LES PRINCIPAUX SYSTÈMES D'INTERPRÉTATION DU CANTIQUE DES CANTIQUES
‘Les monuments de la poésie hébraïque parvenus jusqu’à nous se divisent en deux genres principaux : la poésie lyrique et la poésie didactique. Au premier appartiennent les Psaumes et les Lamentations de Jérémie; au second, les Proverbes, le livre de Job et l’Ecclésiaste. Mais il est un livre poétique de l’Ancien Testament qui ne peut être rangé ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux catégories : c’est le Cantique des Cantiques, dont le caractère dramatique, déjà reconnu par Origène, frappe le lecteur le moins attentif. Les principaux personnages de ce drame, ou plutôt de ce mélodrame, sont, à première vue, Salomon, une jeune fille nommée quelque part la Sulammite, et un chœur de jeunes femmes appelées par.celle-ci filles de Jérusalem.
Mais les paroles échangées par ces divers personnages sont souvent de telle nature qu’on se demande involontairement comment un tel livre a pu être mis au nombre des écrits sacrés. Aussi, les Juifs et les chrétiens ont-ils eu recours pendant longtemps, et jusqu’à nos jours, à l’interprétation allégorique.
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Pour les Juifs, la Sulammite était l'image du peuple d'Israël, et Salomon, celle de Dieu même. Le livre se transformait ainsi en une série d’allusions plus ou moins ingénieuses à l’histoire de leur peuple à partir de la sortie d'Égypte, ou, d’après quelques-uns, à partir de l’époque d'Abraham.
Les premiers chrétiens adoptèrent naturellement le mode d'interprétation généralement accepté chez les Juifs, mais en lui donnant une couleur chrétienne. Au lieu du peuple d'Israël, la Sulammite représenta pour eux l’Église nouvelle, et Salomon devint le type de Jésus-Christ. Déjà Tertullien (1) et son disciple Cyprien (2) interprètent ainsi le Cantique des Cantiques et le psaume xLv, dont l’interprétation messianique était aussi généralement acceptée par les Juifs et les chrétiens. Origène soumit le livre entier à ce mode d'interprétation dans deux ouvrages qui furent, plus tard, traduits en latin, l’un par Jérôme, l’autre par Rufin. Pour lui, la Sulammite n'est pas seulement le type de l'Église chrétienne; elle représente aussi chaque âme chrétienne en particulier. À cette double interprétation, adoptée par la plupart des Pères de l’Église et des docteurs “du moyen âge, vint s’en Joindre, plus tard, une troisième, qui vit dans l'épouse du Cantique des Cantiques la vierge Marie. |
Origène avoue cependant que non seulement les païens, mais même certains chrétiens tournaient en ridicule ces explications mystiques (3). Et l’un des plus célèbres docteurs de l'école d’Antioche, Théodore de Mopsueste, repoussa, pour ce livre comme pour tous les autres livres
(D C:Marcion av, An, AAA CE Proaveas 13;
(2) De unitate Ecclesiæ 1v. Ep. 69, 74 et 75.
(3) Si vero aliquis ex his sit qui videntur credere et Scripturarum aäuctoritatem recipere..…., irridet et derogat (Comment., Liv. D.