ACTE IV. — SECONDE TENTATIVE DE SALOMON
Personnages : La Sulammite, les Almées, puis Salomon.
La Sulammite raconte aux almées un rêve qu'elle a fait la nuit précédente. Elle se croyait encore à la maison paternelle. Elle a entendu frapper à la porte; c'était son bien-aimé qui la suppliait de lui ouvrir. Elle a d’abord relusé, puis, émue de pitié, elle s’est levée pour ouvrir; mais il avait disparu. Longtemps elle l’a cherché, appelé en vain. Les sentinelles qu’elle a rencontrées l'ont battue. Enfin elle supplie les almées, si elles trouvent son bienaimé, de lui dire qu’elle est malade d'amour (v, 2-8). « Qu'est ton bien-aimé...? » lui demandent-elles (v. 9). A cette question elle répond par une description enthousiaste de la beauté et de la bonté de son ami (v. 10-16). « Où est-il allé? » lui demandent-eiles encore {vr, 1). La Sulammite répond qu'il est descendu à son jardin —- c’est-àdire sans doute qu’il est descendu de la montagne où 1l gardait ses troupeaux et est retourné chez lui — et répète qu’ils sont entièrement l’un à l’autre (v. 2 et 3).
C'est alors que Salomon paraît; 1l vient renouveler la
MCE a Fa tentative qui lui a si mal réussi une première fois. Mais il est reçu comme il le mérite : la fière Jeune fille le regarde d’un air indigné qui le trouble, lui fait perdre le fil de ses idées, au point qu'il ne trouve d’abord que des compliments bizarres ou identiques à ceux qu'il adressait naguère à sa nouvelle épouse.
Reprenant ensuite un peu plus d'assurance, il proclame la Sulammite supérieure de beaucoup aux soixante reines, aux quatre-vingts concubines et aux almées sans nombre qui sont dans son palais, et cela de leur propre aveu (v.4-10). La Sulammite répond que, quand elle fut vue aïnsi et admirée, elle était descendue simplement pour voir les progrès de la végétation et ne s’était pas aperçue qu'elle s’approchait des chars d’une famille de prince (v. 11 et 12).
Après s'être justifiée ainsi du reproche de coquetterie ou de légèreté implicitement contenu dans les paroles de Salomon, la Sulammite fait quelques pas pour s'en aller. Le chœur des almées la rappelle (vn, 1 a). « Pourquoi regardez-vous la Sulammite comme la danse de Makhanaïm ? » leur dit-elle en revenant (v. 1 b). La danse de Makhanaïm (ville située à l’est du Jourdain) était sans doute particulièrement curieuse et renommée chez les - Hébreux. |
Mais ces quelques pas, révélant toute la grâce et la beauté de la Sulammite, attisent dans le cœur du roi voluptueux le feu de la convoitise, et le voilà qui se met à énumérer, depuis les pieds jusqu’à la tête, tous les charmes de la jeune fille, sans exception. Cette énumération plus que scabreuse est suivie de l’expression d’un souhait, ou plutôt d’une résolution qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer de plus audacieux (v.2-10 «, b).
Mais la jeune fille lui coupe la parole (v. 10 8), déclare qu’elle est à son bien-aimé, s'adresse à lui, quoiqu'absent, dans les termes de la plus tendre, la plus