ACTE K SCÈNE IIL
Un bien acquis sans peine est un trésor en Tair ;
Ce qui coûte si peu ne vaut pas en parler :
La garde en importune, et la perte en console;
Et pour le retenir, c'est trop qu'une parole.
Do. Quelle excuse, madame ! et quel remerctment ! 1745
Et quel compte eût-il fait d'un amour d'un moment,
Allumé d'un coup d'oeil ? car lui dire autre chose,
Lui conter de vos feux la véritable cause,
Que je vous sauve un frère, et qu'il me doit le jour,
Que la reconnaissance a produit votre amour, 1750
C'était mettre en sa main le destin de Cléandre,
C'était trahir ce frère en voulant vous défendre,
C'était me repentir de l'avoir conservé.
C'était l'assassiner après l'avoir sauvé ;
C'était désavouer ce généreux silence 1755
Qu'au péril de mon sang garda mon innocence,
Et perdre, en vous forçant à ne plus m'estimer,
Toutes les qualités qui vous firent m'aimer.
ML Hélas ! tout ce discours ne sert qu'à me confondre.
Je n'y puis consentir, et ne sais qu'y répondre. 1760
Mais je découvre enfin l'adresse de vos coups ;
Vous parlez pour Philiste, et vous faites pour vous ;
Vos dames de Paris vous rappellent vers elles ;
Nos provinces pour vous n'en ont point d'assez belles.
Si dans votre prison vous avez fait l'amant, 1 765
Je ne vous y servais que d'un amusement
À peine en sortez-vous que vous changez de style ;
Pour quitter la maîtresse il faut quitter la ville.
Je ne vous retiens plus, allez. Doi Puisse à vos yeux
M'écraser à l'instant la colère des cieux, 1770
Si j'adore autre objet que celui de Mélisse,
Si je conçois des vœux que pour votre service,
Et si pour d'autres yeux on m'entend soupirer,
Tant que je ponnai tcht quelque lieu d'espérer !
Oui, madame, sonSrez que ceKe amour peisiste 1775
Tant que l'hymen engage ou Mélisse, ou Fhiliste ;
Jusque là les douceurs de votre souvenir
Avec un peu d'espoir sauront m'entretenlr ;
J'en jure par vous-même, et ne suis point capable
D'un serment ni plus saint ni plus inviolable. 1 780
Mais j'offense Fhiliste avec un tel sennent;
Pour guéiir vos soupçons je nuis à votre amant.
J'effacerai ce crime avec cette prière :
Si vous devez le cœur k qui vous sauve un frëre.
Vous ne devez pas moins au généreux secours 1785
Dont tient le jour celui qui conserva ses jouis.
Aimez en ma faveur un ami qui vous aime.
Et possédez Dorante en im autre lui-même.
Adieu. Contre vous yeux c'est assez combattu ; Je sens à leurs regards chanceler ma vertu ; 1790
Et, dans le triste état oit mon âme est réduite, Pour sauver mon honneur, je n'ù plus que la fiiite.