DORANTE, PHILISTE, CLÉANDRE, MÉLISSE, LYSE, CLITON
Ciè^ Ma sœur, auriez-vous cru...? Vous montrez peu de
joie !
En si bon entretien qui vous peut attrister?
Mé. {à Cîèandre). J'en contais le sujet, vous pouvez
récouter.
(à Philiste) Vous m'aimez : je l'ai su de votre propre bouche, 1815
Je l'ai su de Dorante, et votre amour me touche. Si trop peu pour vous rendre un amour tout pareil. Assez pour vous donner un fidèle conseil.
Ne vous obstinez plus à chérir une ingrate ; J'aime ailleurs, c'est en vain qu'un faux espoir vous
flatte. 1820
J'aime, et je suis aimée, et mon frère y consent ; Mon choix est aussi beau que mon amour puissant. Vous l'auriez fait pour moi, si vous étiez mon frère. C'est Dorante, en un mot, qui seul a pu me plaire. Ne me demandez point ni quelle occasion, 1825
Ni quel temps entre nous a fait cette union ; S'il la faut appeler ou surprise, ou constance ; Je ne vous en puis dire aucune circonstance : Contentez-vous de voir que mon frère aujourd'hui
8o LA SUITE DU^ MENTEUR,
L'estime et l'aime assez pour le loger chez lui, 1830
Et d'apprendre de moi que mon cœur se propose
Le change et le tombeau pour une même chose.
Lorsque notre destin nous semblait le plus doux.
Vous Favez obligé de me parler pour vous ;
Il Fa fait, et s'en va pour vous quitter la place : 1835
Jugez par ce discours quel malheur nous menace.
Voilà cet accident qui le fait retirer;
Voilà ce qui le trouble, et qui me fait pleurer ;
Voilà ce que je crains ; et voilà les alarmes
D'oîi viennent ses soupirs, et d'oh naissent mes larmes. 1 840
PhL Ce n'est pas là, Dorante, agir en cavalier.
Sur ma parole encor vous êtes prisonnier ;
Votre liberté n'est qu'une prison plus large ;
Et je réponds de vous s'il survient quelque charge.
Vous partez cependant, et sans m'en avertir ! 1S45
Rentrez dans la prison dont vous vouliez sortir.
Do. Allons, je suis tout prêt d'y laisser une vie
Plus digne de pitié qu'elle n'était d'envie ;
Mais, après le bonheur que je vous ai cédé,
Je méritais peut-être im plus doux procédé. 1850
PhL Un ami tel que vous n'en mérite point d'autre.
Je vous dis mon secret, vous me cachez le vôtre,
Et vous ne craignez point.d'irriter mon courroux,
Lorsque vous me jugez moins généreux que vous !
Vous pouvez me céder un objet qui vous aime; 1855
Et j'ai le cœur trop bas pour vous traiter de même,
Pour vous en céder un à qui l'amour me rend
Sinon trop malvoulu, du moins indifférent.
Si vous avez pu naître et noble et magnanime,
Vous ne me deviez pas tenir en moindre estime : 1860
Malgré notre amitié, je m'en dois ressentir.
Rentrez dans la prison dont vous vouliez sortir.