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ZURICH

L'hôpital général de Zurich est cantonal; son administration relève du pouvoir exécutif du canton.

Situé sur la rive droite de la Limmat, à une certaine distance de la ville proprement dite , l'hôpital de Zurich a, dans son organisation, de nombreux rapports avec celui de Bâle ; comme ce dernier il appartient au système d'hôpitaux dits à corridor, différant cependant, en plusieurs points, de l'hôpital Lariboisière à Paris, cite comme type de ce genre d'hôpitaux : la ventilation naturelle y est employée comme à Bàle.

Les salles contiennent dix à douze lits; les services sont parfaitement distincts ; deux bâtiments isolés sont affectés au traitement des maladies contagieuses, l'un d'eux reçoit spécialement les varioleux. Ce n'est pas encore là le système d'hôpitaux à pavillons que nous croyons préférable aux autres systèmes, mais c'est un progrès important à signaler que l'isolement bien complet de certains genres de malades; ajoutons que les salles qui reçoivent ces derniers sont l'objet d'une surveillance plus grande encore, s'il est possible, au point de vue de l'assainissement par l'aération; les fenêtres ont été disposées en conséquence, elles vont du plancher jusqu'au plafond.

A Zurich comme à Baie les cliniques sont confiées aux professeurs de l'université : les principaux détails que nous avons fournis sur l'organisation et le fonctionnement des services à l'hôpital général de Bâle se retrouvent à Zurich et dans la plupart des grands hôpitaux de la Suisse; nous nous dispenserons de les rappeler.

La chirurgie porte partout, en Suisse, l'esprit de la conservation, et en même temps de la simplification; à Zurich les pansements sont réduits à la dernière expression de simplicité, à la suite des amputations notamment.

La position du membre, Técoulement libre des produits sécrétés le long du tissu imperméable sur lequel le membre repose, sont la principale et presque Tunique préoccupation de l'opérateur ; ni cbarpie, ni pommade, ni substances adhésives, ni bandes d'aucunes sortes ; de légers lavages, et l'huile phéniquée appliquée en badigeonnages discrets, forment tout le pansement ; ce qui est important à constater c'est la fréquence et la rapidité des guérisons par ce procédé. On est loin, on le voit, des craintes exprimées contre les plaies exposées et des procédés d'occlusion hermétique de M. Jules Guérin, qui ont donné, eux aussi, de très-beaux résultats, lorsqu'ils ont été convenablement appliqués.

Nous donnerons, à titre de renseignement, l'indication d'un fait qui touche à une question difficile à traiter et encore plus à résoudre. A Zurich, comme dans les grandes villes, la prostitution exerce sa funeste influence morale et physique ; cependant les autorités répugnant à traiter la prostitution comme un service public, ont renoncé à la réglementer ; et en effet, les règlements spéciaux étaient supprimés lors de notre dernier séjour à Zurich; mais les médecins nous ont dit que le chiffre et la gravité des affections vénériennes s'étaient beaucoup accrus depuis la suppression des visites obligatoires, et que

vraisemblablement les autorités reviendraient bientôt sur leur décision.

Nous ne pensons pas, pour notre compte, que cette décision doive produire aucun résultat favorable; la prostitution est devenue pire qu'une plaie , elle est un véritable ulcère social ; c'est plus haut et ailleurs que dans des mesures comme celles prises à Zurich qu'il faut chercher les moyens de combattre et de détruire cette misère, cette honte des sociétés.

BERNE

L'hôpital cantonal de Berne, Inseï-spital, de construction ancienne, a été autrefois un couvent; on en retrouve tous les caractères dans le corps de bâtiment construit sur une rue peu large (Inselgaste), mais la partie opposée de l'hôpital qui a reçu des constructions plus récentes et mieux appropriées, a une façade élevée, donnant sur la campagne, ayant vue sur la rivière, VAar, et sa sinueuse et profonde vallée. Cette disposition remédie, en partie, aux inconvénients de l'origine et de la situation de Yln-

seï-spital: c'est là qu'est le grand centre d'enseignement universitaire; la policlinique y joue un grand rôle : elle fournit aux jeunes médecins des sources d'études où ils puisent pour faire leurs cours de privât docent. L'émulation est très-grande parmi les professeurs de tous les degrés, et aussi entre les assistants qui s'efforcent de conquérir le savoir et les titres leur donnant accès dans les grands services hospitaliers. Les affections qu'on rencontre à Berne sont à peu près les mêmes qu'à Bâle et à Zurich. Je dois cependant noter un fait qui n'est peut-être qu'accidentel, mais qui m'a frappé : j'ai rencontré, un jour de marché à Berne, dans la grande rue qui change quatre ou cinq fois de nom, trois femmes du peuple portant, toutes les trois, une tumeur cancroïde à la face. — Je donne le fait tel que je l'ai constaté et pour ce qu'il peut valoir ; j'ai assez voyagé pour me tenir en garde contre le ridicule et le danger de conclure du particulier en général. — Les principes et les procédés professés a Zurich en matière chirurgicale sont également en vigueur à l'hôpital de Berne.

LAUSANNE

C'est au centre de la ville qu'est situé l'iiôpital cantonal et c'est là son principal inconvénient , car, aux autres points de vue, cet établissement est fort remarquable; il est des mieux tenus. — L'hôpital cantonal de Lausanne a reçu une grande notoriété par la pratique de son ancien chirurgien en chef, Mathias Mayor. Ses préceptes ont porté leurs fruits ; ils ont contribué infiniment à débarrasser la médecine opératoire de tout un vieil arsenal de substances et d'objets de pansements sacramentellement conservés et dont l'inutilité ou les inconvénients sont chaque jour mieux reconnus. C'est dans cet hôpital de Lausanne que Mathias Mayor a fait la démonstration de ses procédés de déligation dans lesquels le mouchoir et le coton suffisent pour faire toutes les sortes de pansement.

Homme de bien autant que savant, Mayor s'efforça incessamment de créer, au profit des campagnards et des soldats, ce qu'il appelait la chirurgie populaire-, tout en procédant ainsi, il ne perdait pas de vue les grand problèmes de la chirurgie ; il a traité, dans cet esprit, de nombreuses questions : les amputations, les fractures, les ulcères; il a imaginé

la cautérisation par le marteau dit depuis marteau de Mayor, le traitement des fractures par Yhyponarthécie (suspension du membre fracturé avec faculté de mouvements horizontaux) ; il a indiqué les heureuses applications des fils de fer pour la construction d'appareils divers et plaidé, l'un des premiers, en faveur de la substitution du coton à la charpie.

Il ne serait que juste de rappeler , plus souvent qu'on ne le fait, les titres du chirurgien de Lausanne, à la priorité de procédés qui se généralisent chaque jour entre les mains d'hommes habiles, mais dont quelques-uns oublient un peu trop , peut-être, les travaux et les découvertes de leur devancier.

Mathias Mayor a laissé à Lausanne des élèves devenus eux-mêmes des chirurgiens très-distingués : c'est le propre des hommes supérieurs de créer des générations de savants chargés de conserver et d'alimenter le feu sacré.

Lausanne n'a pas d'université, mais son académie, avec sa riche bibliothèque, ses belles collections d'histoire naturelle, les hôpitaux que possède la ville, est une excellente école préparatoire de médecine.

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