HOPITAUX GENERAUX
Il est peu de cantons qui n'aient , au chef-lieu, un hôpital général recevant les malades pauvres de la circonscription. Ces hôpitaux sont entretenus par le produit des donations et des legs qui leur ont été faits, par des concessions avec affectations spéciales accordées, à diverses époques, par l'état cantonal, en
bâtiments ou en propriétés de diverses sortes ; plusieurs reçoivent en outre le produit de souscriptions annuelles ou permanentes , puis le fonds cantonal subvient aux dépenses qui ne seraient pas couvertes par les ressources ordinaires.
L'administration de ces hôpitaux est confiée à un collège dont les membres sont nommés soit par le conseil d'Etat, pouvoir exécutif du canton, soit par le vote des citoyens donateurs ou souscripteurs. Le directeur de l'hôpital est choisi par le collège des administrateurs, parmi lesquels siège habituellement un certain nombre de médecins ; plusieurs des directeurs d'hôpital sont médecins.
Tous les hôpitaux généraux n'offrent pas, à beaucoup près au même degré, les conditions de salubrité et d'hygiène recommandées et recherchées au profit des malades.
La première condition pour un hôpital, autant et plus encore que pour tout autre édifice public, c'est qu'il ait été construit pour remplir sa destination propre. Or, en Suisse comme ailleurs, on rencontre plusieurs anciens bâtiments, la plupart ayant été des couvents, qui servent aujourd'hui d'hôpitaux : l'hôpital de l'Ile, inseï-spital , à Berne, est dans ce cas.
L'asile d'aliénés de Pfefiers et beaucoup d'autres hospices ont été occupés autrefois par les bénédictins.
Dans le canton du Tessin, liospices et couvents conservaient jusque dans ces derniers temps la même administration ; mais toutes les abbayes sont devenues, en Suisse, propriétés cantonales et elles ont reçu des destinations hospitalières.
Les modifications apportées dans ces constructions, les annexes, les appropriations n'ont pu qu'imparfaitement en faire disparaître les inconvénients pour les malades et pour le service.
La situation occupée par un hôpital , a l'égard de la population d'une ville, a une grande importance: en Suisse , tous ceux de date récente , sont situés à une certaine distance des habitations , à proximité de l'air des champs, comme à Genève, Zurich, etc., ou dans des quartiers isolés comme à Bâle. L'éloignement des centres de population a permis entre autres avantages, de pourvoir ces hôpitaux de galeries, de cours, de jardins.
Parmi les sujets dont se préoccupent le plus, les administrations hospitalières et les médecins de la Suisse, nous voulons mentionner la division et la séparation des divers genres de malades, l'isolement de ceux qui sont atteints d'affections contagieuses ou suspectes, les soins particuliers et les mesures dont les opérés sont l'objet. Nous appellerons aussi l'attention sur la ventilation naturelle ou artificielle ,
LTUDES MEDICALES ET SOCIALES.
le chauffage des salles, l'organisation du personnel médical, des infirmiers et infirmières, des employés de toutes sortes dans l'administration et dans les divers services de l'ordre matériel.
En nous entretenant des principaux hôpitaux généraux, nous indiquerons ce qui nous a paru le plus digne de remarque, dans chacun deux, sous les divers rapports. Nous mentionnerons dès à présent le soin et l'intelligence apportés partout dans la disposition des salles destinées aux opérations. Ces salles isolées, parfaitement éclairées, la lumière venant d'un vitrage du plafond , ont les arrangem^ents les plus convenables pour le malade, pour l'opérateur, pour les assistants et les élèves. Les armoires qui meublent ces salles contiennent l'arsenal le plus complet d'instruments et d'appareils, qui, à la portée de la main de l'opérateur, répondent à toutes leséven tualités et permettent d'appliquer tous les procédés de la science moderne.
BALE
L'hôpital général de Bâle est un des mieux établis; situé à l'une des extrémités de la ville, non loin du pénitencier qui confine à la campagne , il a, dans
ses dépendances, de vastes cours et d'agréables jardins.
Le grand hôpital de Bâle, fondé et entretenu par la bienfaisance privée, a son administration propre, indépendante des autorités cantonales ; celles-ci n'interviennent que pour couvrir les dépenses pour frais de journées des malades appartenant au canton et qui sont soignés dans l'hôpital; le directeur est médecin.
Les salles contenant six à huit malades au plus ne communiquent pas entre elles: elles ont leurs portes sur de vastes corridors ayant, à leurs deux extrémités, des fenêtres maintenues presque constamment ouvertes ; c'est à ce mode de ventilation naturelle qu'on a recours, à Bâle, pour assainir les salles ; on a soin également d'ouvrir les fenêtres, plusieurs fois par jour; et, à la partie inférieure des portes, on a pratiqué des orifices près desquels sont des planchettes mobiles laissant, à volonté, pénétrer ou sortir l'air.
Une surveillance active est établie pour vérifier et maintenir la salubrité des salles.
Il se fait, à l'hôpital de Bâle, un grand usage d'acide phénique comme moyen d'assainissement; il nous a semblé, à l'odeur un peu forte répandue par cette substance désinfectante, qu'il serait peutêtre convenable d'en modérer l'emploi.
Les préparations pliéniquées sont en grande faveur, particulièrement dans les affections chirurgicales ; le coton phéniqué est substitué à la cliarpie ; nous ayons observé d'ailleurs que la méthode de Lister (d'Edimbourg), compte, en Suisse, de nombreux partisans.
Les salles du rez-de-chaussée sont destinées au service chirurgical, celles de médecine sont situées à l'étage supérieur. Un corps spécial de bâtiment est affecté aux maladies contagieuses ; mais, je dois dire, en historien fidèle, que le grand hôpital de Bàle, dont l'organisation est si bien entendue pour le service des malades qui y sont admis, a deux dépendances très disparates, lune (dite hôpital des Bourgeois), reçoit des infirmes et des vieillards entretenus par les corporations auxquelles ils ont appartenu, elle nous a paru très-convenable ; mais l'autre, placée entre deux corps de bâtiments, renferme des aliénés dans des conditions fâcheuses, qui contrastent avec ce qu'offrent les autres parties de la Suisse. On nous a assuré que très prochainement l'évacuation de ces aliénés aura lieu, et qu'ils seront dirigés dans les établissements spéciaux.
Dans une étude oti je dois toucher a tant de sujets, je ne puis qu'indiquer sommairement ce qui m'a frappé le plus dans mes observations sur les hôpitaux que
j'ai visités avec soin ; je ne m étendrai donc point sur les doctrines ou les méthodes qui y ont plus généralement cours, je me bornerai a signaler quelques faits particuliers.
A Bâle, les fièvres continues, a forme typhoïde, sont fréquentes ; c'est là, comme je l'ai dit, en parlant de l'enseignement universitaire , que Liebermeister a pu faire ses expériences sur divers phénomènes de physiologie pathologique propres à ces fièvres. Ces expériences ont été le point de départ de l'emploi de moyens propres à abaisser la température du corps dès qu'elle dépasse 39° cent., soit en lui soustrayant du calorique par les bains frais abaissés graduellement jusqu'au-dessous de20'' cent., soit par l'administration des agents ralentissant la circulation : digitale, quinine, vératrine.
Dans l'hôpital de Bâle, le coton en ouate est trèsemployé, soit comme pansement au lieu de charpie, soit dans l'application des appareils inamovibles.
J'ai remarqué aussi des combinaisons heureuses, dans le traitement des fractures comminutives, entre le pansement avec le bandage plâtré de MM. Matthyssen et Van-deloo, et l'hyponarthécie de Mayor, mode de suspension du membre fracturé offrant divers avantages, notamment celui d'éviter les liens et les poids pour l'extension et la contre extension, néces-
sites par l'appareil amidonné du célèbre Seutin, jusqu a sa dessiccation ; inconvénient que conservait la belle invention du système amovo-inamovible.
En visitant les salles de chirurgie, une circonstance toute fortuite me montra que la connaissance des trois langues dites nationales de la Suisse, l'allemand, le français et l'italien, était loin d'être répandue, même parmi les médecins.
Un ouvrier ayant eu la jambe fracturée par un éboulement de terres était couché dans une salle de l'hôpital, et personne, me disait le médecin, ne pouvait ni le comprendre ni être compris par lui ; à la première parole qu'il prononça, je vis que cet homme était italien, et je fus heureux de pouvoir lui servir d'interprète.
Les cliniques médicales et chirurgicales sont faites dans l'hôpital de Bâle, par les professeurs de l'université, la plupart chefs de service ; tous ont le droit de choisir, pour servir à leur enseignement, les sujets présentant les cas les plus intéressants ; les autres malades sont confiés aux soins de médecinsadjoints, assistants, qui résident dans l'hôpital même, ainsi que des élèves internes.
Les professeurs de clinique ont un traitement d'environ 10,000 francs, fourni partie par l'hôpital, partie par Tuniversité.
Une des conditions les plus nécessaires" pour assurer des soins profitables aux malades dans les hôpitaux, c'est l'installation d'un bon service d'infirmiers et surtout d'infirmières.
L'hôpital général de Baie est pourvu à cet égard d'un personnel remarquable, à la tête duquel sont des femmes portant le nom de diaconesses; je les ai rencontrées, du reste, dans la plupart des hôpitaux et autres établissements de bienfaisance, jusque dans les prisons, mais plus particulièrement dans les cantons protestants.
Nous, fournirons ici quelques indications sur l'institution des diaconesses dont la maison centrale est précisément près de Baie, à Richen; c'est là que, sous la direction du médecin de l'hôpital de la localité, les personnes voulant se vouer à la mission d'infirmières, et devant être filles ou veuves, âgées de 20 à 40 ans, douées d'une bonne constitution, reçoivent une instruction théorique et pratique propre à en faire de bonnes auxiliaires dans les soins à donner aux malades; la petite chirurgie leur est enseignée avec des notions d'hygiène et de pharmacie : lorsque leur instruction est jugée satisfaisante, ces diaconesses sont envoyées dans les divers établissements qui les réclament; elles assistent aussi les malades à domicile.
é6 ETUDES MEDICALES ET SOCIALES.
Cette institution est laïque. Les diaconesses peuvent se détacher, à leur gré, de l'administration à laquelle elles s'étaient liées, soit pour contracter mariage, soit pour embrasser une autre carrière.
Depuis plus de 20 ans que cette organisation fonctionne, les services rendus par les diaconesses sont de plus en plus appréciés; elles jouissent dans toute la Suisse d'une considération justifiée par leur caractère et par leurs capacités.