‹ La suite du Menteur, a comedy, ed. by G. MassonChapitre 60 sur 126 · DORANTE, PHILISTE, CLÉANDRE, MÉLISSE, LYSE, CLITON · texte numérisé non relu

DORANTE, PHILISTE, CLÉANDRE, MÉLISSE, LYSE, CLITON

Ciè^ Ma sœur, auriez-vous cru...? Vous montrez peu de

joie !

En si bon entretien qui vous peut attrister?

Mé. {à Cîèandre). J'en contais le sujet, vous pouvez

récouter.

(à Philiste) Vous m'aimez : je l'ai su de votre propre bouche, 1815

Je l'ai su de Dorante, et votre amour me touche. Si trop peu pour vous rendre un amour tout pareil. Assez pour vous donner un fidèle conseil.

Ne vous obstinez plus à chérir une ingrate ; J'aime ailleurs, c'est en vain qu'un faux espoir vous

flatte. 1820

J'aime, et je suis aimée, et mon frère y consent ; Mon choix est aussi beau que mon amour puissant. Vous l'auriez fait pour moi, si vous étiez mon frère. C'est Dorante, en un mot, qui seul a pu me plaire. Ne me demandez point ni quelle occasion, 1825

Ni quel temps entre nous a fait cette union ; S'il la faut appeler ou surprise, ou constance ; Je ne vous en puis dire aucune circonstance : Contentez-vous de voir que mon frère aujourd'hui

8o LA SUITE DU^ MENTEUR,

L'estime et l'aime assez pour le loger chez lui, 1830

Et d'apprendre de moi que mon cœur se propose

Le change et le tombeau pour une même chose.

Lorsque notre destin nous semblait le plus doux.

Vous Favez obligé de me parler pour vous ;

Il Fa fait, et s'en va pour vous quitter la place : 1835

Jugez par ce discours quel malheur nous menace.

Voilà cet accident qui le fait retirer;

Voilà ce qui le trouble, et qui me fait pleurer ;

Voilà ce que je crains ; et voilà les alarmes

D'oîi viennent ses soupirs, et d'oh naissent mes larmes. 1 840

PhL Ce n'est pas là, Dorante, agir en cavalier.

Sur ma parole encor vous êtes prisonnier ;

Votre liberté n'est qu'une prison plus large ;

Et je réponds de vous s'il survient quelque charge.

Vous partez cependant, et sans m'en avertir ! 1S45

Rentrez dans la prison dont vous vouliez sortir.

Do. Allons, je suis tout prêt d'y laisser une vie

Plus digne de pitié qu'elle n'était d'envie ;

Mais, après le bonheur que je vous ai cédé,

Je méritais peut-être im plus doux procédé. 1850

PhL Un ami tel que vous n'en mérite point d'autre.

Je vous dis mon secret, vous me cachez le vôtre,

Et vous ne craignez point.d'irriter mon courroux,

Lorsque vous me jugez moins généreux que vous !

Vous pouvez me céder un objet qui vous aime; 1855

Et j'ai le cœur trop bas pour vous traiter de même,

Pour vous en céder un à qui l'amour me rend

Sinon trop malvoulu, du moins indifférent.

Si vous avez pu naître et noble et magnanime,

Vous ne me deviez pas tenir en moindre estime : 1860

Malgré notre amitié, je m'en dois ressentir.

Rentrez dans la prison dont vous vouliez sortir.

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