ACTE I. SCÈNE I
Que Taigent est cx)mmode à faire une folie î 45
L'argent me fait résoudre à courir l'Italie.
Je pars de nuit en poste, et d'un soin diligent Je quitte la maîtresse, et f emporte l'argent.
Mais, dis-moi, que fit-elle ? et que dit lors son père ? Le mien, ou je me trompe, était fort en colère ? 50
CIL D'abord de part et d'autre on vous attend sans bruit ; Un jour se passe, deux, trois, quatre^ cinq, six, huit ; Enfin, n'espérant plus, on éclate, on foudroie : Lucrèce par dépit témoigne de la joie.
Chante, danse, discourt, rit ; mais, sur mon honneur, 55 Elle enrageait, monsieur, dans Tâmè, et de bon cœur. Ce grand bruit s'accommode, et, pour plâtrer l'affaire, La pauvre délaissée épouse votre père.
Et, rongeant dans son cœur son déplaisir secret, D'un visage content prend le change à regret. 60
L'éclat d'un tel affront l'ayant trop décriée, Il n'est à son avis que d'être mariée ; Et comme en un naufrage on se prend oli l'on peufy En fille obéissante elle veut ce qu'on veut Voilà donc le bonhomme enfin à sa seconde, 65
C'est-à-dire qu'il prend la poste à l'autre monde ; Un peu moins de deux mois le met dans le cercueil. Do. J'ai su sa mort à Rome, où j'en ai pris le deuil. CIL Elle a laissé chez vous un diable de ménage : Ville prise d'assaut n'est pas mieux au pillage; 70
La veuve et les cousins, chacun y fait pour soi, Comme fait un traitant pour les deniers du roi ; Oh qu'ils jettent la main ils font rafles entières ; Ils ne pardonnent pas même au plomb des gouttières ; Et ce sera beaucoup si vous trouvez chez vous, 75
Quand vous y rentrerez, deux gonds et quatre clous. J'apprends qu'on vous a vu cependant à Florence,
Four vous donner avis je pars en diligence *
Et je suis étonné qu'en entrant dans Lyon
Je vois courir du peuple avec émotion :
Je veux voir ce que c'est ; et je vois, ce me semble.
Pousser dans la prison quelqu'un qui vous ressemble •
On m'y permet l'entrée ; et, vous trouvant ici
Je trouve en même temps mon voyage accouici.
Voilà mon aventure ; apprener-moi la vôtre. « ^
Do. La mienne est bien étrange, on me prend pour un autr ^
eu. J'eusse osé le gager. Est-ce meurtre, ou larcin ? ^
Do. Suis-je fait en voleur, ou bien en assassin?
Traître, en ai-je l'habit, ou la mine, ou la taille?
CIL Coqnatt-on à l'habit aujourd'hui la canaille ?
Et n'est-il point, monsieur, à Parb de filous
Et de taille et de mine aussi bonnes que vous ?
Do. Tu dis vrai; mais écoute. Après xme querelle
Qu'à Florence un jaloux me fit pour quelque belle
J'eus avis que ma vie y courait du danger:
Ainsi donc sans trompette il fallut déloger.
Je pars seul et de nuit, et prends ma route en France.
Oh, sitôt que je suis en pays d'assurance,
Comme d'avoir couru je me sens un peu las,
J'abandonne la poste, et viens au petit pas, j^
Approchant de Lyon, je vois dans la campagne...
Cli. (bas). N'aurons-nous point ici de guerres d'Allemagne ?
Do. Que dis-tu? Cli. Rien, monsieur; je gronde entre mes dents
Du malheur qui suivra ces rares incidents;
J'en ai l'âme déjà toute préoccupée. *^^
Do. Donc à deux cavaliers je vois tirer l'épée ;
£t, pour en empêcher l'événement fatal,
Yy cours la mienne au poing, et descends de cheval
L'un et l'autre, voyant à quoi je me prépare,