‹ La suite du Menteur, a comedy, ed. by G. MassonChapitre 30 sur 126 · ACTE II L SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE II L SCÈNE L

La parfaite amitié que pour vous j'ai conçue,

Quoiqu'elle soit Tefifet d'une première vue,

Joint mon péril au vôtre, et les unit si bien 795

Qu'au cours de votre sort elle attache le mien.

Cli, N'ayez aucune peur, et sortez d'un tel doute.

J'ai des gens là dehors qui gardent qu'on n'écoute ;

Et je puis vous parler en toute sûreté

De ce que mon malheur doit à votre bonté. 800

Si d'un bienfait si grand qu'on reçoit sans mérite Qui s'avoue insolvable aucunement s'acquitte. Pour m'acquitter vers vous autant que je le puis. J'avoue, et hautement, monsieur, que je le suis; Mais si cette amitié par l'amitié se paie, 803

Ce cœur qui vous doit tout vous en rend une vraie. La vôtre la devance à peine d'un moment, Elle attache mon sort au vôtre également ; Et l'on n'y trouvera que cette différence.

Qu'en vous elle est faveur, en moi reconnaissance. 810

Do. N'appelez point faveur ce qui fut un devoir. Entre les gens de cœur il suffit de se voir.

Par un eflfort secret de quelque s)rmpathie L'un à l'autre aussitôt im certain nœud les lie : Chacim d'eux sur son front porte écrit ce qu'il est; 815

Et quand on lui ressemble, on prend son intérêt. eu. Par exemple, voyez, aux traits de ce visage Mille dames m'ont pris pour homme de courage; Et sitôt que je parle, on devine à demi Que le sexe jamais ne fut mon ennemi. 820

Clé. Cet homme a de l'humeur. Do. C'est un vieux domestique Qui, comme vous voyez, n'est pas mélancolique. À cause de son âge il se croit tout permis; Il se rend familier avec tous mes amis.

Mêle partout son mot, et jamais, quoi qu'on die, 825

Pour donner son avis il n'attend qu'on l'en prie. Souvent il importune, et quelquefois il plaît. Clé, J'en voudrais connaître un de l'humeur dont il est CIL Croyez qu'à le trouver vous auriez de la peine: Le monde n'en voit pas quatorze à la douzaine; 830

Et je jurerais bien, monsieur, en bonne foi.

Qu'en France il n'en est point que Jodelet et moi. Do, Voilà de ses bons mots les galantes surprises: Mais qui parle beaucoup dit beaucoup de sottises; Et quand il a dessein de se mettre en crédit, 835

Plus il y fait d'effort, moins il sait ce qu'il dit CIL On appelle cela des vers à ma louange.

Clé. Presque insensiblement nous avons pris le change. Mais revenons, monsieur, à ce que je vous dois. Do. Nous en pourrons parler encor quelque autre fois : 840 Il suffit pour ce coup. Clé. Je ne saurais vous taire En quel heureux état se trouve votre affaire. Vous sortirez bientôt, et peut-être demain; Mais un si prompt secours ne vient pas de ma main, Les amis de Philiste en ont trouvé la voie: 845

J'en dois rougir de honte au milieu de ma joie; Et je ne saurais voir sans être un peu jaloux Qu'il m'ôte les moyens de m'employer pour vous. Je cède avec regret à cet ami fidèle;

S'il a plus de pouvoir, il n'a pas plus de zèle; 850

Et vous m'obligerez, au sortir de prison.

De me faire l'honneur de prendre ma maison.

Je n'attends point le temps de votre délivrance, De peur qu'encore un coup Philiste me devance : Comme il m'ôte aujourd'hui l'espoir de vous servir, 855

Vous loger est un bien que je lui veux ravir. Do. C'est un excès d'honneur que vous me voulea rendre;

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