‹ La suite du Menteur, a comedy, ed. by G. MassonChapitre 42 sur 126 · ACTE IV. SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE IL

Clè. Bien plus, tu m'aideras à le faire mentir.

ML Ne le présumez pas, quelque espoir qui vous flatte ; *

Si vous êtes ingrat, je ne puis être ingrate.

Clé. Tu semblés t*en fâcher 1 Mé, Je m'en fâche pour

vous.

D'un mot il peut vous perdre, et je crains son cour

roux. 1270

CIL II est trop généreux; et d'ailleurs la querelle. Dans les termes qu'elle est, n'est pas si criminelle. Écoute.' Nous parlions des dames de Lyon ; Elles sont assez mal en son opinion :

Il confesse de vrai qu'il a peu vu la ville, 1275

Mais il se l'imagine en beautés fort stérile, Et ne peut se résoudre à croire qu'en ces lieux La plus belle ait de quoi captiver de bons yeux. Pour l'honneur du pays j'en nomme trois ou quatre ; Mais, à moins que de voir, il n'en veut rien rabattre : 1280 Et, comme il ne le peut étant dans la prison. J'ai cru par un portrait le^mettre à la raison ; Et, sans chercher plus loin ces beautés qu'on admire, Je ne veux que le tien pour le faire dédire.

Me le dénieras-tu, ma sœur, pour un moment? 1285

Mè, Vous me jouez, mon frère, assez accortement ; La querelle est adroite, et bien imaginée.

Cit. Non, je m'en suis vanté, ma parole est donnée. Mé. S'il faut ruser ici, j'en sais autant que vous, Et vous serez bien fin si je ne romps vos coups. 1290

Vous pensez me surprendre, et je n'en fais que rire ; Dites donc tout d'un coup ce que vous voulez dire. Clè. Eh bien ! je viens de voir ton portrait en ses mains. Mè. Et c'est ce qui vous iâche ? Clè. Et c'est dont je me

plains.

Mè. J'ai cru vous obliger, et l'ai fait pour vous plaire: 1295

Votre ordre était exprès. CU, Quoi 1 je te Tai fait faire ?

ML Ne m'avez-vous pas dit : '' Sous ces déguisements

Ajoute à ton argent perles et diamants?"

Ce sont vos propres mots, et vous en êtes cause.

Clè. Eh quoi 1 de ce portrait disent-ils quelque chose? 1300

Mè. Puisqu'il est enrichi de quatre diamants^

N'est-ce pas obéir à vos commandements ?

CIL C'est fort bien expliquer le sens de mes prières.

Mais, ma sœur, ces faveurs sont un peu singulières :

Qui donne le portrait promet l'original 1305

Mè. C'est encore votre ordre, ou je m'y connais maL

Ne m'avez-vous pas dit : ^'Prends souci de me plaire,

Et vois ce que tu dois à qui te sauve un frère?"

Puisque vous lui devez et la vie et l'honneur.

Pour vous en revancher dois-je moins que mon cœur? 13 10

Et doutez-vous encore à quel point je vous aime.

Quand pour vous acquitter je me donne moi-même?

CIL Certes, pour m'obéir avec plus de chaleur,

Vous donnez à mon ordre une étrange couleur.

Et prenez un grand soin de bien payer mes dettes: 13 15

Non que mes volontés en soient mal satisfaites;

Loin d'éteindre ce feu, je voudrais l'allumer,

Qu'il eût de quoi vous plaire, et voulût vous aimer.

Je tiendrais à bonheur de l'avoir pour beau-frère;

J'en cherche le moyens, j'y fais ce qu'on peut faire, 1320

Et c'est à ce dessein qu'au sortir de prison

Je viens de l'obliger à prendre la maison.

Afin que l'entretien produise quelques flammes

Qui forment doucement l'union de vos âmes.

Mais vous savez trouver des chemins plus aisés; 1325

Sans savoir s'il vous plaît, ni si vous lui plaisez.

Vous pensez l'engager en lui donnant ces gages.

Et lui donnez sur vous de trop grands avantages.

Page 1