infailliblement au traitement par leurs eaux; il est peu de stations qui n'aient été citées comme souveraines à cette égard ; on préconisait, il est vrai, en même temps, toutes sortes de pratiques superstitieuses ; Baden a eu les siennes. Ainsi les femmes stériles devaient, avant tout, pour cesser de l'être, boire a jeun et en cachette, un verre de l'eau minérale, un pied placé dans le trou de Ste-Vérène, source portant encore ce nom.

La source de la Sauvenière à Spa est dotée de la même légende : le pied de St-Eemacle, nom donné a une large entaille faite dans la dalle qui entoure cette source, offre la fécondité à toute femme qui boira, son pied droit introduit dans l'entaille où St-Remacle a laissé l'empreinte du sien.

On retrouve, comme nous disions au commencement de ce chapitre, les superstitions lesplus bizarres auprès d'une infinité de sources: ce n'est pas assez, paraît-il encore, et à chaque source nouvelle on s'efforce d'attacher des superstitions non moins ridicules et beaucoup moins pardonnables, au siècle de lumières où nous sommes.

La station de Baden est certainement, parmi celles de la Suisse, une des plus dignes de fixer l'at-

tention par les propriétés thérapeutiques de ses eaux, par leur mode d'administration, par la situation offrant un séjour très-agréable et aussi par les souvenirs historiques qui s y rattachent.

Scliinznacli. — Cette station dont l'origine remonte a peine à deux cents ans, a acquis une grande renommée, justifiée par la nature et les propriétés de son eau minérale. L'eau de Schinznach est essentiellement sulfureuse bien qu'elle contienne aussi une notable quantité de chlorure ; elle est l'une des plus riches dans la classe à laquelle elle appartient : ses matières fixes sont de 2 grammes 642 par litre. L'hydrogène sulfuré et l'acide carbonique se dégagent de la source dans de fortes proportions.

Situé sur la route de Bâle à Zurich, à quelques minutes du chemin de fer, l'établissement de Schinznach qui, dans ces dernières annnées, a pris un immense développement et forme aujourd'hui un bel édifice, est bâti sur la rive droite de l'Aar. Son altitude est de 321 mètres. Une seule source l'alimente, mais en quantité suffisante pour le service.

L'histoire de cette source est assez singulière: découverte en 1658, sur la rive gauche de l'Aar, elle a disparu au bout de quelques années, a la suite d'un hiver rigoureux et d'une fonte considérable déneiges. Vingt ans après sa disparition, cette source a été

retrouvée dans une île formée par deux bras de l'Aar ; des dépôts successifs ont relié cette île au terrain de la rive droite et, de la sorte, la source a aujourd'hui une orientation opposée a celle de son origine.

Un captage perfectionné, il y a une dizaine d'années, par le savant et habile ingénieur des mines, M. François, procure le débit de 280 mètres cubes d'eau minérale par 24 heures.

La température de l'eau est sujette â des variations notables, qui se constatent par les documents des divers observateurs ; depuis un siècle cette température a oscillé entre 36° et 28" ; sa température actuelle est de 29° environ; en hiver l'eau est généralement plus chaude qu'en été. Il serait intéressant de savoir si les différences de la température influent sur la minéralisation.

L'administration des eaux de Schinznach a lieu sous différentes formes : en boisson, â dose modérée, en bains d'une durée moins longue que par le passé, et cependant la poussée s'y produit encore le plus souvent; en douches de diverses sortes, mais principalement percutantes, à l'effet de produire la résolution où la révulsion; en applications locales décompresses, imbibées d'eau sulfurée, renouvelées plusieurs fois par jour et recouvertes de taffetas imperméable. La pulvérisation et l'inhalation sont également employées

2é8 ÉTUDES MÉDICALES ET SOCIALES.

à Schinznach; ces modes multiples de l'emploi de l'eau sulfureuse ne sont pas mis en pratique indifféremment et chez tous les malades ; il serait très imprudent d'agir de la sorte si les personnes qui vont faire la cure à Schinznach portent des affections ayant certains points de ressemblance, puisque c'est la peau qui généralement est le siège de leur manifestation ; le psorisme reste toujours un véritable protée, il doit être étudié avec discernement et traité avec circonspection.

L'observation clinique a démontré l'efficacité des eaux de Schinznach, particulièrement contre les dartres humides, sécrétantes. Ces eaux sont encore utiles dans les cas où la diathèse scrofuleuseestliéeâ la diathèse herpétique ; certains accidents tertiaires sont traités avec succès à Schinznach comme ils le sont par d'autres eaux sulfureuses, notamment a Aix-la-Chapelle.

BERNE

GURNIGEL, BLUMISTEIN, WEISSENBOUKG, ROSENLAUI, HEUSTRICHBAD.

Gurnigel. — Sa proximité de Berne, son air pur

et vivifiant ont procuré à cette station une fréquentation de plus en plus suivie. A 1155 mètres d'altitude, sur un plateau, aux pieds de la montagne qui forme le prolongement de la chaîne du Stockhorn, Gurnigel a vu ériger ses premiers bâtiments à la fin du XVP siècle. Ses eaux appartiennent à la classe des sulfatées calciques ; elles Contiennent un gramme et demi environ de matières fixes par litre ; sa température est de 8° centigr. Les deux sources principales, le Schwartzhrunnéli et la Stockqiielle, sont três-anciennement connues; une source nouvelle a été découverte en 1864, elle a une plus grande quantité d'hydrogène sulfuré que les deux autres ; il existe en outre une source ferrugineuse utilement employée dans certains cas.

L'eau est plus particulièrement prise en boisson ; ses propriétés la rendent très-efiîcace contre les embarras des voies digestives ; on leur reconnaît aussi une action fortifiante augmentée par la bonne influence du climat dont jouit cette station.

Les bains et les douches sont aussi administrés à Gurnigel ; les bains n'avaient été cependant , jusque dans ces derniers temps, considérés que comme une partie accessoire du traitement ; mais les appareils et les procédés balnéaires sont, depuis quelques années, introduits et perfectionnés à Gurnigel, et l'éta-

blissement a reçu des embellissements et d'importantes améliorations.

Gurnigel est le lieu préféré de villégiature de la Société Bernoise.

BJurnistein. — Non loin de Gurnigel et à une distance à peu près la même de Tliun, à 7 kilomètres em-iron, est située la station de Blumistein, aux pieds de la chaîne duStockhorn. Les eaux, d'une température de 10° centigr. . peu minéralisées (elles contiennent à peine un gramme de substances fixes), sont bi-carbonatées calcaires et ferrugineuses ; elles sont principalement administrées en bains et en douches, dans im établissement bien installé et alimenté par quatre st)urces qui émergent d'une prairie voisine. La proximité de Gurnigel permet d'user en même temps, pour la cure, des eaux sulfureuses de cette dernière station, sous la forme de boisson. Les différentes sortes de chlorose et d'anémie sont traitées avec avantage par les eaux de Blumistein.

Weissenhourg. — Cette station, située dans une gorge, à une altitude de 896 mètres, est distante de 20 kilomètres de Thun et de 45 de Berne. Il existe une seule source que l'on voit sortir d'une fente de rocher, mais qui, d'un débit abondant, suffirait à alimenter un établissement de bains plus considérable que celui qui existe ; il est vrai que les bains ne sont

utiles qu'accessoirement dans la cure ; celle-ci consiste à boire l'eau, en commençant par un demi verre et jusqu'à huit verres.

La cure ne dépasse pas en général 20 jours.

A la source de Weissenbourg, dont la température varie de 21o à 23'' cent., le sulfate de chaux figure pour les deux tiers dans sa composition minérale, les matières fixes sont de 1 gr. 60. L'acide carbonique, existe dans ces eaux, à l'exclusion de l'hydrogène sulfuré.

Les affections des voies respiratoires sont celles qui sont le plus généralement traitées à Weissenbourg, surtout la forme catarrhale chronique ; les médecins qui exercent à cette station ont relaté en outre des observations, d'où il résulterait que la phthisie aurait été vaincue ou arrêtée dans sa marche, sous Tinfluence de leur médication thernale.

Bosenlaui, — Ses eaux, chlorurées et sulfatées sodiques, conviennent, sous la forme de boisson, dans les . obstructions viscérales, surtout chez les sujets lymphatiques ou menacés de scrofulose; on les administre en bains contre les affections rhumatismales. Le site de Rosenlaui est des plus remarquables, à 1330 mètres d'altitude, dans une gorge, aux pieds duEngelhorn etduWellhorn dont l'aspect

est splendide. Le torrent Beiclienhach a ses chutes célèbres dans le voisinage des bains.

Rosenlaui a de très-nombreux visiteurs; la s'arrêtent tous les touristes qui se rendent de Griendelwald à Meyringen et réciproquement, ou qui vont visiter les glaciers renommés de Rosenlaui. — De ce glacier toute la partie inférieure a disparu depuis quelques années ; on craint que le glacier supérieur qui est déjà entamé nait le même sort.

La réputation du glacier a dominé celle des eaux de Rosenlaui, elles ne sont pas fréquentées autant qu'elles mériteraient de l'être.

Heustriclilad, appartient encore au canton de Berne, dans la vallée de Kander, â 630 mètres d'altitude. Distante de 12 kilomètres de Tliun, cette station a des eaux sulfurées sodiques, d'une température de 8" 4 cent., peu minéralisées, 0 gr. 695 de matières fixes; il s'en dégage de l'hydrogène sulfuré et de l'azote, et point d'acide carbonique. Il existe aussi une source légèrement ferrugineuse; on administre ces eaux, particulièrement en boisson, contre les affections catarrhales ; le rhumatisme nerveux y est traité par des bains, d'abord chauds et un peu prolongés, puis ceux-ci sont donnés â une température de plus en plus basse, jusqu'à celle que l'eau apporte à la source; mais alors ils sont de courte durée.

Ce mode de traitement est en quelque sorte spécial à la station de Heustriclibad, il est aidé beaucoup par les bonnes conditions du climat de cette localité.

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