‹ La SulammiteChapitre 10 sur 44 · A. L'HYPOTHÈSE DU ROI · texte numérisé non relu

A. L'HYPOTHÈSE DU ROI

D'après ces auteurs, la Sulammite est une simple fille des champs, amenée, on ne sait comment, à la cour de Salomon. Le prem:er acte (1, 2 — 11, 7) montre comment Salomon et elle s’enflamment d'amour l’un pour l’autre; le second (11, 8 — 111, 5), comment ils se cherchent et se trouvent. Le troisième (ur, 6 — v, 1) décrit leur mariage. Le quatrième, que Delitzsch divise à tort en deux, mais dont Zôckler et von Orelli ne font avec raison qu’un seul (V, 2 — vit, 4), montre la nouvelle épouse du roi fatiguée de la cour, lasse de partager l'amour de Salomon avec tant d’autres femmes, en mésintelligence momentanée avec lui, — sans doute à cause de cela, — aspirant à retourner dans ses montagnes natales et parvenant enfin à y entrainer

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SOYVr. Ke Salomon. Dans le cinquième et dernier acte (vnr, 5-14), on la voit revenir à la maison paternelle, appuyée au bras de son royal époux, s'intéresser au sort de sa jeune sœur et recommander ses frères à la libéralité de Sa- Jomon.

Comment on peut trouver tout cela dans le texte, c’est ce que nous ne comprenons pas très bien. Mais enfin telle est l'opinion de ces auteurs.

Deux raisons principales paraissent les avoir déterminés à identifier Salomon et le bien-aimé de la Sulammite : d’abord le fait qu'en quelques endroits la Sulammite s'adresse à celui qu’elle aime, comme s’il était présent dans le palais royal (1). Comme il n’est pas admissible qu'un étranger, un berger, un rival de Salomon, ait pu pénétrer dans le palais royal, on en conclut que l’hypothèse du berger est une illusion et que la Sulammite aime Salomon. Seulement, le fait allégué n’est rien moins que décisif; car si dans ces endroits la Sulammite s'adresse à celui qu’elle aime à la deuxième personne, elle parle de lui immédiatement après à la troisième (2), ce qui montre bien qu'il n’est pas là. Elle s'adresse de même à Salomon en terminant (3), et cependant, à ce moment-là, Salomon est bien loin, quoi qu’en disent M. Delitzsch et ses partisans. | - On allègue, en second lieu, que le troisième acte décrit le mariage de Salomon avec la Sulammite. Il est bien évident, en effet, que si elle consentait à épouser le roi, l'hypothèse du berger serait une erreur. Mais nous montrerons bientôt que, quoi qu’en pensent la plupart des interprètes, pour ne pas dire presque tous, l'épouse

(D 175107 VA y rit, 12.

(2) 11, 3-6; vu, 5.

(3) vit, 12.

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du troisième acte n’a rien de commun avec la Sulammite.

Après avoir montré que l'hypothèse du roi manque de base solide, relevons brièvement quelques-unes des nombreuses et graves difficultés qu’elle soulève. Il faut, dans ce système d'interprétation, admettre que la Sulammite, au milieu du palais et en présence des femmes de Salomon, s'adresse au roi comme s’il était un simple berger et lui demande où il paît son troupeau (1, 7); que, dès la fin du premier acte, elle est et dit être malade d'amour pour Salomon, qui l’embrasse à la vue de ses autres femmes (n, 3-7); que le bien-aimé qui vient, bondissant sur les monts et les collines, inviter la Sulammite à une promenade matinale (11, 8-4) et qui paît son troupeau au milieu des lys (v. 16), c’est Salomon; que la Sulammite quitte le palais royal pour y être ramenée aussitôt après en grande pompe, comme nouvelle épouse, au troisième acte; que le bien-aimé qui vient, la chevelure trempe de rosée, frapper à la porte de la Sulammite, qui refuse de lui ouvrir (v, 2ss.), c'est un roi, et un roi qui vient de l’épouser à l'acte précédent. Il est vrai que c’est un rêve; mais le poète ne rêvait pas, lui, et il devait savoir ce qu'il faisait.

Ce n'est pas tout. La nouvelle épouse persiste encore, après son mariage, à dépeindre son époux comme un berger qui paît son troupeau parmi les lys (vr, 2 et 3). Là-dessus, le roi, qu'elle aime si tendrement, paraît, et non seulement elle ne lui dit rien, mais il la trouve, sans qu'on sache pourquoi, « redoutable comme des bataillons », au point qu'il la prie de détourner ses yeux, parce qu'ils le troublent. Il lui répète les mêmes compliments qu’il lui avait adressés, à l’acte précédent, le jour du mariage. Ces compliments la touchent si peu qu'elle veut s’en aller (vi1,.4). Alors, en présence des « filles de Jéru-

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