‹ La suite du Menteur, a comedy, ed. by G. MassonChapitre 41 sur 126 · ACTE IV. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE I

Zy. Il eût été peut-être aussi honteux que vous. 1206

Un homme un peu content et qui s'en fait accroire. Se voyant méprisé, rabat bien de sa gloire»

Et, surpris qu'il en est en telle occasion.

Toute sa vanité tourne en confusion. 12 10

Quand il a de l'esprit, il sait rendre le change ; Loin de s'en émouvoir, en raillant il se venge, Affecte des mépris, comme pour reprocher Que la perte qu'il fait ne vaut pas s'en fâcher ; Tant qu'il peut, il témoigne une âme indifférente. 12 15

Quoi qu'il en soit enfin, vous avez vu Dorante, Et fort adroitement je vous ai mise en jeu.

ML Et fort adroitement tu m'as fait voir son feu. Ly. Eh bien ! mais que vous semble encor du personnage ? Vous en ai-je trop dit? Mé. J'en ai vu davantage. 1220 Ly. Avez-vous du regret d'avoir trop hasardé ? ML Je n'ai qu'un déplaisir, d'avoir si peu tardé. Ly. Vous l'aimez? Mi. Je l'adore. Ly. Et croyez qu'il

vous aime ?

Mé. Qu'il m'aime, et d'une amour, comme la mienne,

extrême.

Ly. Une première vue, un moment d'entretien, 1225

Vous fait ainsi tout croire, et ne douter de rien ! Mé. Quand les ordres du ciel nous ont fait l'un pour l'autre, Lyse, c'est un accord bientôt fait que le nôtre : Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir. Sème l'intelligence avant que de se voir; 1230

Il prépare si bien l'amant et la maîtresse, Que leur âme au seul nom s'émeut et s'intéresse. On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment ; Tout ce qu'on s'entredit persuade aisément ; Et, sans s'inquiéter d'aucunes peurs frivoles, 1235

La foi semble courir au-devant des paroles ;

6o LA SUITE DU MENTEUR.

La langue en peu de mots en explique beaucoup ;

Les yeux, plus éloquents, font tout voir tout d'un coup ;

Et, de quoi qu'à Tenvi tous les deux nous instruisent.

Le cœur en entend plus que tous les deux n'en disent 1240

Ly. Si, comme dit Sylvandre, une âme en se formant,

Ou descendant du ciel, prend d'une autre l'aimant,

La sienne a pris le vôtre, et vous a rencontrée.

Mé. Quoi ! tu lis les romans? Ly. Je puis bien ]keAsfrée;

Je suis de son village, et j'ai de bons garants 1245

Qu'elle et son Céladon étaient de mes parents.

Mé. Quelle preuve en as-tu ? Zy. Ce vieux saule, madame,

Oli chacun d'eux cachait ses lettres et sa flamme,

Quand le jaloux Sémire en flt un faux témoin.

Du pré de mon grand-père il fait encor le coin ; 1250

Et l'on m'a dit que c'est un infaillible signe

Que d'un si rare hymen je viens en droite ligne.

Vous ne m'en croyez pas? Mé. De vrai, c'est un grand

point. Zy. Aurais-je tant d'esprit, si cela n'était point ? D'oii viendrait cette adresse à faire vos messages, 1255

À jouer avec vous de si bons personnages, Ce trésor de lumière et de vivacité.

Que d'un sang amoureux que j'ai d'eux hérité? Mé. Tu le disais tantôt, chacun a sa foHe ; Les uns l'ont importune, et la tienne est jolie. 1260

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